“La CAQ est en train de détruire le système de santé et de services sociaux”
Les représentants des syndicats affiliés à la CSN tracent un bilan “catastrophique” de la première année d’existence de Santé Québec. Ils estiment que le nouvel employeur du réseau de la santé échoue à remplir les promesses de performance et d’efficacité faites par la Coalition avenir Québec.
“Un an après l’introduction de la structure de Santé Québec par le gouvernement de la CAQ, par le ministre Christian Dubé, qui a été imposée sous forme de bâillon à l’Assemblée nationale, on est forcé de constater l’échec de cette hyper-centralisation-là, lance le président du Conseil central du Cœur-du-Québec CSN, Pascal Bastarache. Une structure bureaucratique qui peut se targuer d’être la plus éloignée et la plus déconnectée des personnes qui donnent des soins directement à la population, une structure publique mais dirigée par des ”top guns” issus du milieu privé.”
Ultimement, les syndiqués craignent que l’accessibilité universelle du système de santé soit menacée.
“Malgré les dires des dirigeants de Santé Québec, la CAQ, avec l’ensemble de ses réformes, est en train de détruire notre système de santé et de services sociaux tel qu’on le connaît. Un système, depuis des décennies, qui a été basé sur l’accessibilité universelle, un idéal que les Québécois et Québécoises ont toujours chéri et qui est en train d’être complètement détruit au profit de ”top guns” qui veulent faire un profit sur le dos de notre maladie.”
Les coupures observées en Mauricie-Centre-du-Québec et leurs conséquences inquiètent M. Bastarache.
“Depuis les derniers mois, on a dû faire face à près de 42 M $ de coupures qui ont eu un impact direct sur les soins à la population. Dans le budget du CIUSSS, on parle de près de 252 M $ annuellement, environ 10 M $ vont directement dans le profit d’entreprises privées pour donner les services.”
Sans pouvoir fournir de chiffres, M. Bastarache évoque aussi l’augmentation grandissante du nombre de départs d’employés qui quittent le CIUSSS MCQ.
“On voit dans les dernières semaines le ralentissement des chirurgies causé, entre autres, par la pénurie de personnel qui s’en va du réseau parce qu’ils sont tannés de leur conditions de travail.”
“Il y a déjà plusieurs années, ce n’était pas glorieux et ça ne s’est vraiment pas amélioré.”
Les employés qui restent en subissent les contrecoups.
“Le personnel le constate à chaque jour, explique la vice-présidente régionale de la Fédération de la santé et des services sociaux CSN, Liette St-Arnaud. Les équipes sont essoufflées, fatiguées. On peut être deux pour faire la job de cinq. On fait le mieux qu’on peut pour donner le meilleur service aux personnes qui ont un grand besoin. Il y a une augmentation du fardeau de tâches tout en n’améliorant aucunement l’accès à la population et aux soins de santé dont ils ont besoin.”
“Faire front pour le Québec”
La CSN mène la campagne “Faire front pour le Québec” pour réclamer un réseau public plus décentralisé afin de tenir compte des particularités des régions.
“Les dirigeants et les dirigeantes, qu’est-ce qu’ils devraient faire? S’adapter aux demandes de la population, aux services de chaque région, suggère M. Bastarache. Ce n’est pas vrai qu’on peut prendre des décisions de façon centralisée et les appliquer partout dans la province. Il y a des spécificités dans chaque région, le vieillissement de la population, les problématiques de santé mentale. On doit absolument décentraliser tout ça et s’assurer qu’on prenne des décisions pour répondre aux besoins de la population dans chaque région administrative.”
Par ailleurs, le lien de confiance est brisé à plusieurs égards entre l’employeur et les employés, indique le président du syndicat du personnel de bureau, des techniciens et des professionnels de l’administration du CIUSSS MCQ CSN Frédérick Beaulieu.
“Les employés sont continuellement déçus face aux obligations de l’employeur liées à la convention collective. Presque aucune clause modifiant le contrat de travail n’a été appliquée dans les délais convenus. En plus, l’employeur ne fournit pas les talons de paye. Nos employés sont souvent victimes d’erreurs de rémunération. Sans les talons de paye, ils ne peuvent même pas valider les montants qu’ils ont reçus. Ces situations-là portent atteinte à la confiance envers l’organisation du CIUSSS MCQ et de Santé Québec. Ça va être difficile pour eux d’atteindre leur objectif qu’ils se sont fixés dans leur plan d’établissement 2025-2028 qui vise à rebâtir la confiance des personnes œuvrant dans le réseau.”
Quant aux chantiers informatiques du réseau de la santé, ils connaissent des dépassements de coût importants.
“Le système d’information et des finances d’approvisionnement, le SIFA, était initialement budgété à 96 M $, mais maintenant on estime que le tout va aller jusqu’à 280 millions, un surplus de 184 M $, illustre M. Bastarache. Le dossier de santé numérique, le DSN, qu’on estimait à 265 M $, est rendu avec des projections de 402 M $, un surplus de 137 M $. Ça en en fait de l’argent qui devrait être utilisé pour les services directs à la population. On coupe dans les services et on s’en va se jeter à pieds levés vers des fiascos comme on a connu avec SAAQclic.”
“Les travailleuses et travailleurs sur le plancher travaillent en manque de personnel, en manque de matériel, mais Santé Québec préfère investir à grands frais dans les services bureaucratiques qui sont inefficaces, souligne la présidente du syndicat du personnel para-technique, des services auxiliaires et de métiers CSN, Dominique Patenaude. On est en attente du dossier de santé numérique pour savoir quand ça va être déployé. Des travailleurs travaillent quand même sur le projet au lieu d’être aux soins directs à la population.”
Invité à identifier un seul élément positif lié à Santé Québec, M. Bastarache n’en trouve pas.
“Absolument pas. Il n’y a rien de bon qui peut ressortir au point de vue des soins à la population. C’est complètement déconnecté comme structure et on doit faire exactement le contraire. Santé Québec, on doit mettre la hache là-dedans.”
