Un accident d’hélicoptère et quatre Lifesavers : un Asbestrien raconte son histoire

Par Simon Roberge, Initiative de journalisme local
Un accident d’hélicoptère et quatre Lifesavers : un Asbestrien raconte son histoire
L’hélicoptère de Francesco Spertini s’est écrasé sur une colline dans le Grand Nord québécois. (Photo : gracieuseté)

Pour Francesco Spertini, l’année 1967 a été marquée par l’Expo de Montréal, son mariage et un accident qui aurait bien pu lui coûter la vie. Il a été victime d’un accident d’hélicoptère dans le Grand Nord québécois. Voici le récit d’une semaine de survie en pleine forêt.

Le 27 juillet 1967, Francesco Spertini et son collègue Benoît sont au lac Pluto à plus de 400 km au nord de Saguenay. Ils recherchent de l’uranium pendant des semaines.

«On a fini le travail et on a ramassé les échantillons qu’on avait amassés durant deux semaines, explique M. Spertini, âgé de 30 ans au moment de l’accident. On a fait 10 minutes de vol et il y avait un banc de brouillard. On s’est dit qu’on allait revenir sur nos pas et attendre. En virant l’hélicoptère, j’ai entendu le pilote crier « Frank, mon pitch! mon pitch! « . C’est la seule chose que j’ai entendue, le moteur s’était arrêté.»

L’hélicoptère, un Hughes 300 à deux places, fait alors un grand tour avant de s’écraser au sol.

«J’ouvre les yeux et c’est la noirceur, se souvient M. Spertini. La bulle de l’hélicoptère n’était plus là et j’avais la tête dans une épinette. La première chose que j’ai regardée, c’est le dash. J’ai vu la lumière rouge et j’ai pensé que j’avais attaché 20 litres d’essence à l’hélicoptère avant de partir. Si le moteur fait une étincelle, on va brûler. J’ai dit à mon collègue, qui venait de sortir, de me détacher. En sortant, j’ai vu que j’avais la clavicule qui ressortait. Je commençais à cracher des mottons de sang et il y avait du sang un peu partout.»

Il l’apprendra plus tard, mais Francesco Spertini s’était aussi fracturé plusieurs côtes. Il s’est alors fabriqué un pansement de fortune avec la corde de l’hélice. Les cours de survie en forêt que M. Spertini avait suivis dans l’armée italienne lui ont été d’un grand secours.

«La première chose à laquelle j’ai pensé, c’est que personne ne nous attendait. Avant qu’ils s’aperçoivent qu’on n’est pas arrivés, ça peut être long. On a passé la première nuit en dessous d’une épinette.»

Les deux hommes se sont ensuite construit un abri de fortune avec un rocher, des bouts de bois, une toile, des branches. Ils maintenaient aussi un feu en permanence.

«L’un des dangers les plus importants, c’est le désarroi, admet Francesco Spertini. Je ne croyais pas ça, mais ça peut te prendre d’un moment à l’autre, un découragement total. Je savais où on était, on était à environ 90 km au nord du chantier avancé de la Manic. Ça se fait à pied si on avait quelque chose à manger, mais on n’avait rien. Pour l’eau, il pleuvait tout le temps et on la récupérait dans une pinte d’huile.»

Avec un bout de corde et un hameçon qu’il traînait avec lui en permanence, Francesco Spertini a réussi à se confectionner une canne à pêche. Il n’a toutefois pas réussi à attraper de poissons.

«Sauf que ça m’occupait l’esprit», lance-t-il sans hésitation.

Benoit a aussi trouvé le restant d’un tube de Lifesavers, qui n’ont jamais aussi bien porté leur nom.

«Le soir, on en prenait un chacun», raconte M. Spertini.

Un peu de chance

L’accident est survenu un dimanche. La chance s’est toutefois pointé le bout du nez puisque la journée suivante, le lundi, le patron de Francesco Spertini décide, alors que ce n’était pas prévu, de rejoindre son équipe pour voir ce qu’ils avaient découvert.

«Le mardi matin, on entend l’avion, explique M. Spertini. On a mis tout de suite des branches vertes dans le feu, mais la fumée s’est dissipée trop vite.»

Entre-temps, le patron de M. Spertini, ne sachant pas où se trouvait son équipe, avait déclenché l’alarme. Benoit et Francesco Spertini ont finalement pu signaler leur présence le jeudi soir.

«Ils nous ont jeté des sandwichs. J’ai dit à mon ami d’y aller très lentement, mais il a tout mangé et il a été malade comme un chien toute la nuit. Mon boss m’a envoyé un message dans une bouteille de Seven-up. Il la jette de l’avion et il a failli m’assommer.»

Un hélicoptère d’Hydro-Québec, qui faisait des travaux pas très loin, est venu chercher les deux hommes le vendredi matin.

«Il a fallu nager jusqu’à l’hélicoptère, se souvient M. Spertini comme si c’était hier. On a fait un vol de cinq minutes. Mon boss arrive et me serre dans ses bras. Je pensais que j’allais perdre connaissance.»

L’Asbestrien a été transféré à l’hôpital.

«Quand j’ai enlevé ma chemise, j’ai vu le regard du médecin. J’étais complètement bleu avec de grosses ramures rouges.»

Francesco Spertini a été un mois en congé maladie avant de recommencer à travailler. Il a rembarqué dans un hélicoptère dès l’année suivante.

«J’ai pris une assurance-vie», résume-t-il.

La Tribune

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