80 ans de frites et de souvenirs à la Roulotte à patates

La Roulotte à patates de Gentilly a entamé le 6 mai son quatre-vingtième été à servir les amateurs de frites maison. En fonction depuis 1946, le casse-croûte est devenu une véritable institution de la région et sa propriétaire a plus récemment fait le pari de l’écoresponsabilité.

Par ÉMILE HÉROUX / eheroux@icimedias.ca

«La Roulotte à patates fait partie des seules entreprises qui existent depuis autant d’années. Elle est dans le cœur de tous les villageois, celui des jeunes, mais aussi pour les personnes âgées», explique Julie Desbiens.

Depuis 2014, elle est propriétaire de la Roulotte à patates de Gentilly, mais elle y travaillait déjà comme employée saisonnière depuis l’été 1993.

Fondée par Paul Bécotte, la roulotte a changé quelques fois de place avant d’être posée à l’endroit qu’elle occupe encore aujourd’hui, de l’autre côté de la rue en face de l’église de Gentilly. À l’époque, la roulotte était déplacée par des chevaux.

«C’est une institution pour le village depuis toutes ces années, elle fait partie de l’histoire du village. Les gens de la place, c’est leur fierté, ils se l’approprient. Ils parlent de la Roulotte comme étant leur propriété et ils ont raison. Ça fait vraiment partie de leur identité.»

Julie Desbiens l’a pour sa part acquise des mains de son beau-père Pierre Bécotte, le fils du fondateur de la Roulotte.

«Le menu a changé, il évolue, mais les recettes restent quand même. La frite, elle n’a pas changé. C’est la meilleure frite, c’est la même, épluchée du matin, puis cuite dans l’huile d’arachide», assure l’actuelle propriétaire.

«En 1946, il y avait juste des frites, de la liqueur et des hot-dogs. À un moment donné, la poutine est arrivée, puis les sauces se sont mises à être plus élaborées. Tranquillement, on a commencé à faire des recettes maison.»

Dans l’optique de s’adapter à la demande, Julie Desbiens propose également des options sans gluten ou sans lactose, en plus de servir des versions santé des classiques du casse-croûte.

L’emplacement stratégique de la Roulotte, sur le bord de la route 132, attire chaque année de nombreux visiteurs issus de partout au Québec, mais aussi d’ailleurs selon la propriétaire. 

«La Roulotte est populaire à travers le Québec entier et on a même reçu des Européens», affirme-t-elle, surtout depuis son virage vert.

Changer les habitudes

En effet, depuis quelques années, Julie Desbiens s’est donné comme mission de réduire drastiquement les déchets de son restaurant.

«Les casse-croûtes, on est les pires au point de vue de l’environnement. Tout est à usage unique et les propriétaires ont peur de changer leurs habitudes.»

La principale mesure mise en place consiste à remplacer les plats pour emporter, passant de contenants en styromousse au plastique réutilisable. De 2022 à 2025, ce virage écoresponsable a permis d’éviter l’enfouissement de près de 100 000 contenants.

«Je me suis rendu compte que le recyclable n’était pas assez. J’en retrouvais dans les poubelles, les gens ne savaient pas quoi faire avec ça. C’est le réutilisable qui est la solution», relate-t-elle.

«J’ai changé les contenants recyclables pour des réutilisables. Les gens l’amènent chez eux. Il y en a qui les gardent pour leur lunch, il y en a qui les ramènent. Si tu les ramènes, je donne 50 sous du contenant. L’année dernière, il y en a 5100 qui sont revenus.»

Pour les repas sur place, la Roulotte à patates fournit aux clients de la vaisselle qu’ils peuvent rincer, puis retourner au comptoir.

«Les clients n’avaient pas l’habitude de les ramener. Maintenant, les réguliers, ils expliquent aux nouveaux quoi faire.»

La propriétaire a notamment fait l’acquisition d’une nouvelle friteuse Energy Star qui permet la diminution des pertes d’huile, a retiré les bouteilles d’eau et pailles jetables et a ajouté une station de tri des déchets ainsi qu’un composteur.

Pour son implication écoresponsable, Julie Desbiens a reçu plusieurs distinctions, dont la plus récente étant le prix Entreprise leader en développement durable au Gala Maurice Richard de la Chambre de Commerce d’Industrie du Cœur-du-Québec (CCICQ).

«J’ai eu peur de perdre des clients», confie la propriétaire. «J’ai eu peur que mes employés ne veulent pas embarquer là-dedans. Mais ils ont embarqué, ils étaient fiers. Ils avaient hâte de voir la poutine dans nos nouveaux bols.»

Malgré les incertitudes liées à cette transition, Julie Desbiens ne souhaite pas ralentir la cadence de sitôt. Son rêve? «Que les conteneurs réutilisables soient universels à travers le Québec.»

«Si tu prends ta poutine à la Roulotte à patates, tu pourrais retourner ton bol dans n’importe quel restaurant ou festival», conclut-elle.