Avenir des églises : Notre-Dame-de-l’Assomption priorisée

Avenir des églises : Notre-Dame-de-l’Assomption priorisée
David Vincent, curé et président de la Fabrique Sainte-Victoire (Photo : www.lanouvelle.net)

La conservation de l’église Notre-Dame-de-l’Assomption et un éventuel changement de propriété pour les églises Sainte-Victoire et Sainte-Famille, voilà, en substance, l’orientation retenue par la Paroisse Sainte-Victoire et présentée, mercredi soir, à près de 150 citoyens et paroissiens regroupés au Club de la FADOQ de la rue Drouin à Victoriaville.

L’élaboration de cette proposition découle d’une longue démarche échelonnée sur quelques années et qu’on a exposée à l’auditoire, de la mise en place du comité de pérennisation à l’état de santé des bâtiments jusqu’au sondage auprès de la population en passant par l’état des finances de la fabrique.

Les revenus sont en baisse et les investissements nécessaires pour réaliser les travaux sont énormes. Pour les seuls travaux urgents à effectuer, la facture s’élève à 1 561 500 $, mais au total, les coûts dépassent les 3 M $. Ce qui a fait dire au curé et au président de la Fabrique Sainte-Victoire, David Vincent, que le statu quo est impossible. « On est obligé de faire des choix. Il faut innover, penser à des alternatives », a-t-il dit, tout en évoquant le contexte actuel.

Dans le diocèse de Nicolet, 25 églises ont déjà été vendues ou ont changé de vocation. Au Québec, ce sont plus du tiers des églises qui ont connu le même sort. Il a cité deux exemples dans la région, les églises de Sainte-Sophie-d’Halifax et de Sainte-Clotilde-de-Horton.

L’analyse de toutes les informations, comprenant les besoins identifiés et les avantages et inconvénients relevés pour chacune des églises, a donc mené à privilégier l’église Notre-Dame-de-l’Assomption qui nécessite aussi le moins d’investissements (205 000 $). « C’est le lieu qui nous permet de nous ouvrir davantage à d’autres générations, qui est le plus facilement adaptable et qui répond aussi le plus possible, pour nous, aux besoins dont on a pris la peine d’identifier. On ne fait pas de X sur les autres lieux, mais d’une certaine façon, pour s’adapter à la réalité actuelle, l’Assomption est plus favorable », a expliqué le prêtre.

Pour les autres églises, la paroisse souhaite l’engagement de partenaires et éventuellement s’en départir. « On n’est plus capable de les soutenir tout seul financièrement. On arrive à une étape où ça devient trop lourd pour nous de tout porter ça. On veut voir ce qu’on peut faire avec différents partenaires », a exprimé David Vincent.

À long terme, sur un horizon de 10 ans, la Fabrique veut en venir à ne supporter qu’un seul lieu de culte financièrement. Ce qui n’exclut pas, comme cela se fait ailleurs, qu’on puisse tout de même conserver une utilisation pour le culte dans les anciennes églises. « Nous sommes prêts à regarder les différentes possibilités. Là où il y aura des gens pour célébrer la foi, on verra ce qui est possible de trouver comme lieu dans le quartier pour le faire », a fait valoir le curé, notant au passage, par exemple, que des gens de Sainte-Famille ne seraient pas fermés à retourner à la Légion canadienne, la première église de Sainte-Famille.

« C’est une suggestion que j’ai entendue, et cela fait du sens. »

Démarche bien accueillie

Des commentaires exprimés à la suite des échanges entre les participants montrent un accueil favorable. Des citoyens se sont dits très satisfaits du travail fait en amont, conscients aussi des choix à faire. « On est rendu à la croisée des chemins », a-t-on signalé, ajoutant même que la réflexion vient un peu tardivement, qu’elle aurait dû se faire plus tôt, comme certains travaux. On trouve aussi un peu trop long l’échéancier de 10 ans.

D’autres ont aussi salué la démarche qualifiée d’ouverte et de transparente. « On est rendu là, a-t-on noté. C’est un tournant vers autre chose, on veut regarder vers l’avant. »

Un manque au niveau de certaines données et des orientations peut-être pas toujours très précises ont également été relevés.

Des gens ont parlé de l’importance de se rassembler, une valeur qu’on ne doit pas nécessairement associer à un lieu.

Ailleurs, on a signalé des échanges respectueux, constructifs. « On a apprécié la présentation faite, très respectueuse pour chacune des églises. C’était un portrait fidèle. Tous se montrent confiants pour la suite. Avec tout le monde présent, de belles choses pourront être faites avec les églises », a-t-on soutenu.

Les discussions ont mené à de nombreuses suggestions, comme le partage de bâtiments avec d’autres religions, d’autres confessions religieuses.

L’ouverture à d’autres usages, à des projets innovateurs, a été mentionnée plus d’une fois, tout comme le souhait de voir la Ville s’impliquer et le fait de conserver le droit d’utilisation du lieu de culte.

Certains ont suggéré la vente de l’église Sainte-Famille pour la transformer en logements pour travailleurs étrangers.

D’autres souhaitent mettre en lumière le bénévolat dans les églises et le rendre attrayant pour que les gens aient le goût de s’impliquer.

Permettre des usages non religieux pour conserver le bâtiment, être précis sur l’utilisation future des lieux en cas de vente, rendre l’église Ste-Victoire multifonctionnelle, créer une fondation pour recueillir des dons, de même que des espaces collaboratifs pour entreprises et des espaces culturels, voilà autant de suggestions exprimées.

Chacune de ces suggestions sera considérée, a assuré le curé Vincent, heureux et même surpris de ce qu’il a entendu. « Chacune des suggestions est importante, chacune sera reçue, lue et analysée. J’avoue être surpris, je ne m’attendais pas à avoir des suggestions qui nous amènent vers l’avant, qui nous amènent à nous ouvrir. Même si c’est le deuil d’une façon de faire vers une autre, je veux vraiment réagir en disant que je trouve ça beau, a-t-il confié. Ça me dit qu’il y a de l’avenir. Devant un défi, une situation, on est capable ensemble de s’ouvrir à plus grand que soi, de vivre concrètement ce que c’est d’être un croyant, c’est-à-dire que même devant un cul-de-sac, le Christ vient nous dire que quelque chose de nouveau peut surgir. C’est le cœur de l’espérance chrétienne : au-delà de toute mort, il y a de la vie. Et de vous entendre, je trouve que c’est plein de vie. »

Les idées soulevées, a-t-il ajouté, mènent plus loin encore et rassurent. « Je trouve rassurant de voir des gens avec des idées et prêts à travailler. Ça me dit qu’il y a vraiment de l’avenir, de l’espoir. Comme prêtre, je n’ai pas le goût de gérer une décroissance, d’étirer l’élastique. J’ai plutôt le goût de bâtir, d’essayer des choses, d’innover. Il est certain que cela demande une certaine réorganisation, des manières de faire différentes. Mais je veux vraiment bâtir et non déconstruire. En étant capable d’oser ce qui s’en vient, il y en aura un avenir », a-t-il conclu.

Dans son mot de la fin, David Vincent a insisté sur le fait que le conseil de fabrique allait analyser et tenir compte des idées, des suggestions et propositions partagées en vue d’une décision finale qui sera présentée publiquement en 2023 lors d’une assemblée de paroissiens.

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