Immigration : des histoires de persévérance au féminin à découvrir

Par Claude Thibodeau
Immigration : des histoires de persévérance au féminin à découvrir
À l'avant, Maria Helena Albornoz Vasquez qui animera la table ronde, et derrière Mia Guillemette, agente de développement de la TCMFCQ qui chapeaute l'activité. (Photo : www.lanouvelle.net)

Neuf femmes immigrantes témoigneront de leur vécu, le 30 mars en soirée, à l’occasion d’une table ronde virtuelle. Ayant comme thème «Arriver et vivre au Québec», cette rencontre, chapeautée par la Table de concertation du mouvement des femmes du Centre-du-Québec (TCMFCQ), est une initiative de trois citoyennes, Maria Helena Albornoz Vasquez, Mariela Grubert Martinez et Sonia Gagnon.

En lien avec la Marche mondiale des femmes (MMF), l’activité s’inscrit particulièrement dans le cadre de la journée du 21 mars, la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale. Et la table ronde proposée rejoint la troisième des cinq grandes revendications de la MMF, à savoir les droits des femmes immigrantes et racisées.

«Cette revendication touche beaucoup les conditions de vie, le statut des femmes immigrantes avant l’obtention de la résidence permanente et de la citoyenneté. Dans certains milieux, on observe un contrôle à savoir qu’il est plus facile de faire pression sur quelqu’un en attente de son statut. Et on parle de plus en plus d’immigration dans un contexte de travail en prenant des raccourcis et en traitant les immigrants comme de la main-d’œuvre», fait remarquer Mia Guillemette, agente de développement à la TCMFCQ.

«En fait, renchérit Maria Helena Albornoz Vasquez, c’est de traiter les gens à leur juste valeur. Encore aujourd’hui, je dois me battre pour faire valoir mon travail d’ingénieur alors qu’on le traite comme celui d’un technicien. On doit informer les immigrants de leurs droits.»

La table ronde

Maria Helena Albornoz Vasquez animera la rencontre d’une durée de 75 minutes, de 19 h à 20 h 15. «Par cette table ronde, on souhaite montrer à la communauté comment les femmes immigrantes peuvent être différentes l’une de l’autre selon, notamment, les raisons pour lesquelles elles sont venues et les défis auxquels elles font face en arrivant», expose-t-elle.

L’activité se divise en trois blocs de 20 minutes réunissant chacun trois femmes d’horizons différents pour aborder notamment leur parcours migratoire, scolaire et le monde du travail. «L’idée, c’est de faire connaître aux gens le vécu de ces neuf femmes, ce qu’elles ont fait pour se rendre où elles sont et quelles sont leurs aspirations ou leurs rêves, car certaines veulent certainement parcourir encore du chemin», note Mme Albornoz Vasquez.

L’animatrice de la table ronde espère bien pouvoir rejoindre, entre autres, des élus, des représentants de différents ordres de gouvernement (municipal, provincial, fédéral), des gens qui ont une influence politique, mais aussi des personnes issues des domaines de la santé et de l’éducation.

Toutefois, cette activité tout à fait gratuite s’adresse à tous. «Des gens curieux qui, après les avoir entendues, verront ces femmes immigrantes d’une autre manière», souligne-t-elle, tout en faisant valoir l’importance d’atténuer cette peur de l’inconnu. «Il faut s’approcher, faire connaissance avec les personnes immigrantes, leur donner leur place. C’est ce qu’elles souhaitent, comme n’importe quel immigrant, d’ailleurs : avoir sa place. Tendre une main, c’est gratuit. Pourquoi ne pas le faire? Un plus un plus un, cela fera en sorte que la société va devenir plus inclusive», exprime Maria Helena Albornoz Vasquez.

Le récit de ces femmes est extrêmement riche, observe Mia Guillemette. «On réalise que leur charge mentale est très grande, l’éducation des enfants, les soins, la famille, dit-elle. On ne réalise pas tous les sacrifices qu’elles font et toute la persévérance derrière.»

Les femmes immigrantes ayant des enfants représentent, selon elle, «une mini PME à elles seules». «Les qualités et compétences que vous avez dû développer, je trouve cela extraordinaire. Vous avez toujours un bâton de plus dans les roues et, malgré tout, vous vous mettez tellement en action», fait remarquer Mia Guillemette.

Oui, il y a encore à faire pour faciliter l’intégration en immigration. «Par exemple, des gens qui ont le pouvoir et de l’influence pourraient devenir mentors ou parrains. C’est ce qu’on aimerait susciter chez les gens», mentionne Mme Albornoz Vasquez.

Mais une hésitation persiste. Une façon de la vaincre, aller au-devant. «Dans tous les domaines, quand on fait connaissance, les tensions et les jugements s’abaissent», assure Mia Guillemette. C’est ce que croit aussi Maria Helena. «Je le dis aux femmes immigrantes : il faut faire le pas et non attendre qu’on te tende la main. Il faut que tu avances toi aussi.»

Elle l’a d’ailleurs expérimenté. Elle en a tissé des liens. «À chaque emploi que j’ai quitté, j’ai eu des soupers de départ. Tout le monde voulait me dire au revoir», confie celle qui nuance les termes diversité et inclusion. «Le mot diversité fait référence aux différences, alors qu’avec l’inclusion, tu fais l’action pour que les gens se sentent inclus. L’inclusion implique une ouverture d’esprit beaucoup plus grande», exprime-t-elle.

Expérience personnelle

Maria Helena Albornoz Vasquez, originaire du Chili, connaît bien l’émigration. Elle en a fait l’expérience deux fois : elle a d’abord émigré en France où elle a obtenu sa citoyenneté avant de s’en venir au Québec en 2004 pour accompagner son mari qui allait effectuer ses études de doctorat en pâtes et papier à l’Université du Québec à Trois-Rivières.

Après quatre années dans la Cité de Laviolette, son conjoint ayant décroché un emploi chez Cascades à Kingsey Falls, Maria Helena et sa famille ont choisi de s’établir à Victoriaville où elle n’a pas manqué de s’impliquer dans la communauté, notamment à la Maison des femmes des Bois-Francs.

Faisant état de son adaptation au Québec elle relate que son parcours a été plutôt «long et difficile». «On n’a pas été accueilli comme d’autres immigrants. On n’a pas connu de comité d’accueil», précise-t-elle.

Et quand des documents ont été égarés à l’aéroport, il lui a fallu se débrouiller avec l’Internet.

Marie Helena évoque aussi la période durant laquelle sa famille devait payer une coûteuse assurance pour les frais de santé. «J’avais un enfant de 5 ans et un bébé de 8 mois, mais je ne pouvais profiter de la garderie à 7 $. Je n’avais pas le droit non plus aux services d’Emploi Québec pour m’aider dans mon curriculum vitae et ma recherche d’emploi. Le Carrefour jeunesse emploi est le seul organisme qui m’a aidée», se souvient-elle.

Il lui aura fallu 8 mois pour dénicher un premier emploi, 9 ans pour l’obtention de la citoyenneté canadienne et 15 ans avant qu’elle obtienne, en 2019, sa pleine reconnaissance de son titre d’ingénieur, après notamment une formation professionnelle pour les immigrants formés à l’étranger (elle a obtenu en France son diplôme d’ingénieur) et deux examens réussis de l’Ordre des ingénieurs. Ce long parcours, elle ne le regrette pas. «Je suis très persévérante», affirme-t-elle.

Les immigrants, signale-t-elle aussi, développent un sentiment de fierté pour leur terre d’accueil. «Quand on retourne en vacances chez nos parents, on éprouve de la fierté. Je dis, moi Victoriaville, c’est ma ville. Et on ne peut s’empêcher d’établir des comparaisons.»

Le rendez-vous du 30 mars pourrait mener à d’autres rencontres du genre. «À la Table, on voit la pertinence d’organiser d’autres activités de la sorte. Ça donnerait l’occasion d’aborder d’autres sujets qui nous tiennent à cœur et de réunir d’autres femmes pour témoigner. Il y a tellement de femmes incroyables qui ont des choses à dire. Il existe une pluralité d’expériences, de langages et de vision», indique Mia Guillemette

Pour assister à l’événement et obtenir le lien, les intéressés doivent s’inscrire auprès de Mia Guillemette à l’adresse developpement@femmescentreduquebec.qc.ca.

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