Un nouveau récif artificiel au site de plongée de la carrière Flintkote

Par Jean-Hugo Savard
Un nouveau récif artificiel au site de plongée de la carrière Flintkote
Le professeur Serge Rancourt, le finissant Thomas Ernst, ainsi que les frères Pierre-Olivier et Marc-André Dubois (Photo : Courrier Frontenac - Jean-Hugo Savard)

Des membres de l’École nationale d’aérotechnique (ÉNA), affiliée au Cégep Édouard-Montpetit de Longueuil, ont procédé récemment à l’immersion d’un avion de tourisme bimoteur, plus précisément le Piper Aztec C-GNMA, au site de plongée situé à la carrière Flintkote à Thetford Mines.

Au cours des trois derniers mois, des étudiants des programmes de Maintenance d’aéronefs, d’Avionique et de Génie aérospatial ont préparé cet appareil de l’avionneur américain Piper Aircraft construit en 1961. Le tout s’inscrivait dans le cadre d’un projet pédagogique nommé ÉNA H2O lancé par deux passionnés d’aviation et de plongée, soit Serge Rancourt, professeur du Département préenvol de l’ÉNA, et Pierre-Olivier Dubois, ingénieur et chef du secteur Robotique et automatisation au Centre technologique en aérospatiale (CTA).

Des étudiants de première année ont donc pu expérimenter différentes tâches de maintenance directement dans un hangar de l’école se trouvant à l’aéroport de Saint-Hubert, alors que d’autres de troisième année ont mis la main à la pâte en s’attaquant aux tâches plus complexes. «Plus de 80 étudiants ont travaillé sur ce projet pendant 12 semaines. Nous avons récupéré tous les composants pouvant être utilisés sur d’autres appareils similaires et retiré l’ensemble des contaminants que ce soit les graisses, les huiles et le carburant. Tout a été nettoyé de fond en comble pour qu’il ne reste plus rien. Ils ont apprécié y participer et cela a vraiment été magique», a mentionné M. Rancourt au Courrier Frontenac.

La pandémie a, en quelque sorte, contribué à la naissance de ce projet. «J’ai l’habitude de plonger dans les tropiques, mais avec les restrictions je n’ai pas pu y aller au cours de la dernière année. J’ai donc décidé de plonger ici au Québec et je me suis aperçu que c’était quand même agréable. J’ai sondé l’intérêt des quelque 500 participants au groupe Facebook que j’ai créé sur une possible épave d’avion et rapidement tout le monde m’a répondu oui. On m’avait alors suggéré la carrière Flintkote pour la limpidité de l’eau», a dit le Beauceron d’origine.

C’est à ce moment que Pierre-Olivier Dubois et lui ont communiqué avec la propriétaire du site et qu’une entente est survenue. «C’est quand même imposant un avion dans l’eau. Je suis très content que nous ayons pu réaliser ce projet à Thetford Mines», a exprimé M. Rancourt.

Une logistique réglée au quart de tour

Pierre-Olivier Dubois et son frère Marc-André, tous les deux plongeurs techniques, étaient les maîtres d’œuvre de la logistique entourant le transport et l’immersion de l’aéronef. Au cours de l’année, ils ont effectué plusieurs plongées de reconnaissance afin de trouver l’emplacement idéal où le déposer, soit un palier situé à 95 pieds de profondeur et de 40 pieds de large. «Comme l’avion a une largeur de 36 pieds, une stratégie a dû être élaborée afin de simuler toutes les étapes nécessaires. Celle-ci était essentielle et cruciale étant donné le peu de marge d’erreur que nous avions», a expliqué Pierre-Olivier.

Pour réaliser la simulation, l’ingénieur a adapté aux besoins du projet les outils qu’il utilise normalement pour les systèmes robotisés dans le cadre de son travail. Le relief du fond de la carrière a été reconstitué en trois dimensions grâce à une technique de photogrammétrie qui consiste à prendre une série de photos à différents angles, puis de les traiter à l’aide d’un logiciel spécialisé. La même technique a été utilisée avec un drone afin de recréer l’espace tout autour de la carrière.

En ce qui a trait à l’avion, un système de numérisation à basse lumière structurée a permis de recréer un modèle en trois dimensions très fidèle et précis au millimètre près. Les modèles combinés du relief, de l’appareil et même de la grue permettant de le soulever ont été intégrés à l’aide d’un logiciel de simulation et ont permis de prévoir avec finesse chacune des opérations.

La fin d’un beau parcours

Pour le finissant Thomas Ernst, le sabordage du Piper Aztec représente la fin d’un très beau parcours à l’École nationale d’aérotechnique. «Je termine et pendant mes quatre ans je ne me suis jamais ennuyé. Ce projet a été extraordinaire, surtout que le sabordage d’un avion a rarement été fait. Nous avons l’habitude de les voir voler à nouveau, mais dans ce cas-ci il a fallu le démonter entièrement et le décontaminer. Cela a demandé beaucoup de minutie. Pour ma part, j’ai travaillé plus du côté de la websérie. J’ai beaucoup aimé en faire l’animation. C’est maintenant l’étape finale. Nous pourrons voir si tout a bien fonctionné. Nous sommes excités», a-t-il confié lors d’un entretien réalisé la veille.

Un site exceptionnel

Le site de plongée de la carrière Flintkote est reconnu pour la transparence et la couleur turquoise de son eau. Il s’agit d’ailleurs de l’un des plus beaux sites au Québec. Ceinturé de falaises abruptes, il atteint une profondeur de 120 m par endroits. On y retrouve un autobus, des bateaux, une cuisine, différentes sculptures et maintenant un petit avion.

L’endroit attire environ 3000 personnes par année provenant d’un peu partout. «Nous sommes très heureux de recevoir cet appareil de l’ÉNA qui vient bonifier notre site pour le plaisir de nos plongeurs. Peu de lieux dans la province peuvent compter sur un tel attrait sous-marin. Cette acquisition nous démarque certainement», a conclu la propriétaire  Guylaine Cloutier.

Websérie

Cette aventure peut être suivie sur la page YouTube de l’ÉNA.

1er épisode : https://youtu.be/K2AXUUh9NIc

2e épisode : https://youtu.be/Wk_asF5cAkw

3e épisode : https://youtu.be/CYGGeD22yJg

4e épisode : https://youtu.be/sOwohipkNqo

 

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