La culture maraîchère pour développer les compétences
Si l’agriculture ou la culture maraîchère a comme première utilité de nourrir les gens, elle permet également à des personnes autistes, au Domaine Bleu de Saint-Valère, d’acquérir des compétences et développer leur autonomie.
Rencontré sur cette grande terre de Saint-Valère qui a inspiré le projet, l’idéateur Martin Bernard a expliqué l’origine du Domaine Bleu. “Nous sommes dans une région agricole et plusieurs manquent de personnel ou de manœuvre pour effectuer des tâches répétitives, régulières”, lance-t-il d’entrée de jeu. Ainsi, il allait de soi pour lui d’utiliser la culture maraîchère comme moyen afin de développer des compétences au travail pour les personnes autistes et ultimement leur permettre d’accéder au marché du travail s’ils le souhaitent. M. Bernard, qui est psychoéducateur de formation et papa de Sarah-Mei qui vit avec un trouble du spectre de l’autisme ainsi que d’une déficience intellectuelle modérée, a le sujet à cœur, on le comprendra.
Un camp de jour
Bien entendu, les participants autistes qui viennent y passer huit semaines au cours de l’été doivent avoir un intérêt pour la nature, la campagne et les stimuli qui s’y rattachent. “C’est l’endroit pour venir apprivoiser ça et faire descendre une hyperactivité des sens. Au-delà de ça, ils pourraient par la suite travailler et faire leur part s’ils sont bien accompagnés”, estime-t-il.
Le but du camp estival est alors de développer les compétences rattachées à l’agriculture et même à l’élevage d’animaux, à la rigueur. La transformation des fruits et légumes s’est aussi intégrée à l’OBNL, grâce notamment aux Cuisines collectives qui prêtent l’équipement et les locaux pour ce faire. En plus de favoriser l’acquisition d’autres compétences, la vente des produits transformés permet de financer une partie des dépenses.
Si certains employeurs sont réticents à embaucher ces personnes à la fin de leur parcours, Martin leur explique simplement qu’en cette période où il manque de personnel un peu partout, le 50% que donne la personne autiste est un 50% qu’on n’a pas à faire. Il rappelle que les gens autistes sont rassurés par des tâches répétitives. “Le plus difficile, c’est de leur montrer au départ. Ensuite, ils vont les faire et seront bien là-dedans”, ajoute-t-il. Et même après un certain temps sans pression sur le rendement, celui-ci s’améliore, a-t-il noté. “Nous avons un stagiaire, Ismaël, qui est là depuis trois ans. Le premier été on l’accompagnait pas à pas et l’été dernier il était en mesure de choisir ce qu’il faisait de sa journée”, apprécie Martin Bernard. “Il est aussi en mesure de voir les tâches à faire et s’intéresse de plus en plus à l’agriculture et à la production maraîchère”, dit-il encore. Ainsi, en 24 semaines étalées sur trois années, Ismaël a développé de multiples compétences de travail et sociales aussi.
La clé de la réussite de la suite du camp de jour est la compréhension de l’employeur et la relation qu’il aura développée avec la personne autiste. “On voit dans les études que les échecs viennent du fait que les employeurs s’attendent à ce qu’ils aient de plus en plus de vitesse, de performance au travail, sans faire certaines adaptations”, note-t-il.
Ces adaptations peuvent être aussi simples que de fournir un filet pour éviter les insectes, des gants pour ceux qui ne peuvent toucher la terre ou encore des coquilles pour diminuer le bruit autour. “En bref, il faut accompagner l’employeur et l’employé”, résume-t-il.
Au Domaine Bleu, le camp fonctionne bien depuis trois ans et pourrait s’étirer dans la saison avec la mise en place de deux serres. Les participants au camp pourraient ainsi y venir pour à partir des semis (en mars) jusqu’aux récoltes (octobre-novembre). “On développe, on apprend. Il faut faire les choses lentement et bien”, précise le fondateur. Chaque année, on ajoute la culture de certains fruits ou légumes qui seront ensuite transformés, autant d’occasions pour les personnes autistes de développer de nouvelles compétences.
D’autres vocations
Ce ne sont pas les projets qui manquent au Domaine Bleu. Le camp de jour pour lequel on espère accueillir entre quatre et six personnes l’été prochain est la première étape. S’ajoutera la construction d’une Farmhouse, où s’installera la transformation, sur place, des fruits et légumes et permettra d’y offrir un centre de jour, à longueur d’année. L’équipe du Domaine Bleu travaille justement à ficeler le financement de ce nouveau bâtiment.
Martin Bernard voudrait par la suite que le deuxième étage de cette maison serve d’hébergement pour quelques personnes autistes et désirerait de plus ajouter aux abords des mini-maisons pour de l’hébergement permanent et des places de transition. Ce serait alors une douzaine de personnes autistes qui pourraient bénéficier d’un lieu de vie agréable et bien encadré.
Le Domaine Bleu progresse donc d’année en année. Une équipe de bénévoles ne compte pas ses heures pour s’assurer du succès et les collaborations avec différents organismes et entreprises prouvent la pertinence du projet.
Jusqu’à présent, Martin Bernard estime que son idée, qui semblait peut-être un peu folle pour certains à ses débuts, se développe comme il l’avait rêvé. “Mais je reste prudent et veux m’assurer qu’il part bien afin de perdurer dans le temps”, termine-t-il avec sagesse. Tout cela bien posé sur les solides bases de la culture maraîchère.
