La Chèvrerie du Biquet : presque 30 ans de passion au sommet de la génétique

Depuis presque 30 ans, Nancy Mc Neil et Evelyne La Roche sont associées dans l’élevage de chèvres boers à Warwick. Avec les années, leur Chèvrerie du Biquet s’est imposée grâce à la qualité exceptionnelle du troupeau.

Dans la région où la Holstein est reine, l’élevage caprin représente une très minime part du revenu agricole. Ça n’a pas empêché les deux femmes de se lancer dans cet élevage en 1997 après avoir eu un coup de foudre pour ces animaux lors d’une visite à l’Expo de Saint-Hyacinthe en 1997.

Au début, elles ont fait l’achat de trois chèvres nubiennes puis d’un bouc boer pur-sang. “Ça nous a donné des Boers à 50%”, note Evelyne. Et c’est ainsi qu’elles ont lancé cet élevage dont la génétique s’est améliorée au fil des générations. À cette époque, les éleveurs de chèvres au Québec étaient peu nombreux. “En partant, nous ne voulions qu’élever des chèvres et vendre la viande”, se souvient Nancy. Cela ne les empêchait pas d’enregistrer les femelles afin d’améliorer l’élevage.

Vers 2003, elles ont réalisé qu’elles avaient beaucoup de chèvres. Elles ont alors décidé de vendre les croisées pour ne conserver que les pur-sang. À ce moment, elles s’occupaient de 35 chèvres (mères). “Ça ne semble pas beaucoup comparativement aux chèvres laitières qui peuvent former des troupeaux de 300, 400, 500 ou 600 chèvres. Mais pour l’emplacement qu’on a, c’était trop”, raconte Evelyne.

De plus, depuis le début, les deux femmes font cet élevage simplement pour le plaisir et non pas pour gagner leur vie. “On a amélioré notre génétique, commencé à vendre des reproducteurs et de la viande”, mentionne Nancy. Aujourd’hui, toutefois, les animaux ne sont plus vendus pour la viande, même si celle-ci est bien appréciée partout dans sur la planète, et de plus en plus connue en Amérique. La chèvre est d’ailleurs la viande la plus mangée au monde, comme le précise Nancy.

Elles ont donc choisi d’avoir moins de têtes, mais de faire des reproducteurs de qualité et, par le fait même, des chèvres qui respectent génétiquement les standards de qualité de la race boer. Ce faisant, Evelyne et Nancy ont voulu démontrer le haut standard de leur production en participant à des concours. À ce jour, le nombre de prix remportés est impressionnant et elles ont toujours beaucoup de plaisir à rivaliser avec les autres éleveurs lors d’événements. Elles participent, entre autres, à l’Expo de Saint-Hyacinthe (où tout a commencé), à celle de Brome ainsi qu’à la Royal Winter Fair de Toronto. D’ailleurs, lors de la dernière édition de cet événement, les 14 sujets pur-sang présentés par le Chèvrerie du Biquet ont décroché 4 bannières et 23 rosettes. Sans compter les commentaires élogieux faits par un juge américain.

Aujourd’hui, Nancy et Evelyne sont bien fières du troupeau, formé de 56 animaux (dont 3 mâles reproducteurs, 16 mères qui donnent une trentaine de bébés par année), dont elles s’occupent avec soin. Dans l’étable, tout est propre : les lieux comme les animaux. Les mâles sont installés dans un parc à l’entrée et les autres dans d’autres espaces bien délimités. Lorsqu’on entre dans le bâtiment, les boucs et chèvres nous regardent avec leurs yeux doux et attendrissants ou même tristes, caractéristiques de cette race.

Evelyne s’occupe de la régie et Nancy est responsable des soins. “N’importe qui peut s’acheter un champion. Mais le garder beau est plus difficile”, estime Nancy. De leur côté, elles prennent un soin minutieux du troupeau et vendent annuellement plusieurs spécimens. Il y a même une liste d’attente pour s’en procurer, la renommée des deux éleveuses n’étant plus à faire. Nez romain, cornes qui suivent la courbe, dents alignées, musculature, membres droits et bons pâturons sont autant de caractéristiques des animaux qu’elles tendent à atteindre.

C’est au fil du temps qu’elles ont acquis de l’expérience dans cet élevage, sur le tas, comme on dirait. Evelyne a œuvré du côté du contrôle laitier pendant sa carrière, dont elle est maintenant retraitée. Elle avait donc une base sur l’alimentation animale et la génétique. Quant à Nancy, infirmière de métier aussi retraitée, les soins n’ont plus de secrets pour elle, de même que la préparation lors des expositions. Les deux forment donc une équipe parfaite pour cet élevage qui les passionne encore. Leur troupeau est reconnu à travers la province, le pays et même au-delà. En effet, elles sont même allées en Europe, en Provence, afin de partager leurs connaissances et expertises dans le domaine.

Les défis ne manquent pas pour cet élevage. Parmi eux, on retrouve celui de trouver de la nouvelle génétique pour la reproduction, la réglementation étant de plus en plus stricte ce qui empêche d’importer de certains pays. Evelyne et Nancy continuent donc d’améliorer la génétique, de vendre des reproducteurs et de participer à des expositions. “La qualité demeure notre priorité”, soulignent-elles. De plus, même si cela leur demande beaucoup de temps et de travail, et les empêche de partir plusieurs semaines de suite, elles souhaitent encore continuer à œuvrer dans ce milieu où, au fil du temps, elles se sont fait des amis. “En plus, ça nous garde en forme”, concluent-elles en riant.