Deux Victoriavillois à la tête de Re-Plast Éco

À peine arrivés à la barre de l’entreprise Produits Re-Plast qu’ils ont baptisée ensuite Re-Plast Éco, Jonathan Boucher et Cédric Tourigny, tous deux de Victoriaville, ont récemment été honorés lors du Gala des Manufacturiers Mauricie-Centre-du-Québec (MMCQ) en remportant le prix dans la catégorie Repreneuriat.

“Nous en sommes bien heureux. C’est une belle tape dans le dos, mais aussi une belle visibilité. En ce qui nous concerne, la transaction a super bien fonctionné. Un bel exemple de repreneuriat, une voie qui mérite à être davantage connue”, souligne le président-directeur général Jonathan Boucher. En affaires depuis plus d’une vingtaine d’années, Jonathan Boucher s’est retrouvé chez BF Recycle à Saint-Christophe-d’Arthabaska après avoir vendu ses parts de l’agence DGK qu’il a cofondée.

Il connaissait déjà Re-Plast puisque BF Recycle agit comme distributeur depuis plus d’une dizaine d’années. Re-Plast existe depuis 1989 à son emplacement actuel en bordure de l’autoroute 20 à Notre-Dame-du-Bon-Conseil. “Au départ, c’était une division de Cascades et elle portait le nom de Cascades Re-Plast. Laurent Lemaire en a été l’instigateur. Il trouvait que c’était un non-sens de voir tout le plastique jeté et non recyclé”, indique la directrice générale adjointe, Jacinthe Roy.

L’entreprise recycle du plastique post-industriel provenant d’entreprises. “On a des ententes avec une trentaine d’entreprises et d’organisations. Avec ce qu’on reçoit comme matière, par exemple, des sièges d’auto pour enfants, des chaudières de plastique, des cônes de construction et même des découpes de billets de la Banque du Canada, on fabrique des planches, des madriers avec du plastique 100% recyclé”, explique-t-elle.

Re-Plast possède aussi un atelier de production de mobilier qui représente à peine 10% des activités de l’entreprise. “En fait, on vend beaucoup à des fabricants de mobiliers urbains. Nos planches se retrouvent dans différents mobiliers, notamment des bancs de parc et des tables à pique-nique”, précise la directrice générale adjointe. Cascades a décidé de se départir de Re-Plast en 2014. “Puisque c’était son coup de cœur, son bébé, Laurent Lemaire l’a rachetée et l’a conservée jusqu’en 2024”, précise Jacinthe Roy.

Il y avait des intéressés, selon elle, quand M. Lemaire a décidé de mettre en vente l’entreprise. Mais il recherchait un profil particulier. “M. Lemaire et sa famille ont des valeurs fortes, locales, familiales, fait valoir Mme Roy. Il ne voulait pas la vendre à quelqu’un qui allait la démanteler. Il cherchait quelqu’un animé des mêmes valeurs et de la même mission, celle de recycler, de fabriquer un produit, de donner une deuxième vie à quelque chose.” On savait que Jonathan Boucher partageait les mêmes valeurs. On connaissait aussi son intérêt pour Re-Plast. “J’ai une bonne vision des choses, mais le plus gros enjeu, reconnaît-il, c’est que je n’avais aucune connaissance en comptabilité.”

Pour combler cette lacune, Jonathan Boucher a recruté Cédric Tourigny, un ami de longue date, une trentaine d’années. Comptable de formation, il cherchait à devenir actionnaire d’une compagnie ou consultant. “Quand je lui ai demandé s’il souhaitait avoir un partenaire, il a accepté. Il était content d’autant plus que la comptable prenait sa retraite”, mentionne-t-il. La transaction s’est officiellement concrétisée le 1er novembre 2024. Comme nouveaux repreneurs, observe Jacinthe Roy, les deux propriétaires, à leur première année, ont élaboré une planification stratégique pour bien identifier leur mission et leur vision, mais aussi pour comprendre les enjeux et les besoins.

Ils visent à récupérer encore plus de plastique afin de produire plus de madriers et développer des marchés et ainsi faire connaître l’utilisation du produit. “La première année, a fait savoir Jonathan Boucher, on a recyclé et vendu plus de 1500 tonnes de plastique et dans trois ans, on vise à doubler le volume pour le porter à  3000 tonnes.” Les deux entrepreneurs ne le cachent pas : ils veulent faire croître l’entreprise. “On croit au futur de l’entreprise. On veut l’amener à un autre niveau”, affirme Cédric Tourigny.

Re-Plast dessert principalement, à 90%, un marché québécois, mais a quelques gros clients en Colombie-Britannique et quelques autres en Ontario et aux États-Unis. L’entreprise compte Hydro-Québec parmi ses clients. Quand elle enfouit des câbles électriques, elle utilise en guise de protection les planches Re-Plast depuis plusieurs années. “Contrairement au bois, ces planches ne pourrissent pas”, fait remarquer Jonathan Boucher. “Il s’agit d’un produit de remplacement du bois, partout où quelque chose pourrit, notre produit est idéal, renchérit Jacinthe Roy. C’est notamment idéal dans les environnements humides, comme les arénas et les piscines.”

Les deux dirigeants misent sur une croissance structurée. “Il fallait d’abord, pour la première année, apprendre les rudiments, le fonctionnement de l’usine. Dans la deuxième année, on a travaillé sur un plan de commercialisation qu’on vient à peine de terminer”, mentionne Jonathan Boucher. Actuellement, l’usine de 60 000 pieds carrés emploie une trentaine de personnes. Et l’espace ne manque pas sur le terrain de 500 000 pieds carrés pour une future expansion. D’ailleurs, les deux repreneurs envisagent de reconstruire l’entrepôt détruit par un incendie en avril 2025, quelques mois à peine après l’acquisition de l’usine qui, heureusement, n’a été que légèrement endommagée. Le bâtiment qu’ils envisagent pourrait aussi, en plus de servir d’entreposage, abriter possiblement une ligne de fabrication.