Jean-Nicolas Guillemette, gestionnaire et un peu missionnaire

TRANSPORT. Diriger Uber au Québec comble les trois priorités que s’est, un jour, fixées Jean-Nicolas Guillemette. «Je voulais avoir du plaisir, faire une différence et faire de l’argent. Et dans cet ordre.»

Jean-Nicolas Guillemette est un fils de Victoriaville, celui, plus précisément, des Victoriavillois Claudette Filion et André Guillemette.

En deux ans, le service de raccompagnement urbain s’est imposé, envers et contre tout, dans le paysage montréalais, s’est étendu à Québec, Laval et Longueuil.

«On a commencé à deux, dans un sous-sol où on avait besoin d’une chaufferette!», raconte le jeune directeur de 33 ans. L’équipe compte maintenant 18 personnes, «18 entrepreneurs» comme il les qualifie, et a créé 1400 emplois.

Depuis 2013, la multinationale Uber fondée par un Américain et un Canadien, implantée dans plus de 360 villes de 61 pays, aurait investi quelque 21 millions $ au Québec.

«Mensuellement, 20 000 personnes téléchargent notre application et en octobre, on a reçu plus de 300 000 appels pour une course offerte en moins de trois minutes et deux fois moins chère qu’en taxi. On comble un besoin important!», résume M. Guillemette.

«Me voilà servi!»

En acceptant l’offre d’Uber d’implanter le service au Québec, le jeune homme ne s’attendait pas à ce que l’entreprise prenne une telle envergure et à ce qu’il se retrouve souvent sur la sellette des médias, vilipendé par les uns et par les autres, surtout par les chauffeurs de taxi qui s’indignent de la concurrence déloyale qu’Uber leur oppose, rabroué par le ministre des Transports du Québec et la Ville de Montréal qui s’indignent du caractère «illégal» de son service.

«Moi qui n’avais jamais accordé d’entrevue aux médias, qui n’a jamais fait de politique, me voilà servi!», s’exclame le gestionnaire, convenant qu’il a commis des erreurs et qu’il en commettra d’autres.

Tout le brasse-camarade que provoque Uber – et pas qu’à Montréal – n’ébranle pas les convictions du Victoriavillois d’origine. Même que, de gestionnaire de formation et de carrière qu’il est, il se perçoit maintenant investi d’une sorte de «mission».

Il a accueilli, enchanté, la récente recommandation du Bureau de la concurrence d’ouvrir le marché aux services de covoiturage payant de type Uber.

Selon une dépêche de La Presse canadienne diffusée la semaine dernière, le Bureau de la concurrence soutient qu’il faut moderniser la réglementation qui encadre l’industrie du taxi «afin de permettre aux services de taxi et de covoiturage de livrer concurrence sur pied d’égalité». Le Bureau affirmait que «les consommateurs bénéficieront de prix plus bas, de périodes d’attente plus courtes et de services de meilleure qualité».

«Ce n’est pas qu’une très bonne nouvelle pour nous. C’en est une pour la population», commente le directeur d’Uber au Québec.

À ceux, comme le ministre des Transports, qui soutiennent que le service est «illégal», il précise plutôt qu’il n’est pas réglementaire. «C’est ce qu’on demande, une nouvelle réglementation. Car il y a un flou au Québec et c’est au gouvernement qu’appartient le pouvoir de réglementer.»

Contrer l’auto solo

Uber livre une bataille pour une bonne cause, pour contrer l’auto solo, dit encore son directeur.

«Il n’y a actuellement pas assez d’options pour la population. On se bat contre le lobby et le monopole de l’industrie du taxi. Il faut offrir un cocktail de nouvelles solutions afin de réduire la circulation automobile responsable, à 47%, de l’émission des gaz à effet de serre. Il faut, ajoute-t-il, libérer les villes de la congestion et de la pollution. «Le nombre d’automobiles croît deux fois plus vite à Montréal que le nombre de personnes qui arrivent.»

Le public ne dispose pas assez d’options, poursuit-il. Pas normal, selon lui, que les frais de transport arrivent au deuxième rang des dépenses d’un ménage, après avoir payé le loyer et avant de se nourrir.

Uber ne constitue pas la solution unique, admet encore son directeur québécois. Il dit avoir considéré comme une autre bonne nouvelle le projet du «dragon» Alexandre Taillefer d’acquérir et d’électrifier la flotte de Taxi Hochelaga. «Et il existe dans le monde d’autres services de voiturage qui pourraient s’implanter au Québec.»

Ce qui donne du «gaz» à Jean-Nicolas Guillemette, affirme-t-il, c’est de pouvoir mesurer l’«impact» d’Uber tant en prenant connaissance des commentaires des utilisateurs qu’à voir des gens gagner leurs études ou encore arrondir leurs revenus de retraite en véhiculant, à bord de leur voiture, des utilisateurs d’UberX.

Si le jeune gestionnaire, père de deux petits garçons reste fort attaché à Victoriaville, il serait surprenant qu’Uber s’implante ici, répond-il, cherchant plutôt à s’établir dans des agglomérations de plus de 100 000 habitants.

Le parcours de Jean-Nicolas Guillemette

Né à Victoriaville, il a étudié au Collège Clarétain et au cégep de Victoriaville en techniques administratives. Et c’est par une mission économique au Mexique qu’il a eu la piqûre du commerce international. Fils de la troisième génération des assureurs Guillemette, il a finalement délaissé cette orientation pour emprunter celle du management. Après son baccalauréat aux HEC, il s’est retrouvé en Chine pendant six mois. Entre 2006 et 2009, il travaille pour la firme-conseil du Groupe Secor avant de fréquenter la prestigieuse université française INSEAD pour compléter son MBA. Il revient à Montréal en 2010 et crée avec deux associés américains la société de financement Transacxion, une entreprise toujours active. En novembre 2013, Uber le contacte pour lui proposer d’implanter le service au Québec, en commençant par Montréal.