Besoin de parler ? Voici l’application Myma

Une nouvelle application mobile, baptisée Myma et conçue par un Victoriavillois, est maintenant disponible. Gratuite, elle permet la discussion et l’entraide de façon tout à fait anonyme.

Frank Maupas, un Français établi au Québec depuis la fin 2021, a développé cet outil pour aider les personnes vivant de la solitude, de l’isolement, de l’anxiété, du harcèlement ou qui, tout simplement, ressentent le besoin de parler, sans jugement.

Myma a pour but de permettre à chacun de parler quand ça ne va pas, de trouver une oreille attentive. Elle propose un espace simple et humain où les personnes peuvent discuter anonymement, être écoutées, s’exprimer librement et trouver du soutien. Les échanges sont anonymes et basés sur l’entraide.

L’application veut favoriser la discussion entre personnes dans un cadre bienveillant, permettre aux intéressés d’agir comme aidants et d’avoir accès également aux numéros d’urgence de différents pays.

La petite histoire

En France, Frank Maupas travaillait dans le forage pétrolier, mais occupait aussi un poste de pompier volontaire à Pau dans le sud-ouest du pays. “En tant que pompier, on ne faisait pas que de l’incendie. On faisait de tout, de l’ambulance aussi. Ce contact avec la population m’a permis de constater que de plus en plus de gens étaient confrontés à la solitude. Et je me suis rendu compte que la solitude tue plus que les flammes”, souligne-t-il.

De ce constat lui vient l’idée de faire quelque chose, de trouver un moyen pour amener les gens à discuter. “J’ai constaté que les gens discutaient plus facilement avec moi qu’avec leur famille alors qu’ils ne me connaissaient pas, note-t-il. C’est plus facile pour eux de se confier à des inconnus parce qu’il n’y a aucun jugement et qu’ils ne les reverront jamais. Il leur est plus facile de parler, de s’ouvrir.”

D’où l’idée de cette application créée pour favoriser un échange anonyme.

Frank Maupas, en autodidacte, a commencé à travailler sur son projet en 2019. “Je ne suis pas un expert. Je ne savais pas coder, dit-il. J’ai bûché et persévéré. Je me suis heurté à bien des défis techniques. Avec l’arrivée de la COVID, j’y ai mis les bouchées doubles pour réussir à lancer l’application en 2021. Elle s’appelait alors Plus jamais seul.”

Mais il le reconnaît, tout était plus ou moins bancal. Des problèmes de sécurité sont apparus, des pirates informatiques ont tenté d’entrer dans l’application. Un peu triste, Frank Maupas a tout arrêté. “Des fois, il faut savoir s’avouer vaincu”, philosophe-t-il.

La vie l’amène au Québec en 2021, un territoire qu’il connaît bien. “J’ai toujours aimé le Québec. J’y suis venu quelques fois en vacances. Comme mon meilleur ami était venu s’installer un an avant moi, j’ai décidé de faire pareil. Il y avait de l’emploi ici et je voulais passer mes licences de pilote d’avion et d’hélicoptère. Victoriaville est le meilleur endroit du monde, exprime-t-il. Les gens sont très sympas.”

Établi dans les Bois-Francs, Frank Maupas avait toujours en tête cette idée d’application mobile qu’il remet finalement sur les rails à la suite d’une hospitalisation pour une grave péritonite. “J’ai bien failli en mourir. Et je me suis dit : si cela arrive, mon projet meurt aussi.”

Frank s’est remis au travail et il décide d’appeler son application Myma, le surnom de sa grand-mère décédée en 2023. “Je me confiais beaucoup à ma grand-mère, une personne à qui je pouvais parler sans jugement. Et c’est mon souhait avec l’application que tout le monde trouve sa Myma.”

L’application a pour logo l’image d’une chouette, l’animal préféré de sa grand-maman. On y retrouve aussi la phrase : Parler fait la différence.

Dans le contexte actuel avec les écrans et l’intelligence artificielle où les gens peuvent converser avec un robot, le créateur de Myma désire que les gens reconnectent entre eux. “Je souhaite recréer un lien social entre les gens, même si ce sont des inconnus”, confie-t-il.

Myma peut être téléchargée sur Apple Store et Google Play depuis la période des fêtes.

Même sans publicité et marketing, l’application fonctionne. “On dénombre une centaine de téléchargements jusqu’ici. De 70 à 80 personnes sont régulièrement sur l’application pour échanger. Certains m’ont fait savoir que cela les avait beaucoup aidés”, indique Frank Maupas.

Il a créé certaines catégories, anxiété, stress, solitude, harcèlement pour créer des tunnels de façon à mettre les bonnes personnes en relation.

“Deux personnes qui ont eu besoin d’aide sont ensuite devenues des aidants. Ils m’ont écrit en disant que ça les a beaucoup aidés et qu’ils étaient bien heureux de pouvoir aider à leur tour d’autres personnes”, fait savoir le développeur.

À ce jour, les données montrent que des gens de France, du Canada, de la Belgique, de la Suisse, d’Algérie et d’Afrique ont utilisé l’application.

Frank Maupas travaille maintenant à une version internationale de Myma afin de l’ouvrir aux anglophones, aux hispanophones, aux personnes arabes et chinoises, notamment.

Le Victoriavillois d’adoption se dit motivé de voir que l’application aide déjà des gens. “C’est valorisant, parce que c’est le but premier. Que tous trouvent leur Myma et s’ils peuvent aider à leur tour, c’est encore mieux. C’est la continuité de ce que je faisais quand j’étais pompier, aider les gens à ma manière.”