Pensionnats indiens : des excuses nécessaires à la réconciliation

Tribune libre
Pensionnats indiens : des excuses nécessaires à la réconciliation

La vie est à la fois ombre et lumière. L’histoire des peuples également. Mais quelle page sombre de notre histoire du Québec et du Canada dans son ensemble que celle des pensionnats indiens. Et quelle page embarrassante pour l’Église catholique dont je suis membre.

La découverte récente des restes de 215 enfants autochtones non identifiés dans un cimetière situé tout près d’un pensionnat indien catholique, à Kamloops, a créé une onde de choc : d’abord au sein des Peuples des Premières Nations qui se sont sentis poignardés au cœur, mais également parmi la population allochtone secouée par l’horreur de cette découverte. Et il se pourrait que ce ne soit que la pointe de l’iceberg.

Comme le souligne la Commission de Vérité et de Réconciliation relative aux Pensionnats indiens, «le réseau des pensionnats indiens était un effort de collaboration entre le gouvernement canadien et diverses organisations religieuses dans le cadre duquel plus de 150 000 jeunes autochtones ont été placés dans des pensionnats situés très loin de leur milieu familial, pour y être “civilisés”, scolarisés et convertis au christianisme». Le Québec comptait une douzaine de ces pensionnats. Enlevés à leurs familles, ces enfants étaient coupés de leur communauté d’appartenance, de leur langue et de leur culture. Il s’agissait d’une stratégie d’assimilation du gouvernement canadien pour tuer l’indien dans le cœur de l’enfant.

De 1892 à 1969, ces pensionnats indiens ont opéré grâce à la collaboration entre le gouvernement fédéral et les Églises anglicane, méthodiste, presbytérienne et catholique, cette dernière gérant plus de 70% de ces établissements. Quelques pensionnats ont poursuivi leurs activités jusque dans les années 1990. En 1920, la «Loi sur les Indiens » a rendu obligatoire leur fréquentation. Cruellement, nombre d’enfants indiens ont été retirés de force de leurs familles.

Plusieurs personnes en autorité à l’époque ont sans doute agi en toute bonne foi, en obéissant à une entreprise profondément injuste, blessante et certainement antiévangélique. Mais là où notre indignation devrait être à son comble, c’est que quantité de sévices et de mauvais traitements infligés aux enfants indiens, sans oublier de fréquents cas d’agressions sexuelles, s’y sont ajoutés.

Les blessures ainsi infligées aux Peuples des Premières Nations et aux Inuits demeurent extrêmement vives. Les survivantes et survivants de ces pensionnats sont souvent habités par une profonde souffrance et portent des séquelles psychosociales irréparables. Leur vie a été brisée.

Le chemin de la réconciliation sera long. Cette récente découverte qui s’ajoute au drame des femmes disparues ou assassinées, en plus de la mort tragique de Joyce Échaquan, ne rend que plus ardu le processus de réconciliation à peine entamé.

Au moment d’écrire cette lettre, l’absence d’excuses officielles directes de la part de la Conférence des évêques catholiques du Canada apparaît troublante aux yeux de plusieurs, malgré les regrets et la solidarité exprimés par cette dernière devant ces évènements. En fait, l’Église catholique a toujours maintenu que la responsabilité des pensionnats revenait aux diocèses et aux communautés religieuses qui les administraient, chaque diocèse et chaque institut religieux étant une personne morale légalement responsable de ses actes.

Or, ces diocèses et instituts religieux catholiques se sont déjà excusés par le passé et ils ont versé des indemnités en vertu d’une entente à l’amiable conclue en 2006. Je comprends que la conférence épiscopale canadienne soit hésitante à offrir des excuses à cause des conséquences juridiques et financières potentielles. Pourtant, je ne peux m’empêcher d’espérer que la Conférence des évêques catholiques du Canada trouve le courage nécessaire pour s’aventurer plus loin sur le noble chemin des excuses offertes, et ce, pour plusieurs raisons :

L’ampleur du drame des pensionnats autochtones, dont le rejaillissement est maintenant international.

Le fait que les autorités civiles et les responsables des Églises chrétiennes non catholiques ont déjà présenté leurs excuses officielles.

Les Peuples des Premières Nations ne croient pas une réconciliation possible sans les excuses officielles des plus hautes instances de l’Église catholique qui a géré plus de 70% des pensionnats indiens au Canada.

L’opinion publique québécoise et canadienne trouve honteux le fait que les hautes autorités de l’Église catholique n’aient pas encore présenté de telles excuses.

Sans ce geste, la crédibilité de l’Église catholique risque d’être ébranlée considérablement.

Les excuses de la conférence épiscopale canadienne pourraient inciter le pape François à y joindre celles du Vatican, ce qui faciliterait le processus de réconciliation entre blancs et autochtones. Le pape a récemment demandé que lumière soit faite concernant la découverte choquante faite à Kamloops et il a insisté pour que les droits et la culture des autochtones soient respectés. Il n’a toutefois pas offert d’excuses officielles, ce qui a provoqué beaucoup de déception chez les Peuples des Premières Nations.

Je suis bien conscient qu’il ne m’appartient pas de parler au nom de nos autorités religieuses catholiques. Mais en tant que prêtre de l’Église catholique et curé missionnaire de la communauté abénakise d’Odanak qui compte parmi ses membres certains survivants des pensionnats indiens, je n’ai aucune hésitation à exprimer mes profonds regrets et à présenter mes plus sincères excuses, d’abord aux survivants qui portent de profondes blessures et aux familles ayant souffert de la dure réalité des pensionnats, mais aussi à toute la communauté abénakise et, par extension, à l’ensemble des Peuples des Premières Nations affectés par cette page sombre de notre histoire commune.

Je suis également conscient que toutes les excuses du monde ne suffiront pas à engendrer une véritable réconciliation sans une lutte commune acharnée contre le racisme systémique qui marque notre société et affecte grandement les autochtones. Pas de réconciliation, non plus, sans que notre regard de «blancs» porté sur les autochtones ne change profondément, passant d’un regard marqué par les préjugés à un regard bienveillant et admiratif, reconnaissant la dignité des Peuples des Premières Nations, l’importance de leur histoire, la richesse de leur culture et la beauté de leur spiritualité.

Pierre Houle, prêtre du diocèse de Nicolet
Curé missionnaire auprès de la communauté abénakise d’Odanak

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