Les candidats croisent le fer au Cégep

Organisé par l’équipe des Mercredis des sciences humaines, un débat électoral a réuni au Cégep de Victoriaville, mercredi avant-midi, cinq des six candidats briguant les suffrages dans la circonscription d’Arthabaska.

Le député sortant et candidat de la Coalition avenir Québec (CAQ), Eric Lefebvre, la candidate du Parti libéral du Québec (PLQ), Luciana Arantes, le candidat du Parti québécois (PQ), Mario Beaulieu, la candidate de Québec solidaire (QS), Pascale Fortin et le candidat du Parti conservateur du Québec (PCQ), Tarek Henoud, se sont prêtés à l’exercice animé par Anne-Marie Handfield, conseillère pédagogique au Cégep.

Avant de répondre aux questions de l’auditoire, les candidats ont eu à s’exprimer sur quatre thèmes (pénurie en éducation, inflation, environnement et santé) en formulant une réponse à des questions préparées par des élèves du programme des sciences humaines.

La pénurie de main-d’œuvre en éducation a été le premier thème abordé, les candidats étant invités à démontrer comment ils allaient inciter les jeunes à une carrière dans le domaine.

D’entrée de jeu, le conservateur Tarek Henoud a dénoncé l’oubli de la jeunesse depuis deux ans par les quatre partis présents à l’Assemblée nationale. « La jeunesse a été très impactée par les mesures de confinement. En me lançant en politique, je veux être la voix des jeunes et préparer l’avenir. Je ne veux pas vous vendre une salade ou des promesses comme on en entend depuis les 30 dernières années. Par contre, notre parti propose des actions très concrètes qui permettront d’encourager nos jeunes, notamment une bonification des prêts et bourses », a-t-il indiqué.

Le caquiste Eric Lefebvre a répondu que son gouvernement a déjà été actif depuis quatre ans, rappelant les investissements dans les établissements scolaires de la région et la hausse de 26% du budget consacré à l’éducation. « C’est deux fois plus que le précédent gouvernement », a-t-il précisé.

Il a repris ce qu’il disait devant les enseignants, lundi, à savoir, pour contrer la pénurie de main-d’œuvre, « une entente historique avec les enseignants du primaire, secondaire et de la formation professionnelle avec des hausses salariales autour de 15% en moyenne ».

Pour Québec solidaire, a fait savoir Pascale Fortin, il convient d’améliorer les conditions de travail pour inciter les jeunes à faire carrière en éducation. « Il faut investir à la hauteur des besoins, reconnaître et valoriser le travail des enseignants », a-t-elle signalé.

Son parti propose aussi la diminution des frais de scolarité et de faire en sorte que tous les stages soient rémunérés.

« Pour attirer des gens, un milieu de travail doit être agréable », a confié, de son côté, le candidat péquiste Mario Beauchesne. « Au PQ, nous voulons notamment augmenter le personnel professionnel et de soutien, valoriser le travail des enseignants en leur procurant de meilleures conditions, dont une hausse de salaire, mais aussi réduire le nombre d’élèves par classe pour que le professeur ait plus de temps avec chaque élève afin de donner un enseignement de qualité », a-t-il fait valoir.

Pour la candidate libérale, la pénurie de main-d’œuvre, présente partout, notamment en éducation, a fait régresser l’économie. « Ça fait quatre ans que l’économie n’avance pas à cause du gouvernement actuel qui n’a pas investi suffisamment en immigration », a soutenu Luciana Arantes insistant sur l’importance d’une reconnaissance rapide des diplômes pour les immigrants et d’assurer une présence universitaire dans la région.

Inflation

Les candidats ont ensuite été appelés à se prononcer sur leurs propositions pour réduire la pression sur la population dans un contexte d’inflation et de crise du logement.

La libérale Luciana Arantes a fait part de certaines mesures, à savoir un montant de 5000 $ par famille sans piger dans le fonds des générations que le PLQ a mis en place, l’abolition des droits de mutation (taxe de bienvenue), de la taxe de première nécessité, la gratuité des transports pour les jeunes et les aînés et la construction au Québec de 50 000 logements sociaux.

« Vous avez devant vous quatre partis qui sont complètement déconnectés », a lancé le candidat conservateur Tarek Henoud, avant d’affirmer que son parti disposait « de mesures concrètes, d’un cadre financier appuyé par plusieurs économistes et qui nous mènera vers un équilibre et un surplus budgétaire ».

L’abolition de la TVQ, de la taxe sur l’essence et des allègements fiscaux font notamment partie des mesures privilégiées, a-t-il dit.

Pour sa part, le candidat du PQ, Mario Beauchesne a fait valoir que la baisse d’impôt n’était pas une voie à emprunter. « Avec les importants investissements à faire en environnement, en santé et en éducation, baisser les impôts sous-tend qu’on s’endettera davantage », a-t-il précisé.

Sa formation veut remettre rapidement aux citoyens une somme de 1200 à 1750 $, ajouter 15 000 places en garderie, verser aux villes-centres un milliard de dollars pour la construction de logements sociaux, mais aussi pour des logements étudiants.

La candidate de Québec solidaire considère elle aussi qu’une baisse d’impôt ne constitue pas une solution. « Notre cadre financier est le seul qui respecte toutes les règles comptables. C’est fini de dire que Québec solidaire pelte des nuages », a-t-elle assuré, tout en déplorant que la CAQ a longtemps nié la crise du logement. « Nous, on se bat depuis longtemps pour le droit des locataires. Nous proposons un contrôle du prix des loyers et de protéger les droits des locataires. Ils ont des droits et il faut être en mesure de les faire respecter. On veut que ce soit plus facile d’empêcher des hausses abusives », a fait valoir Pascale Fortin, rappelant aussi que QS promettait 50 000 logements sociaux abordables.

« Présentement, 15 000 logements sociaux sont en construction ou en planification. Et nous prévoyons, dans le prochain mandat, 11 000 nouveaux logements pour un investissement de 1,8 G $ », a fait savoir, de son côté, Eric Lefebvre de la CAQ.

Il a rappelé aussi les promesses de baisse d’impôt, des montants de 400 et 600 $ devant être remis aux citoyens et la somme de 2000 $ pour les aînés, de même qu’un gel à 3% des augmentations des différents tarifs gouvernementaux. « On a clairement à la CAQ la meilleure équipe économique. C’est reconnu par tous les analystes », a-t-il soutenu.

Environnement

Quelle est la meilleure manière de réduire les GES (gaz à effet de serre) et comment comptez-vous y arriver?  Voilà une autre question adressée aux représentants des différents partis.

Pour QS, la meilleure façon de les réduire consiste d’abord à ne pas nier la crise climatique, a signalé la candidate. « À QS, on a la plateforme la plus ambitieuse jamais proposée lors d’élections au Québec. Huit experts indépendants l’ont validée, a indiqué Pascale Fortin. Une plateforme sérieuse, on n’a pas le choix d’agir. On veut réduire de 55% les GES d’ici 2030. »

Les efforts, a-t-elle dit, doivent être mis notamment sur le secteur des transports responsables de 43,3% des GES. « On retrouve de plus en plus de véhicules et un projet comme le troisième lien (à Québec) ne ferait qu’augmenter le nombre. Ce qu’il faut, c’est augmenter le transport en commun, a-t-elle plaidé. Dans des endroits comme ici, à Victoriaville, il n’y a pas grand-chose d’accessible et d’efficace. »

De tels propos ont provoqué une réaction chez le caquiste Eric Lefebvre. « Vous avez dit quelque chose de faux. Faudrait corriger le tir, lui a-t-il dit. Le taxibus, ici, a gagné un prix à l’UMQ (Union des municipalités du Québec). Son modèle est reconnu, copié dans plusieurs municipalités. Plutôt que d’avoir des autobus vides dans certaines municipalités, on a un modèle taxibus qui fonctionne très bien aujourd’hui et la population et les gens en sont très fiers. »

Mario Beauchesne du PQ reconnaît aussi que la réduction des GES passe d’abord par le secteur des transports. « Nous voulons rendre disponible un budget pour les grandes villes et régions afin qu’elles développent le transport en commun, que ce soit des taxibus, des autobus, des tramways ou des trains légers. Une mobilité dans les villes et entre les villes est nécessaire », a-t-il exposé.

Le PQ suggère aussi la création d’une passe-climat permettant l’utilisation des transports en commun partout. « On voudrait la rendre éventuellement gratuite. En rendant gratuit le transport en commun, c’est ce qui incitera le plus à diminuer les véhicules », croit-il, tout en proposant la bonification des primes à l’achat de véhicules électriques et la pénalisation des concessionnaires pour les inciter à en offrir.

Dans le même sens que ses opposants, Eric Lefebvre de la CAQ estime que la réduction des GES passe par l’électrification des transports. « L’électricité constitue l’une de nos plus grandes richesses pour réduire nos GES. Notre objectif, c’est une réduction de 37,5% d’ici 2030 », a-t-il signalé, tout en affirmant que le Québec est le premier de tous les États en Amérique du Nord au chapitre du taux de GES par habitant. « On est déjà performant, mais on va s’assurer de diminuer de 37,5%. Et on le fera par l’électrification des transports », a-t-il insisté.

« Aimerait-on continuer à vivre dans la peur ou vivre d’espoir? », s’est ensuite exprimé le candidat du PCQ, Tarek Henoud.

« Pour nous, si on veut travailler sur l’environnement, que nous considérons très important, il faut une économie forte. C’est pourquoi, en exploitant les hydrocarbures, on créera une richesse qu’on placera dans la recherche et le développement. L’économie et l’environnement vont de pair », a-t-il énoncé, signalant que la performance du Québec en matière de GES est « de loin la meilleure au monde ».

Quant à la candidate du PLQ, Luciana Arantes a parlé du plan ÉCO de son parti, un plan pour l’écologie et l’économie. « Un plan pour assurer la transition verte avec l’hydrogène vert, notamment », a-t-elle mentionné, tout en dénonçant les objectifs des autres partis, des objectifs qu’elle qualifie d’irréalistes. « Nous, on a un vrai plan, cohérent, pour mener à une carboneutralité d’ici 2050. On a un vrai plan pour régler les vrais enjeux avec des solutions véritables », a-t-elle affirmé.

Santé

Pour améliorer la situation en santé, Eric Lefebvre a parlé du projet de réforme, de reconstruction du réseau. « Nous souhaitons rebâtir le réseau pour qu’il soit plus humain, performant et la priorité accordée à la première ligne avec la contribution tous nos professionnels pour donner le maximum de services tout en décentralisant le plus possible vers les régions pour mieux répondre aux besoins », a-t-il exposé.

Un plus grand rôle du secteur privé et un coup de barre dans les services et soins à domicile figurent aussi dans les engagements de la CAQ.

Les libéraux, ayant à cœur la question de la santé mentale, proposent des services gratuits de psychologue avec la carte de l’assurance-maladie.

La reconnaissance des diplômes constitue également une solution pour aller chercher des médecins. « Il est primordial que chaque Québécois ait son médecin de famille, car sans la santé, on n’est rien, c’est une priorité pour nous. »

Québec solidaire prône, de son côté, la décentralisation, mais fait valoir aussi l’importance d’éviter que l’urgence serve de porte d’entrée du système de santé. « On avait de bons services au CLSC, mais on a coupé. On souhaite ramener la première ligne dans nos CLSC et favoriser le service 811. On réclame plus de reconnaissance des compétences des différents professionnels et reconnaître plus facilement les diplômes de l’étranger, car il y en a des gens qui seraient prêts à travailler », a avancé Pascale Fortin.

Pour Tarek Henoud du PCQ, les mêmes promesses sont entendues depuis 30 ans. « Et ce sont les mêmes défaillances du système qu’on voit. Clairement, la population est prise en otage. D’année en année, ce sont les mêmes promesses et pire, ça se dégrade », a-t-il constaté, proposant que le Québec s’inspire de meilleurs systèmes, comme celui du Nigéria. « On n’invente pas la roue. On doit s’inspirer de systèmes qui ont fait leurs preuves en Europe, dans les pays scandinaves. On importe un système, on s’assure d’une refonte de notre système de santé avec le privé tout en conservant la gratuité en tout temps », a-t-il fait valoir, estimant que cela se traduirait par une meilleure productivité et qualité de services.

Mario Beauchesne du PQ a plaidé, entre autres, pour les services et soins à domicile qui permettent de retarder les entrées en CHSLD. « On veut faire des CLSC la porte d’entrée du système de santé et des services sociaux. On veut faire la promotion des CLSC, des établissements près des gens, qui offrent des services de proximité. Et les CLSC offrent des soins à domicile aux aînés. Mais ces budgets sont trop petits et nous voulons les augmenter », a-t-il dit, tout en signalant l’importance du volet de la prévention.

Son parti, a-t-il noté aussi, propose la création d’un protecteur des aînés.

Conclusion

La rencontre s’est achevée par une période d’une quarantaine de minutes dédiée aux questions de l’auditoire.

Une douzaine de questions ont été formulées par des élèves. Différents sujets ont été abordés, de l’agriculture à la culture, en passant par le libre-échange, le patrimoine religieux, la santé mentale, la dette du Québec, la loi 96 et les mesures sanitaires.

Par la suite, chacun des candidats y est allé de sa conclusion, à commencer par Eric Lefebvre qui souhaite continuer à être « vos yeux, votre voix et vos oreilles à l’Assemblée nationale ».

« Au cours des quatre dernières années, malgré deux ans de pandémie, ce sont 700 M $ d’investissements comme retombées dans Arthabaska-Érable. Depuis quatre ans au gouvernement, on travaille à bâtir un Québec plus fort, plus fier et plus vert. Ce serait un privilège de poursuivre le travail avec vous et pour vous », a-t-il terminé.

« Il faut faire une distinction entre investissements et promesses. Mais moi je me lance en politique, non pour faire des promesses, a spécifié Tarek Henoud. Une détresse a émergé ces deux dernières années. Celle-ci m’a amené à me présenter pour être vraiment à l’écoute de la population et voir comment on peut créer une économie forte et développer la région pour que les citoyens soient autonomes et moins dépendants du gouvernement. »

 La candidate Pascale Fortin a dit souhaiter, pour sa part, qu’on cesse de penser toujours à l’argent. « Il faut arrêter de voir la santé, l’éducation, comme des dépenses. Ce sont des investissements pour notre avenir. Même chose pour l’environnement. J’aimerais qu’on arrête de toujours penser à l’argent et qu’on pense au monde et à la qualité de vie », a-t-elle souligné, tout en invitant les jeunes à exercer leur droit de vote. « Cette élection-ci, il peut y avoir des changements. On peut faire avancer les choses, assure-t-elle. Les gens disent leur découragement, soutenant que c’est toujours la même chose. Si c’est toujours la même chose, c’est qu’on élit toujours le même genre de parti. »

L’appel au vote rejoint aussi le candidat péquiste Mario Beauchesne. « Allez voter », a-t-il répété plusieurs fois. « C’est mon premier message. Il faut aller voter pour faire changer les choses. Peu importe pour qui, mais allez voter, c’est déjà un premier pas. »

Luciana Arantes du PLQ a prononcé les derniers mots qu’elle a utilisés telle une flèche envers le gouvernement de la CAQ. « Pourquoi continuer avec un gouvernement dépassé alors qu’il n’y a pas de places pour tous en services de garde, qu’il n’y a pas de médecins de famille pour tous? Pour avancer, il faut un Québec qui voit grand, un Québec qui donne l’opportunité à tous. Le seul parti qui voit grand pour le Québec avec de véritables enjeux et solutions, c’est le PLQ. Votez vrai, votez pour le parti le plus cohérent et bonne chance à tout le monde », a-t-elle conclu.