Canopée : face à la tempête, la Ville réagit

Face au mécontentement des gens et à l’impopularité de la mesure, le conseil municipal de Victoriaville a décidé finalement de rendre facultatif le paiement d’une contribution financière pour les propriétés dont l’indice de canopée est inférieur à 30%.

La canopée est le couvert végétal vu des airs et composé d’arbres de plus de trois mètres. L’indice de canopée indique le pourcentage d’un terrain recouvert par ces arbres.

Cette mesure a pour objectif de favoriser la plantation d’arbres afin de contribuer notamment à la réduction des îlots de chaleur et à la végétalisation des milieux de vie.

La réglementation avait été annoncée un peu avant les fêtes, passant plutôt inaperçue. Mais la tempête médiatique a commencé à déferler la semaine dernière après la parution d’un communiqué conjoint de la Ville et de la Société pour la nature et les parcs (SNAP Québec) faisant état de cette mesure d’écofiscalité.

“On a voulu agir en toute transparence et la faire connaître”, a confié le maire Vincent Bourassa en entrevue avec le www.lanouvelle.net, avouant avoir été surpris par la tournure des événements.

Le conseil municipal, a-t-il noté, a agi dans la continuité de ce qu’avait entrepris l’administration de l’ex-maire Antoine Tardif.

Dans le budget 2025, l’avis d’imposition de tous les contribuables comprenait une redevance de 15 $ pour financer la plantation d’arbres et augmenter ainsi la canopée.  Et en 2026, on passait à une autre étape avec une contribution financière basée sur l’indice de canopée.

“Les équipes municipales nous avaient correctement expliqué cette mesure qui nous apparaissait tout à fait sensée. Voilà pourquoi nous sommes allés de l’avant, a indiqué le maire Bourassa. Nous trouvions que c’était plus équitable qu’un montant de 15 $ appliqué à tout le monde.”

Mais la réaction populaire a surgi, notamment sur les réseaux sociaux. Une pétition y circule. Près de 4200 personnes l’avaient signée, lundi soir.

Le maire de Victoriaville rejette l’affirmation que la mesure soit une taxe. “C’est une mesure d’écofiscalité, c’est une redevance. Contrairement à une taxe où l’argent est prélevé pour servir à l’ensemble du budget municipal, la redevance, ici, devait servir exclusivement pour des mesures favorisant la canopée.”

Le premier magistrat maintient que l’objectif visé est louable, tout comme la façon envisagée. Mais Vincent Bourassa admet que les élus “se sont plantés” en ne voyant pas ce qu’il appelle un angle mort, le fait que les citoyens percevraient une telle mesure comme une intrusion dans leur vie privée.

“Depuis la pandémie, les gens ont appris à être tranquilles dans leur cour devenue une sorte d’îlot de quiétude. Et dès que tu commences à dire quoi faire aux gens sur leur terrain, ça ne va pas bien. On n’avait pas vu que les gens allaient nous percevoir comme étant intrusifs”, a-t-il dit.

Mais pour le maire, il s’agit là d’une fausse impression. “On n’a jamais obligé personne à planter des arbres sur leur terrain. On a seulement souligné qu’en l’absence d’un indice de canopée adéquat, une redevance serait imposée pour servir éventuellement à l’effort collectif environnemental, a-t-il soutenu. Tu ne veux pas en planter chez vous? Parfait, aucun problème, mais au moins tu vas contribuer à l’effort collectif parce que l’argent qu’on va percevoir de la redevance servira ailleurs sur un autre terrain.”

Le tollé soulevé a toutefois fait prendre conscience à l’équipe du maire Bourassa un manque de communication et de pédagogie dans toute cette affaire. “La mesure est complexe et nécessite beaucoup d’explications. Mais il y a des choses, comme les exceptions, dont on n’a pas fait mention. L’approche pédagogique aurait pu s’échelonner sur un an, un peu comme le fait le maire de Québec avec la taxe d’eau pour les commerces”, estime Vincent Bourassa.

La grogne populaire, selon lui, a mené à toutes sortes d’affirmations “truffées d’erreurs et de mauvaise compréhension”.

Jusqu’à la semaine dernière, a affirmé le maire, le conseil municipal voulait continuer avec la mesure et apporter des explications. “Mais il était trop tard, on l’échappait… En fin de semaine, d’un commun accord, nous avons décidé de travailler la mesure, convaincus que ça n’allait pas passer et qu’on risquait de passer à côté de notre objectif louable”.

Il a ainsi été décidé que la redevance, même si les comptes de taxes ont été acheminés, devenait volontaire. “On n’obligera personne à payer”, assure le premier magistrat.

Ainsi, toute personne voulant se faire rembourser peut remplir un formulaire en ligne ou encore par téléphone au 819 758-1571. Les intéressés ont jusqu’au 31 mars pour le faire.

On évalue à un tiers le nombre de contribuables dont l’indice de canopée est inférieur à 30%, donc touchés par la mesure d’écofiscalité.

“Mais certaines personnes voudront collaborer. J’ai croisé des gens en faveur, mais qui ont aussi fait savoir que ça aurait mérité davantage de pédagogie”, mentionne le maire Bourassa.

La suite

Pour 2027, rien n’est décidé. Et Vincent Bourassa rappelle son slogan de campagne : Écouter, rassembler, agir. “Nous allons rencontrer des gens. On va pouvoir consulter. Pour le moment, nous sommes en réflexion. Et ça ne veut pas dire qu’on mettra une autre mesure de l’avant. On n’en est pas là.”

Le maire de Victoriaville insiste cependant pour que les citoyens comprennent que la Ville maintient son objectif éventuel de 30% de canopée, alors que l’indice actuel se situe à 22% sur le territoire. “Il y a des bienfaits à cela, la science le démontre. On veut aider à réduire les îlots de chaleur, aider les citoyens vulnérables comme les gens âgés qui souffrent de chaleur. On doit être en mesure de mobiliser les gens, mais pour cela, il faut être capable d’expliquer ce qu’on fait”, a-t-il soutenu.

L’automne prochain, les élus prépareront le budget, se l’approprieront totalement, explique-t-il, et sauront le travailler et défendre une possible mesure ou action s’il y en a une. “Pour l’instant, on n’en est pas là. Et tout ce qu’on souhaite, c’est que les gens comprennent bien qu’on a toujours été en phase avec notre slogan Fièrement durable”, a souligné le maire.

La mesure d’écofiscalité survenait après des actions positives peu populaires. Les arbres attribués lors de concours ne trouvaient pas toujours preneurs et les subventions instaurées pour aider les citoyens étaient passablement ignorées.

Les élus se placeront donc en mode écoute et échange avec la population. Et le maire Bourassa entend bien sensibiliser la population au respect parce qu’il juge inadmissible que des membres du conseil se fassent apostropher et insulter. “Ça a pris une tournure malsaine et les familles vivent le tout difficilement. Si on peut réussir à élever le débat, ce sera toujours ça de gagner.”