Une relève convaincue 

Par Chantal Lemieux, agronome

Direction régionale du Centre-du-Québec

Ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation

Une relève convaincue 
Stéphanie Racine et Francis Ménard, propriétaires de La Bergerie R.M. inc. (Photo : © Madison Ménard, La Bergerie R.M. inc.)

Je vous présente aujourd’hui le parcours d’une femme qui a eu, un jour, le projet de se lancer dans la production ovine. Ce chemin semé d’embûches a toutefois fait ressortir la grande capacité d’adaptation et l’esprit entrepreneurial de cette jeune femme. Elle s’appelle Stéphanie Racine, elle a 40 ans, elle est la maman de trois enfants et elle est copropriétaire d’une bergerie et d’une compagnie de construction avec son conjoint. Voici son histoire.

Le commencement

L’achat de la ferme a lieu en 2010. À ce moment, Stéphanie a une garderie à la maison, mais comme les bâtiments de la ferme sont inexploités, le désir de les utiliser se transforme en un projet d’élevage ovin. Des appels téléphoniques passés ici et là permettent à Stéphanie de se créer un réseau de relations dans le secteur ovin pour l’aider dans sa démarche. Le démarrage de l’élevage se fait de façon graduelle. Stéphanie et ses proches effectuent eux-mêmes la rénovation et l’adaptation des bâtiments destinés à la production ovine, ce qui a notamment pour avantage de réduire le niveau d’endettement à cette étape critique du projet.

Conciliation travail-études-famille

La Bergerie R.M. inc. voit donc le jour en août 2011 avec l’achat d’un premier groupe de femelles hybrides (Dorset x Romanov) et de béliers (Suffolk). Parallèlement, Stéphanie ambitionne d’améliorer ses connaissances afin de devenir une meilleure gestionnaire d’entreprise. Cela la mène à entreprendre, simultanément avec la mise en activité de la bergerie, un programme d’études professionnelles en production bovine. Ayant déjà en main un diplôme d’études professionnelles en secrétariat et en comptabilité, elle continue ainsi de parfaire ses connaissances, tout en veillant au bien-être de ses 3 enfants et des 120 brebis que compte la bergerie à ce moment. On peut assurément qualifier Stéphanie de femme travaillante, forte et patiente. Les résultats qu’elle obtient en sont la preuve car, au cours de son passage à l’école professionnelle de Saint-Hyacinthe, elle est nommée « élève méritante par excellence » et reçoit la médaille de l’Assemblée nationale qui souligne son engagement et ses bons résultats scolaires.

« Je fais attention aux petits détails que la majorité des autres survolent. »

Stéphanie Racine a su être à l’écoute des différentes personnes-ressources qui ont pris part à la mise sur pied et à la croissance de l’entreprise. Ajoutons à cela ses qualités de femme perfectionniste et minutieuse. Ainsi, elle se distingue aujourd’hui par les très bonnes performances techniques de son élevage, qui sont supérieures aux coûts de production établis par le CECPA (Centre d’études sur les coûts de production en agriculture) avec plus de 90 kilogrammes d’agneau vendus par brebis et 2,41 agneaux vendus par brebis. Dès le début, elle a opté pour des races ovines dont les croisements sont reconnus pour favoriser la production de kilogrammes d’agneaux. L’entreprise utilise les quelques hectares de terrain à sa disposition pour valoriser le pâturage, elle achète l’alimentation du troupeau et elle possède peu de machinerie, une série de choix qui lui permet de réduire les coûts de production.

Quand la vie nous réserve des événements inattendus

Le parcours étonnant de Stéphanie ne s’arrête pas là. En 2014, elle doit affronter une dure épreuve : le cancer. Si elle connaît une période de rémission, elle doit peu après faire face à une rechute, qui la conduit à subir une greffe de cellules souches. Mais Stéphanie reste déterminée et elle consolide les assises de son établissement. Aujourd’hui, l’entreprise compte 350 brebis. Cependant, l’objectif de Stéphanie n’est pas parfaitement réalisé, car elle aspire à devenir autosuffisante le plus possible. À l’heure qu’il est, la petite famille récolte déjà ses propres légumes et élève à la ferme ses propres animaux de consommation (agneaux, cochons, veaux, poulets et poules pondeuses).

Lorsqu’on demande à Stéphanie ce qu’elle envisage pour l’avenir de son exploitation, elle répond vouloir augmenter son troupeau de brebis à 400 têtes d’ici l’an prochain. La combinaison de ses aptitudes et de sa persévérance lui permettra assurément de franchir ce nouveau cap, d’autant plus qu’au printemps prochain, 40 nouvelles agnelles s’ajouteront à son troupeau. Bientôt, elle pourra dire : mission accomplie!

Coup d’œil sur la production ovine du Québec

En 2018, juché au 2e rang au Canada quant à la taille du cheptel d’ovins, le Québec produit un peu plus de cinq millions de kilogrammes d’agneaux (source : La Financière agricole du Québec). Le CEPCA établit le coût de production à raison de 1,57 agneau vendu par brebis, pour un total de 64,4 kilogrammes d’agneaux vendus par brebis.

La relève agricole féminine

La relève agricole féminine prend une place grandissante au Québec. Des données tirées d’une enquête du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation* portant sur la relève agricole mettent en évidence les caractéristiques particulières de la relève féminine. Par exemple, on note que les productrices agricoles s’établissent à un âge plus avancé que leurs collègues de la relève masculine. En outre, les femmes privilégient en plus grand nombre que les hommes la création d’une nouvelle entreprise agricole plutôt que le transfert de ferme.

Partager cet article
S'inscrire
Me notifier des
guest
0 Comments
Inline Feedbacks
Voir tous les commentaires