La boulangerie, une véritable passion pour Antonello Devriese

L’homme, qui vient de s’installer rue de la Gare à Victoriaville, voue une véritable passion pour son métier. Français d’origine, Antonello Devriese met la main à la pâte depuis 44 ans. Il n’avait que 14 ans quand il a commencé dans le domaine qu’il n’a jamais quitté.

Sa maman, pourtant, a bien tenté de le décourager. « Elle me disait que ce n’était pas un métier, que j’allais être malheureux, que ce n’était pas une vie de travailler la nuit. Elle voulait que j’en sorte. Elle m’a sorti trois fois, mais j’y retournais toujours. Pour moi, c’est une passion. Et je lui ai dit, ne me change plus, je ne veux plus rien savoir, mon métier, c’est la boulangerie », raconte-t-il au www.lanouvelle.net.

Après toutes ces années, la passion demeure intacte. « C’est de voir la matière vivante, voir la pâte lever, la fermentation, les arômes et le mixage des farines pour en arriver à faire telle sorte de pain, des compositions, j’aime beaucoup les compositions », exprime-t-il.

Son métier, Antonello l’a appris auprès d’un maître compagnon du devoir, une association ouvrière née en France, mais qui s’est étendue ailleurs. « J’ai été chanceux. Je me suis retrouvé chez un maître compagnon, un vrai compagnon du devoir, c’est lui qui m’a transmis cette passion. Compagnons du devoir, explique-t-il, est une association où on se dévoue corps et âme pour tous les corps de métiers d’art, tailleur de pierre, ébéniste, charpentier, menuisier boulanger et pâtissier. »

Pendant deux ans, il a suivi une formation comme apprenti boulanger. À 16 ans, le jeune Antonello savait tout faire. « Au niveau de la production, j’étais pleinement fonctionnel et autonome », dit-il.

Le Québec

Profitant alors de vacances, Antonello Devriese s’amène au Québec en 1994, une terre qui lui plaît, si bien qu’il ne la quittera pas, sauf pour une période de neuf mois, le temps d’obtenir son statut de résident permanent.

À son arrivée en sol québécois, le Français paie pension pour être hébergé à la maison des Compagnons du devoir à Montréal. Rapidement, le bouche-à-oreille produit son effet quant à l’arrivée d’un boulanger français. « J’ai été sollicité par plusieurs entreprises. Plusieurs compagnies m’ont sollicité pour m’engager, se souvient-il. Finalement,  j’ai signé un contrat d’une année avec Première Moisson qui venait de débuter leur projet en 1993. »

Après cette première année, il est retourné en France pendant neuf mois le temps que se règle sa situation avec l’immigration.

Antonello Devriese a aussi enseigné son art pendant une dizaine d’années au centre de formation professionnelle Calixa-Lavallée. Malgré un très bon salaire, il a quitté l’enseignement. « La pratique me manquait. Faire des démonstrations, c’est bien beau, mais moi je suis un créatif et un productif. Il me faut faire la production sinon je m’ennuie », confie-t-il, même s’il reconnaît avoir relevé de beaux défis avec certains professeurs en cuisine qui lui faisaient parfois des commandes spéciales pour des repas exceptionnels.

Après l’enseignement, Antonello a aidé à l’ouverture d’une boulangerie à Coaticook. L’expérience n’a pas été concluante. Le jeune couple propriétaire et lui ne partageaient pas la même vision.

« Je suis alors parti travailler à Sherbrooke dans une boulangerie malheureusement semi-industrielle. J’ai aimé l’expérience, mais je n’avais pas de défis, tout était mécanique », avoue-t-il.

Le propriétaire de l’entreprise sherbrookoise avait cependant acheté une boulangerie à Daveluyville, l’ex-boulangerie Soucy, qu’il a revendu à une nouvelle proprio qui acceptait d’embaucher Antonello Devriese.

« Je suis demeuré huit mois à Daveluyville. On faisait les marchés en été, ici, et les gens étaient très réceptifs, trouvant que notre pain était bon. Les gens nous suggéraient d’ouvrir une boulangerie à Victoriaville. Dans les marchés, les gens venaient et faisaient leurs réserves tous les samedis et dimanches », fait-il remarquer.

Antonello a fait part de cette suggestion à la propriétaire qui ne souhaitait pas s’implanter à Victo. 

Mais cette idée, le Français l’avait toujours bien en tête. « Il y avait une vraie demande. J’ai alors fait un peu de prospection pour constater qu’il y avait peu de boulangeries par rapport à la population. Je me disais qu’il vaudrait la peine d’en ouvrir une. »

Il a songé au départ à quelque chose de plus petit, pensant d’abord à un commerce de beignes. « J’ai déjà eu une compagnie à Sherbrooke où je faisais des beignes en saison estivale. Mais je voulais repartir un magasin de beignes dans un local fixe, à longueur d’année, pas un commerce ambulant », souligne-t-il.

Quand il a aperçu l’annonce « à louer » concernant le local qu’il occupe sur la rue de la Gare, Antonello a sauté sur l’occasion. « Mais la fille qui m’a présenté le local, me sachant boulanger, m’a fait savoir qu’il fallait ouvrir une boulangerie,  que ça en prenait une à tout prix. Il faut faire du pain, de la pizza, m’a-t-elle dit.

C’est comme ça qu’a mûri le projet de plus en plus », relate-t-il.

Ainsi, depuis à peine un peu plus de trois semaines, le boulanger a pignon sur rue avec La boulange de la Gare. Il dit apprécier l’endroit. « L’emplacement, c’est très bien, j’adore le coin, le secteur, j’adore les gens, ils sont très sympathiques, très participatifs, constate-t-il. On ne demande rien, et par eux-mêmes, ils s’offrent pour aider, l’un m’a fait le code-barre pour le Wi-Fi,  une autre a réalisé l’affiche indiquant qu’on allait fermer deux jours par semaine. Les gens sont très généreux. »

Les clients, observe-t-il également, sont heureux de pouvoir compter sur une boulangerie de quartier, ravis de ce qu’ils se mettent sous la dent, pains, croissants, focaccias, pizzas et viennoiseries.

Se lancer en affaires n’est pas une mince tâche. « C’est beaucoup d’heures », fait remarquer Antonello qui est cependant bien heureux de sa décision.

Il salue aussi le support obtenu de la Corporation de développement économique de Victoriaville et sa région. « Et la Ville fait beaucoup pour dynamiser le centre-ville », constate-t-il.

Le boulanger passionné peut compter aussi sur Stéphane Fouquet, son partenaire associé, un ami qu’il a connu à Sherbrooke et qui faisait partie aussi de son équipe dans l’entreprise de beignes.

« C’est un gros défi, mais c’est bien parti », se réjouit Antonelle Devriese qui accueille sa clientèle du mardi au samedi, à raison de 10 h par jour dès 8 h.

« Je n’avais pas prévu aussi gros, ajoute-t-il. J’avais pris un petit four deux étages, mais il faudra que je revoie mon matériel pour répondre aux besoins des gens. »