Changements en immigration : les voix s’élèvent pour témoigner des impacts

Les récentes modifications aux programmes d’immigration, notamment l’abolition du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) et les restrictions liées au Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET), se traduisent par d’importants impacts pour les entreprises de la région, les travailleurs concernés et leurs familles.

C’est ce qu’ont fait valoir d’une seule voix, jeudi avant-midi, des élus, des entreprises et intervenants du milieu économique réunis chez Posi-Plus Technologies de Victoriaville, une entreprise qui, elle-même, emploie une quarantaine de travailleurs étrangers parmi ses quelque 250 employés.

Premier à prendre la parole, le préfet de la MRC d’Arthabaska, Mathieu Allard, a indiqué que les changements récents aux programmes en immigration ont “des effets concrets, mesurables et profondément humains sur notre territoire”.

“Ce sont des choix de vie qui sont bouleversés, a-t-il fait valoir. Les consultants en immigration de la région décrivent un climat de panique et d’instabilité constant. Des dossiers complétés deviennent invalides, des familles vivent dans l’urgence permanente craignant la prochaine modification réglementaire. Les impacts économiques sont immédiats, mesurables et préoccupants pour la vitalité de notre territoire.” 

La MRC d’Arthabaska, a-t-il dit, tient à adresser un message clair, comme quoi l’immigration constitue “un levier structurant pour notre vitalité économique et démographique”.

“Leur contribution dépasse le marché du travail. Elle renforce une vitalité démographique, sociale et culturelle sur notre territoire, a soutenu le préfet.

La démarche aujourd’hui est constructive. Nous demandons que le parcours déjà engagé soit respecté, que des mesures transitoires humaines et prévisibles soient mises en place, que notre réalité régionale soit pleinement considérée dans l’élaboration des politiques publiques.”

Mathieu Allard a interpellé les députés du territoire, les invitant à délaisser leur couleur politique pour jouer leur rôle premier, celui de porte-parole des citoyens de la MRC.

“La MRC entend jouer son rôle de relais régional pour documenter les impacts et porter une voix concertée, a souligné le préfet. Parce qu’au-delà des chiffres, ce sont des communautés qui sont en jeu.”

Des impacts réels

La directrice générale de Destination Entreprise, Annie Turcotte a porté la voix de plusieurs entreprises de la région présentes à la rencontre, dont Groupe FJH, Machinex, Canlac, JIT Laser,  Camions BL, Idéal Cargo et Plessistech.

“Les entreprises préfèrent rester dans l’ombre, créer des emplois, bâtir la richesse de notre communauté. Mais quand elles lèvent la main comme aujourd’hui, c’est que la situation l’exige vraiment. Elles disent la même chose, c’est qu’elles n’ont pas l’impression d’être entendues des gouvernements pendant que les restrictions s’accumulent et les fragilisent davantage”, a-t-elle mentionné.

Annie Turcotte a cité le cas de Lactalis qui pourrait perdre 15 travailleurs bien intégrés, formés et producteurs en raison d’un manque de sécurité concernant leur avenir au Québec. 

Pour Tige Quatre Saisons, chaque travailleur étranger perdu signifie un recul de la capacité de production. Pour l’entreprise, l’accès à une main-d’œuvre étrangère stable est devenu une condition de survie.

De son côté, Camions BL a perdu un travailleur hautement qualifié en raison du climat d’instabilité.

“On le constate : les récents changements ont des conséquences graves et immédiates sur nos entreprises et sur notre économie régionale, a exposé Annie Turcotte. Des familles se sont installées ici, ont choisi notre région et se sont enracinées dans nos communautés et elles ne savent plus aujourd’hui si elles peuvent rester.”

Les témoignages relatés ici ne constituent pas des cas isolés, insiste la DG de Destination Entreprise. “Il y en a une multitude. Cela illustre une réalité qui touche l’ensemble de notre territoire dans un contexte où la rareté de main-d’œuvre constitue déjà l’un des principaux freins au développement régional.

Les changements en immigration accentuent la précarité dans laquelle évoluent plusieurs entreprises, compromettant ainsi leur stabilité, leurs investissements et leur compétitivité.”

Chez Posi-Plus

En septembre dernier, Posi-Plus inaugurait un agrandissement réalisé au coût de 3 M $. “Sans la présence de travailleurs étrangers, cela n’aurait pas été possible”, a indiqué le directeur des ressources humaines, Guy Gagnon.

Avec un carnet de commandes garni pour trois ans, avec une clientèle accrue sur le marché canadien, le recrutement à l’étranger est essentiel pour Posi-Plus. “Si on ne le fait pas, beaucoup de millions restent sur la table”, a confié M. Gagnon. 

Le recrutement étranger requiert, a-t-il dit, de longues démarches. “Ça prend du temps les faire venir. On va les chercher, on crée des liens, on les forme pendant environ un an et demi. C’est une richesse qu’on ne peut laisser partir. Le gouvernement devrait se réveiller et comprendre la réalité des entreprises.

Ce sont des immigrants économiques qu’on va chercher, ils s’enracinent dans la communauté et participent à la collectivité”, a-t-il soutenu, ajoutant que “Posi-Plus va continuer à les supporter, à les soutenir, car on les aime et on les apprécie pour la contribution qu’ils apportent”.

Témoignage d’un travailleur

Un travailleur de Posi-Plus, Wajdi Trabelsi, un Tunisien de 43 ans, père de deux enfants, a livré un témoignage et expliqué sa situation. “On a travaillé fort pour atteindre nos objectifs familiaux, avoir une vie stable, des carrières professionnelles. Et on a fait ce qu’il fallait en vue d’obtenir la résidence permanente.”

Malheureusement, il ne sait pas ce qui l’attend, son permis expirant au mois de juin. Il devra partir si rien ne change. “Nous devons quitter le pays en juin, que vais-je dire, comment expliquer cela à mes enfants?  Ma fille parle maintenant parfaitement le français. Elle est devenue une petite Québécoise avec l’accent québécois, note-t-il. Comment dire que l’on va quitter une autre fois, quitter les amis,  l’école?” 

Malgré l’adversité, l’homme demeure optimiste grâce au soutien de ses proches, ses amis, ses voisins et son employeur. “Nous sommes venus ici pour construire, pour participer et donner le meilleur de nous au Québec. On souhaite que le gouvernement nous donne la chance de pouvoir continuer à écrire notre histoire ici, chez nous”, conclut-il.