Cri du cœur des régions pour les urgences
“On ne demande pas la lune, on demande la base”. C’est avec ces mots percutants que Julie Pressé, mairesse de Fortierville, a résumé la frustration des régions rurales face à la menace persistante de fermetures de services d’urgence. De passage à l’Assemblée nationale jeudi pour une troisième fois en quelques mois, elle a joint sa voix à celles de représentants de Trois-Pistoles et de Pohénégamook pour dénoncer l’érosion des soins de santé de proximité.
À l’invitation de Joël Arseneau, député péquiste et porte-parole de l’opposition en matière de santé, les trois élus municipaux ont lancé un appel commun au gouvernement Legaul t: mettre fin à l’incertitude et aux compressions qui pèsent sur des services jugés essentiels dans leurs communautés.
Un combat de longue haleine
Pour Julie Pressé, la situation est alarmante. “Les gens des régions sont tannés de se sentir comme des citoyens de seconde zone”, a-t-elle affirmé. Fortierville n’en est pas à sa première mobilisation. Pas plus tard que le 30 mai, plus de 500 personnes ont manifesté dans les rues du village afin de réclamer le maintien des soins d’urgence. “500 personnes qui manifestent à Fortierville, c’est beaucoup de monde. Particulièrement quand il y a également une vingtaine d’élus provenant de six MRC différentes et de deux régions administratives. C’est très significatif”, a-t-elle fait remarquer.
“Nos voisins, nos familles, nos travailleurs de la santé ne sont pas des statistiques”, a aussi martelé la mairesse. Elle déplore un système qui privilégie les grands centres au détriment des régions, aggravant non seulement les inégalités d’accès, mais aussi les difficultés de rétention de main-d’œuvre et l’attractivité économique.
Joël Arseneau dénonce le silence gouvernemental
Prenant la parole en ouverture, le député Arseneau a dénoncé l’inaction du gouvernement caquiste. “Le gouvernement nous dit qu’il n’a pas l’intention d’aller de l’avant avec des fermetures, mais il laisse aller les choses. Parfois, on ferme quelques heures: le soir, la nuit, la fin de semaine. Or, ce qu’on sait, c’est qu’une fois, par attrition, qu’on a réduit des services de santé dans nos régions, plus jamais on n’arrive à les rétablir.”
Il craint aussi que le gouvernement profite de l’été pour faire passer en douce des décisions impopulaires. “Ce serait absolument irrespectueux et irresponsable. On ne laissera pas les choses aller de cette façon-là.”
Il a aussi invité le gouvernement et le ministre de la Santé, Christian Dubé, à assumer pleinement leurs responsabilités au lieu de se cacher derrière Santé Québec.
Une solidarité interrégionale
Le conseiller municipal de Trois-Pistoles, Maurice Vaney, a pour sa part souligné l’angoisse constante vécue par sa communauté depuis six mois. Malgré les démarches, pétitions et résolutions adoptées, aucune réponse claire n’est venue. “La population vieillit, les besoins augmentent, et on nous parle de coupes”, a-t-il dit, qualifiant le transfert des soins vers d’autres hôpitaux de “mesure à bénéfice nul”: “Il est connu que les urgences de ces centres hospitaliers débordent largement leurs capacités à l’heure actuelle. Il est aussi connu que les services ambulanciers qui serviraient à effectuer ces transferts sont déjà au bord de la rupture”, a-t-il plaidé.
Même son de cloche du côté de Pohénégamook, où le maire Benoît Morin a rappelé que leur CLSC est l’un des plus efficaces de la province, avec un délai de prise en charge inférieur à la moyenne: “Fermer un service qui fonctionne bien, dans une région éloignée, c’est jouer avec la vie des gens”.
“Les régions méritent mieux”
Pour Julie Pressé, cette mobilisation dépasse les frontières municipales. “C’est la lutte de toutes les régions du Québec. Une lutte pour l’équité, la dignité et la justice”, a-t-elle déclaré. Elle insiste sur ce point: “Les solutions existent, mais elles exigent une réelle volonté politique”.
Les élus promettent de maintenir la pression. “Les régions ne se tairont pas. Nous allons nous battre jusqu’au bout”, ont-ils affirmé d’une seule voix.
Tous ont salué l’appui du député Joël Arseneau. En entrevue au Courrier Sud après le point de presse, Julie Pressé a insisté sur l’importance de cette solidarité interrégionale, qui permet aux communautés de se soutenir et de faire front commun. “C’est cette force collective qui donne du poids aux revendications”, considère celle qui est déterminée à saisir toutes les occasions pour protéger les services et défendre sa communauté.
