La Volte-Face : 20 ans de vie et toujours aussi essentielle

La Volte-Face : 20 ans de vie et toujours aussi essentielle
L’équipe de Phamaprix Isabelle Provencher a remis un important montant à la directrice générale de La Volte-Face, Julie Croteau (à droite sur la photo). (Photo : Lory-Ann Grondin (L-A.G image))

Les statistiques ne mentent pas et témoignent de l’importance et de la nécessité de sa mission. Depuis sa mise en place en 2002, la maison d’hébergement pour femmes et enfants victimes de violence conjugale La Volte-Face de Victoriaville a accueilli pas moins de 2813 personnes en hébergement (1516 femmes et 1297 enfants), sans compter les 552 personnes refusées et relocalisées par manque de place et plus de 8000 rencontres en consultations externes.

Plusieurs partenaires se sont réunis, mardi soir, à l’hôtel Le Victorin pour souligner le 20e anniversaire de La Volte-Face dont les services, en deux décennies, ont fait une réelle différence dans la vie de ces femmes et enfants.

« Vingt ans à vous opposer à la violence faite aux femmes, 20 ans à les accompagner, à les soutenir et les aider à se reconstruire. Ça ne peut qu’inspirer le respect et la reconnaissance », a souligné, au nom du conseil municipal, le conseiller Patrick Paulin, rappelant qu’en 2016, il a demandé que Victoriaville soit signataire de l’alliance des municipalités contre la violence conjugale. « Parce que je crois fermement, a-t-il soutenu, que nous avons une responsabilité morale à l’égard de la sécurité de tous nos concitoyens et de toutes nos concitoyennes. Nous avons aussi une obligation d’agir collectivement. »

Il a cependant confessé que l’adhésion à l’alliance n’a pas amené Victoriaville à poser des gestes concrets contre la violence conjugale. « Bien sûr, les élus et tout l’appareil municipal sont sensibilisés et conscientisés et n’hésitent pas à réagir aux demandes formulées par La Volte-Face, mais à mes yeux, c’est encore trop peu », a-t-il lancé.

D’où les quatre engagements qu’il promet à titre d’élu responsable des politiques sociales. Patrick Paulin invitera la directrice générale de la Volte-Face, Julie Croteau, à présenter, en début d’année, à l’ensemble des élus et à tout l’appareil municipal, la situation de la violence conjugale et le travail effectué au quotidien par l’organisme. Il mobilisera aussi l’équipe des politiques sociales de manière à inclure la dimension de la violence faite aux femmes dans les réflexions de planification à venir. À ses collègues du conseil, le conseiller Paulin demandera de planifier des gestes concrets pour contrer la violence conjugale en collaboration et en concertation avec la Volte-Face et l’ensemble de ses partenaires. « Il existe des exemples inspirants de gestes posés par certaines municipalités, dont Nicolet qui utilise ses bureaux pour offrir un refuge temporaire aux femmes en situation de danger, ou encore pour offrir une formation aux employés afin de les sensibiliser et de les outiller face à une situation de crise », a-t- confié, tout en s’engageant aussi à collaborer avec la direction générale de la Volte-Face pour accompagner et soutenir les projets et les actions que l’organisme envisagera de mener, le tout dans le respect des compétences municipales. « Victoriaville a pour slogan santé urbaine. Il faut que ces mots se traduisent en actions concrètes pour tous et pour toutes. La violence faite aux femmes nous concerne tous. Nous devons faire équipe pour léguer à nos filles et à nos fils une société plus juste, plus solidaire, mais surtout exempte de violence », a-t-il conclu.

Prise de position

La Volte-Face a choisi de souligner son anniversaire dans le cadre des 12 jours d’action contre les violences faites aux femmes. Et c’est délibérément qu’elle a choisi de le faire le 6 décembre, journée nationale de commémoration de la tragédie de Polytechnique où 14 jeunes femmes ont été tuées parce qu’elles étaient des femmes. « La célébration de nos 20 ans le 6 décembre est une prise de position publique. Mais le 6 décembre, c’est une bien trop petite journée pour souligner une si grande cause, a fait valoir Julie Croteau. C’est chaque jour qu’on devrait porter le ruban blanc, chaque jour qu’il faut déclarer collectivement et individuellement qu’on se positionne contre la violence faite aux femmes. Il faut l’engagement de toute une société pour assurer la sécurité des femmes et des enfants. »

Comme l’a soulevé le conseiller Paulin, la violence faite aux femmes demeure « présente et révoltante » comme en font foi les statistiques.

Depuis le 1er janvier 2022, le Québec a enregistré 21 décès liés à la violence conjugale : 14 femmes, 6 enfants et 1 homme. « Amis, collègues, sœurs, frères, employeurs, enseignants, voisins, la violence conjugale nous concerne tous. Il faut continuer d’agir. Nous avons tous un rôle à jouer », a exprimé la directrice générale de La Volte-Face qui qualifie de terribles les statistiques. Tous les huit jours, une femme au Québec est victime d’une tentative de meurtre ou d’homicide conjugale.

Julie Croteau note aussi qu’au Canada, une femme sur trois affirme avoir été victime d’au moins une agression physique ou sexuelle de son conjoint. « À La Volte-Face, 73% des femmes hébergées ont dit aussi avoir vécu de la violence physique », a-t-elle précisé.

Évolution

La Volte-Face propose un environnement sécuritaire, respectueux et différents services de soutien, d’accompagnement, des suivis, des consultations externes, de l’écoute téléphonique en tout temps, en plus de faire de la sensibilisation et de la prévention.

En 20 ans, La Volte-Face a vu ses services se développer. L’organisme a aussi connu plusieurs agrandissements. Des neuf travailleuses en 2002, la ressource compte aujourd’hui 13 employées régulières et une dizaine d’autres sur appel. « Alors que notre ressource évoluait, les besoins ont été grandissants et se sont complexifiés aussi », a souligné la directrice générale.

Oui, l’organisme a dû traverser diverses crises, crise financière, pénurie de main-d’œuvre et la pandémie, des crises qui ont parfois mis en péril la pérennité des services. « Mais nous avons toujours été créatives, résilientes. On a su faire volte-face. Ce soir, a dit Julie Croteau, je tiens à remercier toute l’équipe et à rendre hommage à ces intervenantes extraordinaires, dévouées, passionnées et professionnelles qui, chaque jour, accompagnent femmes et enfants. Je tiens à remercier aussi la population. C’est grâce à la participation et au soutien de la communauté qu’on a pu poursuivre notre mission. »

Mais l’hommage, a-t-elle soutenu, revient surtout « à ces femmes et enfants qui ont osé faire le premier pas, qui ont osé parler ».

Des projets

La Volte-Face, depuis le 1er décembre, est officiellement locataire de nouveaux locaux qui, après rénovations, lui permettront d’y déménager, quelque part en février ou en mars, ses services de consultation externe. L’espace y sera mieux adapté et le déménagement contribuera à une réduction de l’achalandage à la maison d’hébergement et assurera une meilleure confidentialité.

Le don majeur de 15 655 $ amassé par la campagne « Un lieu sûr pour se rebâtir » de Pharmaprix Isabelle Provencher servira à ce projet.

La Volte-Face, par ailleurs, pourrait solliciter ses partenaires en vue de l’ouverture d’une Maison 2e étape offrant des séjours plus longs que les refuges d’urgence. Une étude de faisabilité est en cours. « Il s’agit d’un logement sécuritaire, abordable, confidentiel où des intervenantes proposent des services psychosociaux. Parce qu’on estime que 8% des femmes qui sortent des refuges d’urgence se retrouvent en grave danger de violence. Cette violence continue après la séparation et même après l’hébergement lorsque les femmes tentent de se relocaliser dans des logements », a expliqué Julie Croteau.

L’organisme victoriavillois mijote aussi le projet d’implanter le modèle du Carrefour sécurité violence conjugale, une cellule d’intervention rapide pour assurer la sécurité des femmes victimes de violence conjugale et leurs proches. 

En matière de prévention et sensibilisation, La Volte-Face entend reconduire l’an prochain le projet mené avec la Sûreté du Québec dans les classes de quatrième secondaire pour sensibiliser et outiller les élèves afin de prévenir la violence dans les relations amoureuses. En octobre et novembre, 29 groupes d’élèves ont été rencontrés.

Reconnaissance

Huit femmes immigrantes du Comité d’accueil international des Bois-Francs ont profité du 20e anniversaire pour remettre à La Volte-Face une œuvre qu’elles ont réalisée.

Des femmes venues de partout dans le monde, porteuses d’un message de solidarité, de fraternité et d’empathie. « Nous sommes des Québécoises d’adoption, nous avons adopté ce pays et on a aussi été adoptées par vous, ont-elles exprimé. Nous voulons vous transmettre une toile qu’on a faite avec beaucoup d’amour et de joie. » 

Ces femmes ont dit croire à l’égalité des hommes et des femmes, croire à l’approche féministe, à un monde plus juste et sans violence, à la paix et à une justice sociale pour tous les pays, riches et pauvres.

« Ni la terre ni les femmes ne sont des territoires à conquérir », a aussi dit l’une d’entre elles.

De plus, l’attaché politique Pierre-Luc Turgeon a remis, au nom du député d’Arthabaska, Eric Lefebvre, un certificat pour souligner les 20 ans, pour exprimer sa gratitude et témoigner de l’importance de la mission de l’organisme.

La directrice générale Julie Croteau aimerait bien que La Volte-Face n’ait plus de raison d’être. Mais elle a fait cette promesse : « Tant qu’il le faudra, nous serons fidèles au poste pour assurer la sécurité des femmes et des enfants victimes de violence conjugale ».

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