Laurierville : une enseigne numérique qui empoisonne leur quotidien

Bien installés depuis plus de 13 ans dans leur maison de la rue Grenier située en plein cœur du village de Laurierville, Manon Boucher et David Paquin, qui sont les parents de trois jeunes filles âgées de 13, 11 et 7 ans, affirment que leur famille n’est plus en mesure d’avoir une vie normale depuis l’installation par la Municipalité, en octobre dernier, d’une enseigne numérique située de l’autre côté de la rue, en face de leur propriété.

«J’ai le système nerveux totalement irrité et je suis convaincue que c’est à cause de cette enseigne-là», explique Mme Boucher qui souligne ne plus se sentir bien dans sa maison. Elle a d’ailleurs sa propre théorie sur l’origine de la problématique qu’elle attribue au champ électromagnétique produit par le transformateur de l’éclairage au LED et qui traverse les murs de leur résidence.

«À partir du moment où l’enseigne a été installée, j’ai senti comme des vibrations en dedans de moi, mais nous étions plus dérangés au départ par la pollution visuelle, l’enseigne étant très lumineuse. Les vibrations se sont toutefois poursuivies et j’ai commencé à être étourdie et essoufflée en faisant mes tâches ordinaires et même à avoir des nausées à l’occasion et des bourdonnements dans les oreilles», poursuit Mme Boucher sans oublier de parler de spasmes musculaires qui affectent aussi d’autres membres de sa famille. «Nous ne dormons pas bien et nous ne sommes pas bien reposés en subissant la stimulation continuelle du champ magnétique. Nous sommes tous fatigués.»

«C’est tout notre corps qui réagit à cette électricité. Parfois, je n’en peux plus et on part de la maison quelques heures. Les symptômes disparaissent et ça me donne comme une pause. Je sens très clairement qu’en partant, ça s’en va, mais qu’en revenant, ça revient», ajoute Mme Boucher. «Et quand je m’approche de l’enseigne, c’est pire», précise-t-elle.

Elle dit avoir consulté son médecin de famille qui lui a fait subir de nombreux examens. Elle a aussi demandé à être évaluée en électrosensibilité.

«J’ai déjà travaillé dans un centre de soins en longue durée et mes symptômes s’apparentent à ceux de patients souffrant de la sclérose en plaques (faiblesse dans les jambes, essoufflement, tremblement, difficulté de concentration). J’ai peur de subir des dommages neurologiques permanents», affirme la dame qui est actuellement femme au foyer.

Mme Boucher et son conjoint, qui travaille chez CBR Laser à Princeville, souhaitent toujours que la Municipalité retire l’enseigne de son emplacement actuel, eux qui ont déjà essuyé son refus à cet effet. Le couple, qui n’a peu d’alternatives pour l’instant, envisage porter plainte au civil pour trouble de voisinage. «Si nous échouons, nous pourrions aussi porter l’affaire devant le Tribunal des droits de la personne. Il s’agit de longues démarches et je ne sais si mon système nerveux pourra supporter tout ce temps», conclut Mme Boucher.

Réaction du maire

Le maire de Laurierville, Marc Simoneau, reconnaît qu’il ne s’agit pas d’un dossier facile d’autant plus qu’il implique une jeune famille. Il ne met pas en doute que la dame puisse être hypersensible aux fréquences, mais laisse entendre que rien n’indique que l’enseigne en soit responsable.

«Pour ce qui est de la luminosité, nous avons diminué l’intensité au minimum et nous utilisons aussi l’enseigne en mode nuit pour accommoder le plus possible la famille», explique le maire.

L’enseigne responsable du litige est située à quelque 150 pieds de la maison du couple. «Elle respecte les normes du ministère de l’Innovation, des Sciences et du Développement économique du Canada au niveau des fréquences au même titre que tous les appareils qui émettent des fréquences comme les compteurs intelligents d’Hydro-Québec, les téléphones intelligents, les téléphones sans fil, les routeurs sans fil et autres appareils qu’on retrouve dans la majorité des résidences. Elle n’est pas censée affecter les gens. Nous n’avons aucune donnée en ce sens et plusieurs autres municipalités possèdent de telles enseignes», mentionne M. Simoneau.

Une résidence pour personnes âgées est également située à proximité de ladite enseigne. «Nous n’avons reçu aucune plainte de ce côté», d’indiquer le maire qui ajoute que le conseil ne prévoit pas d’autres mesures à moins de développement nouveau. La relocalisation de l’enseigne pourrait amener pour la Municipalité des frais de l’ordre de 20 000 $.