À la rencontre de chefs de poste du Québec à l’étranger

Près d’une quarantaine de représentants d’entreprises de la région ont répondu à l’invitation de la Chambre de commerce et d’industrie Bois-Francs-Érable (CCIBFE) en participant, mercredi midi, à la tournée des chefs de poste du Québec à l’étranger qui s’arrêtait à l’Hôtel Le Victorin.

« Malgré des horaires chargés, les gens d’affaires ont pris le temps de venir à la rencontre de délégués ou de directeurs de bureau du Québec à l’étranger. C’est important, car on ne sait jamais où les occasions peuvent nous amener. De telles rencontres permettent d’établir des contacts, de créer de beaux liens », a indiqué la directrice générale de la CCIBFE, Stéphanie Allard, qui a qualifié l’activité de très instructive. « Il est aussi intéressant de connaître la perception qu’ont les autres pays du Québec. On est bien perçu, d’où l’importance de créer des maillages pour développer les entreprises et saisir les opportunités », a-t-elle fait valoir.

La rencontre réunissait Mario Limoges, délégué du Québec à Chicago, Francis Paradis, directeur du Bureau du Québec à Mumbai en Inde, David Brulotte, délégué général du Québec à Los Angeles, René Sylvestre, directeur du Bureau du Québec à Singapour et Gabriel Chartier qui occupe une fonction similaire à Hong Kong.

Le journaliste économique René Vézina a animé un panel au cours duquel les invités ont pu s’exprimer avant d’aller prendre le lunch et d’échanger avec les gens d’affaires d’ici.

En substance, le message que les délégués ont livré, c’est qu’ils agissent comme les représentants des entreprises d’ici en territoire étranger. « Nous y sommes pour leur faciliter la tâche, peu importe le secteur. On veut encourager, favoriser l’augmentation de l’exportation », a confié Mario Limoges, précisant que le Midwest américain est le deuxième plus gros partenaire pour le Québec dans le monde avec 25 G $ par année. « En même temps, on est là pour obtenir des investissements au Québec. On voit des gens, on rencontre des entreprises, on parle du Québec et on fait en sorte qu’ils puissent être intéressés à venir dans nos chaînes d’approvisionnement ici au Québec et investir », a-t-il souligné.

Pour sa part, Francis Paradis, établi en Inde depuis trois ans, a notamment pour mission de faire connaître l’Inde aux Québécois. « C’est un marché méconnu. Pourtant, l’Inde est en train d’émerger au niveau économique, avec une classe moyenne qui est en train de grandir. La moitié de sa population est âgée de 25 ans et moins, c’est 750 millions de jeunes qui croient en eux, qui ont une fierté nationale. Ils veulent s’enrichir comme un peu tout le monde. Bien qu’il existe encore de la pauvreté, on doit évacuer la perception voulant que l’Inde est un pays du tiers-monde. On y retrouve le plus haut taux de millionnaires et milliardaires au monde, par le volume, car il y a beaucoup de monde, a-t-il observé. C’est sûr qu’il existe une barrière culturelle et de distance, mais il y a tellement de marchés potentiels pour toutes les tailles d’entreprise. »

Perception

Interrogés sur la perception du Québec à l’étranger, les délégués se font rassurants. Le Québec jouit d’une bonne réputation. « Cela fait 50 ans que le bureau du Québec existe à Chicago. On a un historique d’échanges commerciaux avec eux qui se font sur la bonne foi. On partage les mêmes valeurs au niveau commercial. On a à peu près les mêmes sous-secteurs économiques, ce qui fait qu’on se comprend et on se connaît très bien. Nous sommes très bien perçus », a soutenu Mario Limoges.

« Et à cause des Grands Lacs et de la voie du Saint-Laurent, a-t-il renchéri, on est vu comme étant des partenaires privilégiés pour le futur, car le transport maritime va devenir de plus en plus important. » 

Importance d’une présence en terres étrangères

Le Québec délègue des représentants dans 34 bureaux répartis dans 19 pays, dont l’Inde. « Un pays excessivement important, a signalé le délégué Francis Paradis. L’Inde deviendra une plus des grandes économies mondiales d’ici 5 à 10 ans. Elle deviendra, par sa population, une grande puissance mondiale. »

Le Québec, a-t-il noté, entretient de bonnes relations avec le peuple indien. « On est très bien perçu parce qu’on n’a pas de passé colonisateur avec eux. Les Indiens nous aiment beaucoup et nous perçoivent comme des Nord-Américains francophones connaissant les cultures occidentales. Ce qui plaît beaucoup en Inde, outre l’absence d’un passé négatif, c’est que nous sommes très innovateurs dans les technologies, notamment. Même en petit nombre, on est très bien perçu en haute technologie. On va beaucoup aider les Indiens en ingénierie civile par exemple, avec la construction de routes, de ponts, d’aéroports, avec des technologies en informatique, des technologies financières aussi. Les Québécois ont aidé à sortir la monnaie papier pour en faire une monnaie virtuelle avec les téléphones cellulaires », a-t-il fait savoir.

Les Indiens apprécient aussi, a-t-il dit, le côté francophone. « Cette différence est également bien perçue. Moi, je vends le Québec, a mentionné M. Paradis. Il y a quand même un million de locuteurs francophones en Inde. On vend le Québec en français. »

Le Québec intéresse et attire de plus en plus les Indiens, selon le délégué. « En matière d’immigration, beaucoup de gens veulent venir chez nous. On réalise des alliances pour former les gens en français avant qu’ils arrivent au Québec. Il y a énormément de demandes pour venir ici », a-t-il fait remarquer.

La culture aussi

Si les représentants du Québec à l’étranger mènent des actions à caractère économique, leur rôle s’étend à d’autres domaines, comme la culture.

Par exemple, Mario Limoges a notamment présenté en sol américain un film de Ken Scott, de même qu’un chef d’orchestre du Québec. « Nous agissons, en fait, pour promouvoir le Québec, pour présenter qui nous sommes. Je peux vous dire qu’ils apprécient beaucoup le côté français et ils voient notre collaboration comme étant constructive pour eux, et ce, sur tous les plans, non seulement économique, mais culturel aussi », a-t-il soutenu.

Francis Paradis, de son côté, parle d’une facilité d’approche avec les gens de l’Inde. « Ils aiment la façon dont on fait le commerce, la bonne humeur qu’on a, l’accueil qu’on leur offre et l’aspect francophone », a-t-il exposé, tout en signalant l’existence d’une chaire de recherche sur Michel Tremblay à l’Université de New Delhi où l’on étudie son œuvre théâtrale. « On a aussi des bibliothèques de livres québécois, a-t-il poursuivi. Ils sont vraiment curieux de nous connaître, d’en apprendre sur la manière dont on vit. Et cela favorise le tourisme. Les Indiens viennent en tourisme de plus en plus au Québec. Il y a une manne potentielle. Il y a des gens qui ont beaucoup d’argent en Inde. Ils sont prêts à voyager, à venir chez nous. »

Pandémie et guerre

La pandémie, et maintenant la guerre en Ukraine, ont évidemment causé certains impacts. « Ça a changé le portrait aux États-Unis, a confirmé Mario Limoges. Ils sont en train de redéfinir leurs chaînes d’approvisionnement et toute la question de cybersécurité va prendre une importance énorme. Ils veulent choisir avec qui ils vont faire affaire, les pays, les fournisseurs, les entreprises. Il faut faire confiance à l’entente qu’on a avec eux, même chose pour le Mexique. Ils veulent sécuriser leur approvisionnement futur en transigeant avec des alliés. Il faut que ce soit un bon ami, un allié. Il faut qu’on partage les mêmes valeurs. » 

L’Inde a vécu une période très difficile, mais des éléments positifs en ressortent, aux dires de Francis Paradis. « Ça a notamment permis une restructuration du système hospitalier et une meilleure chaîne d’approvisionnement en oxygénation. Oui, la crise a été difficile. Mais on en est sorti, les masques ne sont plus obligatoires dans les rues, tout est reparti au niveau des commerces, l’industrie aussi va bien. Ça a été une période difficile, mais qui a permis des changements profonds dans la société », a-t-il exprimé, reprenant l’exemple de la monnaie virtuelle. « C’est nouveau, ça n’existait pas avant. Il y a eu aussi beaucoup d’entraide. Les Indiens sont très accueillants, ils s’entraident beaucoup entre eux. Cela aussi s’est développé davantage », a-t-il observé.

À les entendre parler de leur travail, on comprend que ces délégués sont des passionnés. « J’ai découvert là-bas des gens qui nous ressemblent beaucoup, a assuré Mario Limoges. Avant de parler affaires, on parle de nos intérêts, de nos valeurs. On s’aperçoit qu’on est capable d’établir des liens personnels et on est heureux de partager certaines choses. Et on positionne les entreprises du Québec. Ils comprennent très bien qu’on est un allié, qu’on se ressemble, qu’on est capable de faire des affaires et on en a fait historiquement. Oui, moi je suis passionné, car je vois le grand potentiel pour les entreprises. »

Le délégué du Québec à Chicago dit avoir fait le plein de cartes professionnelles lors de sa rencontre à Victoriaville. « Il y a beaucoup d’intérêt des entreprises d’ici, mais il y a aussi un énorme potentiel pour ces entreprises là-bas. Il s’agit de les connecter et on va le faire, c’est certain », a-t-il avancé.

Quant à Francis Paradis, il avoue avoir succombé aux charmes de l’Inde. « On dit de l’Inde, on adore ou on déteste. Moi je suis tombé en amour avec le pays. Et le potentiel est immense pour le développement et pour la présence québécoise, il y a de la place pour les petites et les grandes entreprises. Il y a peut-être une barrière de distance et de culture, mais il y a moyen de la franchir. Les Indiens sont accueillants, curieux de l’étranger. Ils viennent nous rencontrer, ils nous parlent et sont curieux de ce qu’on fait dans leur pays. C’est un peuple très accueillant », a-t-il terminé.

Le Québec à travers le monde

La présence du Québec à l’étranger s’inscrit dans une longue tradition. D’ailleurs, le gouvernement québécois, au XIXe siècle, était déjà représenté en Europe. En 1882, par exemple, Hector Fabre devenait le premier représentant diplomatique québécois au poste d’agent général de la Province de Québec à Paris. 

Aujourd’hui, le ministère des Relations internationales et de la Francophonie a 34 représentations dans 19 pays. Tout dépendant de l’importance du poste, en plus des relations avec les pays hôtes, divers services rejoignant les besoins des Québécois sont offerts à l’étranger en matière d’économie, de culture, d’immigration et de coopération.