Une famille différente, mais comme les autres

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Par Andrée-Anne Fréchette
Une famille différente, mais comme les autres
Vanessa Riopel et Jessica Lavallée, les deux mamans de Romy, Wilson et Maverick. (Photo : gracieuseté)

Il n’y a pas de modèle familial unique. La famille dite nucléaire, qui a dominé au Québec pendant quelques générations, coexiste aujourd’hui avec les foyers monoparentaux et  reconstitués, entre autres. Jessica Lavallée et Vanessa Riopel ont fait fi des normes afin de réaliser leur rêve d’avoir une famille. Et elles constatent l’ouverture d’esprit des gens.

Les deux jeunes femmes se rencontrent au Centre de l’activité physique et sportive, à la faveur de leurs études à l’Université du Québec à Trois-Rivières. Jessica désire devenir enseignante en éducation physique et Vanessa, kinésiologue. «Nous avons été longtemps des amies, puis nous nous sommes découvert une belle chimie. Notre relation s’est développée», raconte Vanessa. Bientôt, elles emménagent ensemble, à Victoriaville.

«J’ai toujours voulu avoir trois ou quatre enfants, dont des jumeaux, de dire Vanessa. À un moment de ma vie, je me suis dit que je ne pourrais pas en avoir. Je ne connaissais pas de couple composé de deux mères et qui avait des enfants.» Or, le duo file le parfait bonheur.

Jessica caresse les mêmes aspirations que sa conjointe quant à la famille. «Il y a de plus en plus de couples gais qui ont des enfants, mais nous n’avions pas de modèle. Ça ne nous a pas bloquées, car nous avions nos propres fratries comme inspirations», confie Jessica. Somme toute, rien ne peut les arrêter. Elles doivent tout simplement amorcer certaines démarches pour parvenir à leurs fins, dont la visite d’une clinique de fertilité.

Deux mamans

Toutes deux désirent vivre la maternité en portant leurs bébés. Pour des questions pratiques, Jessica se lance dans l’aventure la première. Wilson voit le jour à l’été 2016. Quelque 18 mois plus tard, Vanessa donne naissance aux jumeaux Maverick et Romy.

Pour les congés parentaux, bien qu’elles soient deux femmes, les prestations du Régime québécois d’assurance parentale fonctionnent selon la même logique. Celle qui vit la grossesse reçoit le congé de maternité, tandis que l’autre a droit à celui de paternité. «C’est vraiment la même chose», résume Vanessa. Le processus, de la clinique jusqu’à aujourd’hui, a été assez simple.

Lorsqu’on leur demande s’il est avantageux pour une maisonnée de bénéficier de deux mères, elles rient. «Notre entourage dit que oui, parce que nous séparons réellement les tâches 50-50», constate Vanessa. Des amies les envient parfois, ajoute Jessica. Toutefois, elles croient qu’à bien des égards, une famille hétérosexuelle profite de forces complémentaires et que ce modèle reste facilitant.

Normale

Des difficultés dues à la différence du modèle familial pour lequel elles ont opté, les deux femmes ne pensent pas en avoir vraiment rencontrées. «On se considère comme les autres. Tellement normales que notre entourage oublie que nous sommes deux filles en couple», note Jessica.

Elles se voient comme deux personnes comblées, qui ne revendiquent rien de particulier pour les droits des lesbiennes puisqu’elles ont accès à tout ce qu’elles désirent à ce titre. «On a de la misère avec les étiquettes comme «homoparental». Jamais qu’on n’écrirait dans le titre d’un article «couple hétérosexuel», alors c’est bizarre de le faire dans notre cas. On veut juste être comme tout le monde», plaide Vanessa.

Lorsqu’elles se présentent avec leurs enfants, elles signifient simplement être les deux mamans, pas besoin d’aller dans les détails. La réaction des gens leur semble toujours positive, comme leur curiosité. Par exemple, au centre de la petite enfance avec lequel elles font affaire, elles sentent qu’elles attirent l’attention, mais pour les bonnes raisons. «J’ai l’impression que les gens trouvent ça le fun», pense Jessica. D’ailleurs, elles ont reçu chacune un cadeau à la fête de Mères, l’an passé, et elles apprécient ce genre de délicatesses de la part des éducateurs.

Puisqu’elles travaillent toutes les deux dans le milieu scolaire et s’assument pleinement, elles n’hésitent pas à répondre aux questions des élèves, sans toutefois forcer pour aborder le sujet. «Je n’arrive pas quelque part en disant : «Bonjour, je suis lesbienne.» Même que ces mots nous accrochent, car ils évoquent la sexualité. Ce sont des étiquettes intenses, parce que c’est personnel. Nous préférons parler de notre famille, comme les autres. Et chaque famille est unique», résume Vanessa.

Le couple ne ferme pas la porte au projet d’agrandir encore leur clan. Pour l’instant, il songe plutôt à la construction d’une maison, afin de profiter de plus d’espace.

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