L’exploration minière n’est pas la bienvenue dans la région

Les citoyens ont été nombreux à participer, mercredi soir, à la salle communautaire de Sainte-Hélène-de-Chester, à une séance d’information entourant l’exploration minière qui se dessine dans la région en vue d’une possible mine de cuivre, un projet auquel semble s’opposer la très grande majorité de la population.

Des résidents de différentes municipalités, Saint-Fortunat, Sainte-Sophie-d’Halifax, de Saint-Ferdinand et de Sainte-Hélène-de-Chester, entre autres, ont pris la parole pour poser des questions et formuler différents commentaires après la présentation du géologue Hugues Longuépée, directeur général de IOS Géosciences, une entreprise de Saguenay mandatée par la minière Richmond Hill Resources pour effectuer le travail exploratoire.

Basée à Londres, la compagnie minière a acquis pour un peu plus de six millions de dollars des claims miniers sur le territoire d’une dizaine de municipalités, dont Sainte-Hélène-de-Chester, Saint-Fortunat, Saint-Norbert-d’Arthabaska, Saint-Ferdinand, Saint-Pierre-Baptiste, Sainte-Sophie-d’Halifax et Inverness.

“La présence de cuivre dans la région est connue depuis les années 1800, a rappelé M. Longuépée. En raison du potentiel et de la demande mondiale pour le cuivre, cette petite compagnie, une compagnie junior, a décidé de prendre un risque et d’investir pour acquérir ces droits miniers pour déterminer si un volume justifie une exploitation ultérieure.”

Le cuivre est principalement utilisé pour les fils électriques.

Le géologue de formation a expliqué les étapes, la toute première étant la phase d’exploration pour laquelle les propriétaires doivent autoriser l’accès à leur terre. “À chaque étape, vous pouvez changer d’idée et dire non”, a-t-il souligné.

Il a cependant reconnu que l’autorisation par un seul propriétaire pourrait éventuellement paver la voie à des démarches qui, en fonction des résultats et du potentiel minier, pourrait mener à la concrétisation d’un projet.

Le DG de IOS Géosciences, toutefois, a fait savoir que plus un projet avance en fonction de résultats positifs plus l’obtention des permis nécessaires est difficile à obtenir. “Si l’exploration est concluante, par exemple, viendront des discussions et différentes études pour s’assurer que les impacts soient négligeables pour la communauté et cela peut s’échelonner sur des années”, a indiqué Hugues Longuépée, ajoutant qu’au Québec, un projet sur 10 000 se rend à terme. “C’est un pari que prend la compagnie pour vérifier s’il y a un potentiel. Le succès n’est pas garanti”, a-t-il souligné.

Craintes exprimées

Au cours de cette rencontre d’une durée d’un peu plus de 90 minutes, les citoyens ont fait part de leurs préoccupations et de leurs craintes de toutes sortes.

Une résidente de Sainte-Hélène a abordé la question d’une contamination possible de l’eau. “Il est obligatoire que les règles soient respectées, a dit M. Longuépée. Des études sont nécessaires.”

À savoir si la compagnie, en cas de refus d’accès aux terres de tous les propriétaires, pouvait procéder autrement, le géologue a fait mention de possibles relevés satellites et aériens, des méthodes pas aussi efficaces cependant. “Mais le but n’est pas d’aller contre votre volonté”, a-t-il noté.

Une citoyenne l’a interrogé sur les éléments positifs, selon lui, d’un tel projet minier. Une réaction n’a pas tardé dans la salle lorsque Hugues Longuépée a parlé des emplois bien rémunérés, des taxes en hausse pour les municipalités et de l’augmentation de la valeur des propriétés. “Ce sont des avantages économiques comme n’importe quelle industrie qui s’implante”, a-t-il signalé.

“Ce n’est quand même pas une fromagerie”, a-t-on pu entendre dans la salle.

La question des redevances, a-t-il ajouté, est un sujet d’actualité. Des discussions sont en cours entre les intervenants pour “rétablir la balance, assurer un partage plus équitable”, a-t-il fait savoir.

Inquiet pour la pollution, un citoyen a qualifié la région “de petit paradis”. “C’est très beau. On a une tranquillité d’esprit qu’il faut garder. On n’a pas besoin d’une mine ni d’une grosse industrie. Il faut plutôt encourager les petites entreprises qui démarrent”, a-t-il soutenu.

On a aussi reproché à Hugues Longuépée son manque d’élaboration et de précisions dans ses propos. “Je n’ai rien à cacher, a-t-il confié. Je ne veux simplement pas donner de fausses informations.”

Ce dernier invite aussi les gens à découvrir sur le Web l’exemple de la mine Niobec à Saint-Honoré au Saguenay. “Un exemple qui peut ressembler à ce qui pourrait se faire ici. Il y a de petites différences, mais le contexte est le même. “Ce ne serait pas un projet gigantesque comme Murdochville, par exemple”, a-t-il assuré, ce qui lui fait dire qu’il croit en la cohabitation d’une mine avec d’autres usages.

Questionné sur la réhabilitation des lieux, une fois l’exploitation terminée, le DG de IOS Géosciences a expliqué qu’une compagnie doit fournir au gouvernement une garantie financière. “Si la compagnie quitte sans rien faire, le gouvernement a l’argent pour la réhabilitation du milieu. Il existe de beaux exemples de réhabilitation”, a-t-il affirmé.

Si, comme il l’a soutenu, une mise en opération d’une mine peut prendre plusieurs années, une citoyenne a observé que les gens devaient donc prendre une décision “pour leurs enfants”.

“Selon vous, quel genre de redevance serait suffisante pour remplacer l’eau potable, l’environnement sain et la tranquillité?”, lui a-t-elle demandé.

“Qu’est-ce que ça prendrait comme redevance? C’est très personnel, chacun a son idée, je ne peux le chiffrer”, a-t-il répondu.

La citoyenne n’a pas tardé à répliquer en affirmant que, même pour 50 000 milliards de dollars, elle ne renoncerait pas à l’eau potable, à la tranquillité et à un environnement sain.

Un dossier à suivre, ce que fera la population qui s’est organisée. Un collectif appelé Nous Mine Pas a d’ailleurs été formé.

Le groupe a tenu une précédente soirée d’information et de mise en action le 14 avril et qui a réuni plus de 200 personnes à Sainte-Hélène-de-Chester.

Le collectif se réjouit de la réponse de la population et se dit confiant que le mouvement d’opposition prendra de l’ampleur avec la création de comités dans chaque municipalité.

Pour le groupe, cela constitue une preuve concrète du manque d’acceptabilité sociale.

Les opposants estiment que l’éventuel projet d’exploitation de cuivre baptisé Ste-Sophie Copper Project pourrait entraîner des impacts irréversibles sur le territoire et la vie des citoyens, comme la destruction de terres agricoles et d’érablières, la contamination potentielle de la nappe phréatique, des cours d’eau et du sol, la pollution de l’air, la diminution de la valeur foncière ou encore des expropriations.

À cela, l’intervenant  a précisé que l’expropriation constitue une mesure de dernier recours. “On en est loin. Aujourd’hui, le projet ne vaut pas grand-chose parce qu’on ne sait rien”.

On dit craindre, par ailleurs, l’accumulation d’énormes quantités de résidus miniers. Un citoyen a lancé ne pas vouloir un deuxième Thetford Mines.

Ce ne sera pas le cas, a mentionné Hugues Longuépée, puisqu’il ne s’agit pas d’un projet d’une même ampleur.