Guérir en aidant les autres

Par Audrey Leblanc

Guérir en aidant les autres
Nathan Forget (Photo : Audrey Leblanc)

Nathan Forget était infirmer avant de subir trois opérations lombaires. Depuis 2015, ce citoyen de Gentilly vit avec une douleur permanente à un seuil minimal de 7 sur 10. Devenu patient malgré lui, il a su tirer profit de son expérience. Il aide maintenant les autres personnes qui, comme lui, doivent apprivoiser la douleur au quotidien. Son apport à titre de patient-partenaire à la clinique de la douleur de Trois-Rivières lui permet de donner au suivant et de renouer d’une certaine manière avec son ancienne profession.

Nathan a toujours aimé prendre soin des autres. Il a d’abord été éducateur à la petite enfance avant de devenir infirmier. Il a travaillé pendant quelques années à l’urgence à Trois-Rivières, puis s’est dirigé en CHSLD, au centre d’hébergement Cooke.

Mais le 3 août 2015, un bête accident survenu à la maison a complètement changé sa vie. «Ma blonde donnait le bain à notre petite fille et quand elle a voulu la sortir du bain, elle a senti que son dos voulait barrer. En essayant de l’aider à se relever, j’ai eu une sensation de déchirure dans le bas du dos, raconte-t-il. Le lendemain, je suis rentré travailler comme d’habitude et le surlendemain, je faisais de l’urgence alors j’en ai profité pour passer au triage.»

Jusque-là, il ne se doutait pas de la gravité de sa blessure. Au triage, on l’a fait se coucher sur une civière et on lui a fait passer une batterie de tests. «Ils ont vu que j’avais une hernie discale, relate Nathan. Elle était située entre la première vertèbre du coccyx et celle juste avant. Dans mon cas, la hernie est sortie par en avant au lieu de par en arrière. C’était donc plus difficile à gérer.»

Peu de temps après son accident, il a subi sa première opération. «Ils ont percé l’os de la colonne, ils ont fait le tour de la moelle épinière et ils sont allés faire de la place autour de la hernie pour que ça cesse de comprimer le nerf, explique Nathan. Ç’a fonctionné pendant un temps, mais après un premier essai de retour au travail, c’est redevenu aussi pire qu’avant. Je commençais aussi à avoir des pertes fonctionnelles à la jambe gauche. Ça partait de l’intérieur de la cuisse jusqu’au pied. Je n’étais plus capable de lever mes orteils et ma jambe avait des ratées. Je passais souvent proche de tomber.»

Quelques semaines plus tard, en novembre 2015, Nathan a subi sa deuxième opération. Encore une fois, les médecins ont tenté de réduire la pression sur le nerf. Au bout de quelques jours, la douleur est réapparue, pire qu’avant. Cette fois, Nathan a dû abandonner définitivement l’idée de retourner au travail.

Un nouveau départ

À la suite de cette deuxième opération, il a été pris en charge par la clinique de la douleur, qui offre des services interdisciplinaires spécialisés en douleur chronique. Sa médication a été revue et il a été aidé par plusieurs professionnels, dont une physiothérapeute. Il a aussi pris part à des ateliers qui l’ont aidé à accepter sa situation et à vivre malgré sa douleur. Sans le savoir, ces ateliers ont été pour lui le début d’une nouvelle vie, d’un nouveau départ.

«Je prends environ 50 comprimés de médicaments par jour pour soulager la douleur, mais j’arrive tout de même à m’épanouir, confie-t-il. Un moment donné, je me suis dit que je ne pouvais pas seulement rester à la maison. J’ai commencé à suivre les ateliers et j’ai vu qu’il y avait un participant qui en animait une portion. Il nous a raconté son histoire. Quand j’ai eu terminé mon parcours de cinq semaines, j’ai réalisé que j’en avais appris plus sur moi. J’ai brisé l’isolement, j’ai vu que je n’étais pas seul et qu’il y avait de l’espoir.»

Témoin de son cheminement et de son intérêt, l’équipe de la clinique a approché Nathan pour lui offrir de devenir un patient-partenaire en animant certains ateliers. «J’ai accepté sans hésiter, lance-t-il. On rejoint, par année, environ 200 personnes. Ça m’apporte beaucoup de faire ça. En tant qu’ancien infirmier, c’est une façon d’aider les autres. Ça me permet d’avoir des objectifs et de me sentir utile. Ça m’a fait revivre, carrément.»

«Ça me permet aussi de me tenir à jour, renchérit-il. Je continue de lire beaucoup sur le sujet et je développe des outils pour gérer la douleur. On m’a même proposé d’élargir mon champ d’action en aidant d’autres personnes qui ne sont pas rattachées à la clinique de la douleur.»

Parmi toutes les personnes qu’il a rencontrées, Nathan a été marqué par un homme en particulier.

«Il avait une cinquantaine d’années, estime-t-il. Durant tout l’atelier, il n’a pas parlé du tout. Quand je m’apprêtais à partir, il m’a dit de venir le voir. Je me suis approché et il m’a dit que je venais de lui sauver la vie. Ça m’a frappé et tellement touché! J’ai réalisé que ce que je faisais était important. Le travail des patients-partenaires est souvent caché, mais je pense que c’est important de saluer leur travail et j’encourage les gens à s’impliquer de cette façon.»

De l’espoir à l’horizon

Depuis son arrivée à la clinique de la douleur, en 2016, Nathan a subi une troisième opération. «Ils ont enlevé le disque où était la hernie et j’ai eu une fusion vertébrale, précise-t-il. La douleur est restée, mais ma jambe a été sauvée. J’ai encore mal à ma jambe, mais je n’ai plus de ratées et mes orteils bougent. Avec le temps, on a aussi découvert que je pouvais soulager la douleur à l’aide d’un neurostimulateur, un appareil qui envoie des chocs électriques. On a fait des tests avec un neurostimulateur externe et, bientôt, ils vont m’en implanter un.»

Si rien ne change d’ici là, l’installation du dispositif aura lieu le 18 août. «Ils vont mettre deux électrodes à côté de la moelle épinière et le neurostimulateur sera implanté sous ma fesse gauche, indique Nathan. Quand je ressentirai une douleur dérangeante, j’appuierai sur une télécommande et les chocs vont partir. Ça va faire tomber la douleur à un seuil de 3-4 sur 10. Ce sera l’équivalent de courbatures post-entraînement. Je vais être comme ça à vie, mais j’aime mieux ça que de vivre comme je suis présentement. Pour moi, à 35 ans, c’est une très bonne nouvelle.»

Donner au suivant

Dans la région, on dénombre 45 patients-partenaires dont la mission est d’améliorer les soins et les services offerts au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ). Ces personnes participent à divers comités d’amélioration et partagent leur vécu lors de formations, par exemple.

Chaque année, les patients-partenaires de la région totalisent en moyenne 600 heures de collaboration au CIUSSS MCQ. L’organisation est d’ailleurs constamment à la recherche de personnes qui souhaiteraient investir de leur temps au bénéfice de la population. Si vous pensez que votre expérience acquise lors de soins et services reçus ferait de vous un atout, contactez Marie-Pier Benoit par courriel à marie-pier.benoit-noel@ssss.gouv.qc.ca ou par téléphone au 819 3723133, poste 32 313.

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