La baleine de Daveluyville refait surface

La baleine de Daveluyville refait surface
Le maire Mathieu Allard avec une photocopie de la revue Les Débrouillards qui traitait de l’histoire de la baleine en décembre 1995. (Photo : www.lanouvelle.net)

La découverte a fait grand bruit à l’époque. En creusant dans un champ, Marcel Soucy a découvert, à Daveluyville, les ossements d’une baleine vieille d’environ 11 000 ans. C’était en octobre 1947. Aujourd’hui, 75 ans plus tard, le maire Mathieu Allard mijote un projet d’exposition et d’éducation pour que cet événement historique ne tombe pas dans l’oubli.

Le maire n’avait que 10 ans lorsqu’il a entendu parler de cette affaire. C’était l’année de la sortie du film Le parc Jurassique. « Moi je voulais aller trouver des squelettes. Ma grand-mère m’a dit alors que je n’avais pas besoin d’aller bien loin puisqu’on avait déjà trouvé une baleine à Daveluyville. Puis, elle m’a montré qu’on en parlait dans le livre du centenaire de la municipalité », raconte-t-il.

Depuis ce jour, cette histoire l’a toujours fasciné. Une histoire qu’on a ressortie quelques fois, comme en 1995 dans la revue Les Débrouillards.

Son projet de ramener à la surface l’histoire de la baleine résulte d’un déclic survenu alors qu’il parlait justement de cette affaire. « Les gens riaient de moi. Ils n’y croyaient pas, se souvient-il. Puis le déclic s’est fait en constatant, l’an dernier, que ça allait faire 75 ans en 2022. Je me disais qu’elle (la baleine) devait bien se trouver quelque part. »

Féru d’histoire en général, Mathieu Allard a effectué quelques recherches et il l’a trouvée. Le fossile du mammifère marin se retrouve au Musée de la paléontologie et de l’évolution à Montréal.

La découverte

Marcel Soucy, âgé de 26 ans en octobre 1947, creusait un fossé sur la terre de son père Alphonse dans le 3e rang, aujourd’hui le 4e rang Ouest qui commence au restaurant La Belle Québécoise. « Il a frappé quelque chose de dur, pensant d’abord à un morceau de bois noirci. Puis, il a cru à des ossements de cheval.

Par la suite, en raison de la dimension, il a pensé à un dinosaure », expose-t-il.

La découverte est demeurée inconnue quelque temps jusqu’à ce que deux chasseurs de Victoriaville aperçoivent les ossements et rapportent la nouvelle au député d’Arthabaska de l’époque, le libéral Pierre-Horace Plourde.

« Le 27 octobre, le député P.-H. Plourde a demandé l’envoi d’un géologue qui s’est rendu dès le lendemain, 28 octobre, sur les lieux de la découverte avec le député, un docteur et un autre individu, relate Mathieu Allard. Pour le géologue, il était clair que c’était une baleine, mais on ne connaissait pas la sorte. Même en 1950, ce n’était pas déterminé. »

On a su plus tard qu’il s’agissait d’un rorqual commun long de près d’une trentaine de pieds.

Selon ce qu’a pu apprendre le maire Allard, Marcel Soucy a vendu le fossile à Arthur Fournier pour 300 $. « Son fils Hermann l’a exposé à différents endroits, non seulement dans la région, mais un peu partout au Québec et il chargeait 35 sous l’entrée pour aller voir la baleine. Hermann Fournier, souligne Mathieu Allard, a toujours voulu que ça reste dans la région. Il aurait pu la vendre aux États-Unis, mais il tenait à la conserver ici. Et à l’époque, il a bien tenté, sans succès, de l’envoyer dans des universités. »

Des histoires de la boîte

À Daveluyville, bien des aînés ont des histoires concernant la boîte de bois. Cette boîte dans laquelle on avait déposé le fossile et qui traînait derrière une usine. « Tout le monde dans les âges de mes parents a des histoires à ce sujet. Les jeunes jouaient avec les os, croyant qu’il s’agissait d’ossements de dinosaure », confie Mathieu Allard.

Puisque des gens allaient piger dans la boîte pour se procurer des morceaux du mammifère marin, cela rend très difficile de retrouver toute la baleine.

Dans les démarches entreprises, Mathieu Allard a notamment rencontré les descendants de Marcel Soucy et de la famille Fournier qui lui ont fourni des photos et des écrits.

Le conseiller politique du député Donald Martel de Nicolet-Bécancour, Jean-François Bienvenue, lui donne aussi un coup de pouce et entretient des contacts avec le musée montréalais.

Le projet

S’il caresse le souhait de proposer une exposition avec le fameux fossile, Mathieu Allard veut apporter aussi un volet pédagogique en traitant de la mer de Champlain qui recouvrait le territoire il y a fort longtemps, ce qui explique aussi que des gens, en creusant, ont découvert bon nombre de coquillages marins. « Je voudrais apporter un côté plus pédagogique sur la mer de Champlain et créer une exposition qu’on pourrait présenter aux écoles, à la population. Mais l’envergure de l’exposition va dépendre des restes qu’on réussira à retrouver de la baleine. On sait qu’il en manque, qu’il s’en est beaucoup perdu », souligne-t-il.

Avant toute chose, cependant, des démarches préalables sont nécessaires, la première consistant à retrouver le maximum de morceaux du fossile. « En fonction de cela, ce sera de chiffrer tout ça,  de savoir combien il en coûterait pour organiser cette exposition et de trouver des partenaires pour le faire. L’important, insiste Mathieu Allard, c’est de la trouver, voir ce qu’on a et ensuite déterminer quel type d’exposition on ferait et son ampleur. »

Chose certaine, le maire de Daveluyville considère important de ramener l’histoire de cette découverte pas suffisamment documentée à son goût. « Les familles Soucy et Fournier ont leur histoire à ce sujet, les gens de Daveluyville aussi. Ce serait important de regrouper tout ça, d’en faire un livre si possible. Il y a une histoire à raconter avec ça et il faut la ramener, la réactualiser », plaide Mathieu Allard qui est en discussion, par ailleurs, pour la réalisation d’un documentaire. « J’y crois beaucoup à documenter le sujet que ce soit en papier ou en vidéo pour éviter que ça se perde », note-t-il.

Le maire se réjouit des échos reçus à la suite de sa publication de son idée sur les réseaux sociaux. « J’ai eu plein de beaux commentaires et ça a été partagé sur les réseaux sociaux. On sent une volonté de la population, c’est rassembleur », conclut-il.

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