Les organismes communautaires déclenchent la grève
Plus de 70% des organismes communautaires des MRC d’Arthabaska et de L’Érable joignent le mouvement Le communautaire à boutte et ont entrepris, lundi matin, une grève partielle ou complète pour réclamer du gouvernement un meilleur financement, des conditions de travail décentes et une reconnaissance pleine et entière des organismes.
Les représentants de plusieurs organismes s’étaient donné rendez-vous à la Place communautaire Rita-St-Pierre de Victoriaville. “Cet édifice est un symbole fort dans notre région. Il regroupe une trentaine d’organismes sous un même toit. Chaque année, des milliers de personnes franchissent ces portes pour avoir de l’aide et trouver des solutions. Ce sont aussi 1500 appels de référencement par année”, a souligné la directrice générale de la Corporation de développement communautaire des Bois-Francs, Tania Fontaine.
“Nous sommes ici aujourd’hui pour rappeler que derrière ces portes, il y a des travailleuses et des travailleurs qui tiennent à bout de bras un filet social essentiel”, a-t-elle ajouté.
La situation actuelle ne peut plus durer. Un point de rupture a été atteint, selon elle. “Le sous-financement chronique des organismes communautaires et l’augmentation des besoins compromettent gravement notre capacité d’agir, épuisent nos équipes et mettent en péril des services essentiels à la population”, a-t-elle soutenu.
On dénombre plus de 80 organismes dans les Bois-Francs et L’Érable, dont 76 dans la MRC d’Arthabaska, ce qui représente plus de 700 travailleuses et travailleurs, de même que plus de 2000 bénévoles.
“Nous sommes fatigués de devoir toujours faire plus avec moins. Notre petite équipe de deux employés et demi s’essouffle. On ne peut plus faire de petits miracles”, a lancé Evelyne Heeremans, directrice générale de l’Association des locataires Centre-du-Québec qui dessert un bassin de 254 000 personnes dans les cinq MRC du territoire.
Ce n’est pas de gaieté de cœur qu’elle a joint le mouvement de grève. “Mais le gouvernement ne nous laisse pas le choix. On a l’expertise, on donne des services de qualité, mais notre capacité d’agir est compromise”, a-t-elle signalé.
Par cette grève, les organismes envoient le message qu’ils veulent faire mieux pour leurs équipes et surtout pour les gens fréquentant leurs services. “C’est l’ensemble des mesures mises en place pour soutenir les personnes qui s’effritent peu à peu. Le gouvernement doit prendre des engagements financiers et des actions concrètes dès maintenant”, a fait valoir Nancy Ouellet, directrice générale de la Maison des jeunes Le Trait d’Union de Victoriaville.
La directrice générale de Droits Devant Érable, Sylvie Hébert, a aussi pris la parole, témoignant de l’importance d’obtenir un financement adéquat. “Pour répondre aux besoins tant du personnel que des citoyens, nous avons besoin d’un financement permettant d’offrir un salaire et des conditions de travail décentes et des fonds nécessaires pour se déplacer sur ce territoire qui est vaste et qui n’offre pas de transport en commun”, a-t-elle noté.
En plus de plaider pour un financement suffisant à la mission, des conditions de travail décentes pour les travailleuses et travailleurs et une reconnaissance pleine et entière, les organismes revendiquent aussi pour une protection de l’autonomie, la fin du financement précaire et l’investissement dans le modèle communautaire comme pilier stratégique.
Employée du Restaurant populaire, Maude Tremblay constate des besoins sans cesse grandissants. “En moins de cinq ans, on est passé d’une cinquantaine de personnes par jour pour le dîner seulement à une moyenne de 100 ces temps-ci. Et ça ne fait qu’augmenter d’année en année, a-t-elle observé. Sans compter la charge de travail toujours de plus en plus grande et les besoins toujours de plus en plus complexes. Et on nous demande de s’adapter et de faire des miracles avec des miettes et de nous organiser entre nous. Une chance qu’on a des entreprises et des gens de chez nous qui donnent parce que ce n’est pas l’État qui remplit nos frigos.”
Le milieu communautaire, a-t-elle renchéri, constitue un beau modèle. “On l’a tatoué sur le cœur, mais notre cœur a maintenant besoin d’un défibrillateur. J’y crois au communautaire. On travaille sans relâche pour aider des gens. Pourrait-on avoir des conditions de travail décentes pour continuer à faire notre travail? On l’aime notre job, a-t-elle exprimé. Il me semble que soutenir ceux qui la font, c’est la base. Si le communautaire s’effondre, c’est toute une société qui tombe.”
Le monde communautaire soutient des gens comme Cédric, un Montréalais d’origine qui a tout perdu et qui s’est retrouvé à la rue. À Victoriaville, il a terminé une thérapie et il a trouvé la Place communautaire Rita-St-Pierre et le Restaurant populaire. “Mille fois merci, a-t-il dit. Ici, on n’est pas des numéros. On nous traite comme des êtres humains. Il y a beaucoup d’empathie et l’empathie, ça ne se négocie pas. Le communautaire est vraiment important. Il aide des gens comme moi.”
Diverses actions locales se tiendront ces prochains jours, dont des mobilisations le 26 mars à Warwick, le 27 à Trois-Rivières, le 31 mars à Drummondville et le 1er avril à Plessisville, sans compter une rencontre avec les députés le 30 mars. Et puis ce grand rendez-vous dans la Vieille Capitale. “La mobilisation s’étend partout au Québec et prendra toute son ampleur le 2 avril à Québec où des milliers de travailleuses et travailleurs se rassembleront pour interpeller directement les décideurs parce que le communautaire refuse de se taire”, a conclu Nancy Ouellet.
Les organismes disent avoir l’appui de leur clientèle. Certains services, toutefois, sont maintenus, notamment en hébergement pour les femmes victimes de violence et les gens en santé mentale.
