Une pandémie difficile pour les leaders politiques

Communiqué

Une pandémie difficile pour les leaders politiques
David Crête (Photo : gracieuseté)

Du point de vue de l’opinion publique, la dernière année a été difficile pour les premiers ministres du Québec et du Canada. C’est le constat que fait le professeur David Crête, du Département de marketing et systèmes d’information de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR). 

M. Crête, qui vient de réaliser la seconde phase d’une étude portant sur la satisfaction de la population en temps de COVID, indique que François Legault et Justin Trudeau ont perdu des plumes aux yeux de la population, notamment en ce qui concerne leurs qualités de leader. 

« Dans le cas du Québec, cette tendance pointe dans la même direction que d’autres grands indicateurs. On sait que l’adhésion aux mesures sanitaires s’effrite depuis plusieurs mois et que les intentions de vote à l’endroit de la Coalition avenir Québec (CAQ) sont légèrement en baisse. Les données de l’étude apportent un complément utile, parce qu’ils permettent de décortiquer les perceptions négatives derrière ces résultats. Dans le cas de messieurs Legault et Trudeau, ils inspirent moins d’empathie, de compétence et de confiance qu’à pareille date l’an dernier », explique le professeur. 

Un état de fragilité 

L’étude menée par M. Crête avait également pour but d’évaluer l’état d’esprit des répondants. En les questionnant sur des facteurs comme la peur, l’anxiété, la tension et la nervosité, le professeur s’est rendu compte que le bien-être psychologique des Québécois avait légèrement fléchi par rapport à son niveau de 2020. Ces résultats ne le surprennent pas, puisqu’ils sont en phases avec les récentes études menées sur la santé mentale de la population. C’est plutôt un autre détail qui retient son attention. 

« J’ai observé qu’il y avait une corrélation significative entre les qualités de leader perçues chez messieurs Legault et Trudeau, et l’état dans lequel les citoyens se sentent. Quand on traverse une crise comme la pandémie, c’est certain que tout le monde est affecté. Le fait d’avoir un leader politique qui soit capable de nous rassurer, de nous réconforter, ça a un lien avec la façon dont on se sent. C’était vrai il y a un an et c’est encore vrai aujourd’hui », souligne M. Crête. 

Si au Québec les gens se sentent un peu moins rassurés et réconfortés qu’en 2020, c’est plutôt l’inverse dans le reste du Canada, où les gens le sont un peu plus qu’il y a un an. 

Saturation dans les communications gouvernementales  

Un troisième aspect mesuré par l’étude est la perception des communications gouvernementales. Là encore, l’opinion des répondants québécois s’est un peu détériorée. Quant au volume, 51% des répondants estiment que la quantité d’informations est suffisante, 41% qu’il y en a trop et 6,7% pas assez. 

« L’étude montre qu’il y a un pourcentage important de la population qui regarde toujours ou assez souvent les points de presse du gouvernement. Ceux-ci font presque partie de nos habitudes maintenant. De plus, le gouvernement a été très présent dans ses communications; il a investi plus de 200 millions $ depuis le début de la pandémie en publicité. C’est énorme! Évidemment, c’est sans compter toute la couverture qui vient des médias eux-mêmes. C’est intéressant, parce que les médias de la province ne parlent à peu près que ça. Dans d’autres marchés, comme les États-Unis, la France ou d’autres pays européens, on parle évidemment de la COVID-19, mais jamais comme on en parle au Québec », remarque M. Crête. 

« Cela crée une espèce de climat où on parle toujours de COVID-19. Ce n’est donc pas surprenant que la population québécoise dise que l’information sur la COVID-19 est suffisante, et qu’en ce sens, elle n’en veut pas davantage. L’omniprésence de la maladie dans les médias, le Web y compris, explique probablement pourquoi les Québécois ne souhaitent pas obtenir plus d’information. Ils en ont assez », ajoute le professeur. 

Par contre, au Canada anglais, le pourcentage de la population qui souhaite obtenir davantage d’information est un peu plus élevé. En ce sens, M. Crête suggère qu’il reste encore de l’espace pour l’information sur la COVID-19 dans le reste du pays. Parmi les répondants, 48% trouvent l’information suffisante, 26% estiment qu’il y en a trop, et 22% pensent qu’il n’y en a pas assez. 

Détails 

Les résultats montrent que les citoyens consultés au Québec ne sont ni rassurés (3,38/7) ni réconfortés (3,30/7). Des résultats en léger recul par rapport à novembre 2020. Hors Québec, le portrait est un peu mieux qu’il y a un an : rassurés 3,10/7 et réconfortés 2,82/7. Il y a un lien, corrélation, entre ces deux états et la qualité du leader en termes d’empathie, de compétence et de confiance.

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