MRC d’Arthabaska : une démarche nourricière pour cesser de travailler en silo
Depuis quelques années, la MRC d’Arthabaska est à la tête d’une démarche qui vise à améliorer l’offre alimentaire locale au sein des différentes communautés. Le plan porte le nom Arthabaska en Démarche Nourricière (ADN).
Rencontrés afin de parler plus avant de ce projet qui commence à porter fruit, le préfet de la MRC, Mathieu Allard, était accompagné d’Étienne Croteau, agent de développement des communautés. Ensemble, ils ont dressé le portrait de cette démarche concertée qui démontre une volonté collective et qui regroupe, sous l’égide du comité de gouvernance ADN, une trentaine de représentants de 23 secteurs d’activités.
Le préfet a résumé le rôle de ce comité. « La MRC se doit d’être un leader pour la promotion de nos producteurs, pour la mise en relation des parties prenantes. Il y a actuellement environ 200 producteurs qui vendent directement à la ferme et bon nombre de gens l’ignorent. Il y a un devoir de les faire connaître, de savoir quelle est leur capacité de production et les mettre en relation avec les clients potentiels (en passant par les transformateurs et les distributeurs) », résume-t-il.
Parmi ces clients, on retrouve différents organismes communautaires qui peuvent bénéficier de produits locaux, mais aussi des CPE ou des résidences pour aînés qui, bien que désireux d’encourager les producteurs du coin, ne savent pas nécessairement où se procurer leurs produits. « Le but est d’être un guichet unique qui permet de prendre les aliments d’ici, d’avoir un réseau de distribution plus local et l’effet circulaire assure la suite », note M. Allard qui ajoute que c’est la Cité de l’innovation circulaire et durable qui a été mandatée par la MRC pour jouer le rôle de pivot entre tous les intervenants concernés.
Le fait d’avoir un endroit dont les organismes ou gens concernés pourront s’adresser pour, par exemple, disposer d’une cuisine certifiée MAPAQ pour de la transformation ou encore afin de disposer d’invendus qui sont alors remis à des organismes communautaires, rend la démarche plus facile.
« C’est un système : production, transformation, distribution, consommation et gestion des matières résiduelles. Cinq éléments importants dans cet engrenage. Si un ne fonctionne pas, ça va moins bien pour les autres. On a donc besoin de gens pour acheter les produits, mais aussi pour les institutions », mentionne Étienne Croteau.
Il faut également faire connaître aux acheteurs les nombreux producteurs de la région. Une opération de communication importante pour montrer qu’il est possible de se procurer des biens alimentaires qui viennent des alentours. « Pourquoi nous sommes capables de vendre nos produits ailleurs, mais pas ici? », s’interroge le préfet. Le contraire s’applique aussi puisqu’on retrouve parfois dans les étals des municipalités de la région, par exemple, des carottes d’une autre MRC alors que dans la nôtre il y a une production en ce sens.
Tout cela dans l’objectif, en 2030, d’avoir développé un système alimentaire qui se veut un modèle d’innovation collective qui tend vers l’autonomie alimentaire solidaire reconnue comme une référence dans l’émergence de projets mobilisant et durables, comme le résume la vision ADN.
Une vision, des actions
Il s’agit donc, pour ce comité de gouvernance, d’établir des actions à poser, ce qui a déjà résulté à l’élaboration de 36 projets, dont une dizaine ont été priorisés et trois déjà financés et en place. Il y a, pour commencer, Racines rurales et gourmandes. Portée par Destination Entreprise, l’initiative vise à augmenter l’accès abordable et la durée de l’accès aux produits frais de saison dans les zones défavorisées et les déserts alimentaires. On retrouve aussi ce guichet unique de services, tel que mentionné plus haut assuré par la Cité de l’innovation circulaire et durable qui favorise notamment la mutualisation d’espaces, d’équipements, d’infrastructures, de service de transport ou de main-d’œuvre. Et il y a le projet Serres nourricières, soutenues par la communauté et jumelées à un service de marchés mobiles (qui priorise les localités situées dans des déserts alimentaires.
Du côté des 10 priorités 2024-2027, on y retrouve notamment la diversification des productions, encourager l’émergence ou la mise en œuvre de Plans de développement d’une communauté nourricière (PDCN), faire la promotion d’initiatives existantes, la sensibilisation, la valorisation et la promotion des produits du terroir, etc.
« Cet ADN, ce n’est pas un plan dont on coche des cases et c’est terminé. Il est toujours en évolution, en lien direct avec le Plan de développement de la zone agricole (PDZA) », insiste Mathieu Allard.
Bien entendu, il s’agit d’un long processus qui commence à voir émerger des résultats. Les possibilités d’évolution sont très larges, passant de la vente en gros, par la congélation jusqu’au prêt ou d’échange d’équipement ou de matériel.
Quant aux coûts de ces produits locaux que certains préfèrent achetés dans les grandes chaînes alimentaires, ils viendront rivaliser lorsque la roue sera démarrée. Le producteur pourra vendre moins loin, diminuant les coûts de distribution, ajustera sa récolte selon la demande des clients, etc. On sait que le coût du panier d’épicerie guide les achats de plusieurs. « Déjà, il y a de belles choses qui se font, comme Artha-Récolte qui propose ses services et dont les fruits et légumes récoltés vont au producteur, aux cueilleurs bénévoles et aux organismes communautaires », souligne le préfet.
Les citoyens sont donc invités à être attentifs aux offres alimentaires proposées dans la région et qu’ils découvrent ainsi des producteurs dédiés qu’ils peuvent rencontrer. « On ne demande pas qu’ils changent toutes leurs habitudes alimentaires, mais bien qu’ils sachent ce qui est possible de faire », ajoute M. Allard. Tous les petits gestes peuvent faire une grande différence dans ce modèle alimentaire.
Finalement, comme le résume Étienne Croteau, l’ADN se veut une « démarche pour l’amélioration d’un système alimentaire territorial bouillonnant d’interactions riches et pleines de nouvelles saveurs ».
