Pas de marche, cette année, mais autant mobilisées

Pandémie oblige, la 5e Marche mondiale des femmes, qui devait rassembler plus de 10 000 personnes au Québec le 17 octobre, ne peut se tenir. Mais malgré ce report à l’an prochain, souhaite-t-on, pas question de délaisser la mobilisation pour dénoncer les inégalités.

«On s’est dit que si on ne peut prendre la rue, on peut continuer à prendre la parole parce que des inégalités persistent et que la situation des femmes continue à être problématique», confie Mia Guillemette, agente de développement à la Table de concertation du mouvement des femmes du Centre-du-Québec.

L’organisme fait partie de La Déferlante, ce comité régional de la Marche mondiale des femmes du Centre-du-Québec regroupant aussi la Maison des femmes des Bois-Francs, Solidarité Nord-Sud des Bois-Francs, la Collective FAM (Féministes d’Arthabaska en mouvement), l’AGÉPA (Association des groupes d’éducation populaire autonomes), le Centre de femmes Parmi Elles de Bécancour et la Collective des femmes Nicolet et région.

Avec les logos de La Déferlante et de la Marche mondiale des femmes (Photo www.lanouvelle.net)

La Déferlante a choisi la voie virtuelle pour souligner le 17 octobre la Journée mondiale de la lutte contre la pauvreté, et spécifiquement celle des femmes.

La Télévision communautaire des Bois-Francs a accepté de diffuser une publicité de 30 secondes portant sur les différents visages de la pauvreté. «Par notre action, on veut amener les femmes à reconnaître les inégalités. Mais notre message s’adresse à tout le monde. On veut que tous soient mieux informés et qu’on puisse unir nos voix dans nos revendications. Plus on en parle, plus ça devient un sujet d’échanges et de questionnement pour les gens», fait valoir Mia Guillemette.

Le comité régional se fera présent sur les réseaux sociaux, tous les groupes ayant été mis à contribution. «On a mobilisé nos groupes pour qu’ils nous fournissent des phrases liées à la pauvreté des femmes. On en a reçu un bon nombre. Certaines vont dans la pub télé et d’autres servent à un montage diffusé sur nos réseaux sociaux», indique l’agente de développement.

Du chemin à faire

Si certains progrès ont été enregistrés au fil des ans, tout n’est pas encore au beau fixe. «Non, on n’a pas encore atteint l’égalité. Il reste du chemin à faire, d’autant qu’avec la pandémie, tout a été amplifié. Plusieurs articles révèlent que la situation des femmes en ce moment équivaut à un retour de 30 ans en arrière», signale Marie-Claude Goudreault, agente de développement à la Maison des femmes des Bois-Francs.

À ce propos, elle cite d’ailleurs Simone de Beauvoir : «N’oubliez jamais qu’il ne suffira que d’une crise politique, économique ou religieuse (et j’ajouterais sanitaire) pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devez rester vigilantes votre vie durant».

Mia Guillemette renchérit en soulignant que certains États ont profité de la crise pour cesser les arrêts volontaires de grossesse. «Ils disent que ce n’est plus un enjeu prioritaire. Si ce n’est pas venir jouer dans les droits acquis… C’est choquant de voir qu’on revient sur ces questions qui ont été longuement débattues», exprime-t-elle.

Comme le coronavirus «n’est pas égal avec tout le monde», observe Marie-Claude Goudreault, les femmes, notamment, en font les frais, elles qui se trouvent bien souvent au front, en première ligne, dans des postes de caissière, d’infirmière, de préposée aux bénéficiaires, entre autres. «Elles sont plus à risque, note-t-elle. On voit aussi que les femmes ont plus d’impacts psychologiques de par le « prendre soin ». À souligner d’ailleurs que ce n’est pas naturel chez les femmes. Cela vient de l’éducation. C’est la façon dont on a été éduquée qui explique que les femmes ont plus tendance à prendre soin des enfants et des proches.»

Cela n’est pas étranger, expose-t-elle, à l’augmentation d’anxiété, de stress et de l’insomnie. «Ça vient influencer la charge mentale qui devient plus lourde avec le grand défi que pose la gestion des horaires quotidiens en lien, par exemple, avec la fermeture des écoles, des garderies», souligne la représentante de la Maison des femmes.

Encore aujourd’hui, observe-t-on, les femmes sont surreprésentées dans les emplois moins bien rémunérés ou à temps partiel.

Dans un couple, en matière de conciliation travail-famille, c’est encore bien souvent la femme qui a le salaire d’appoint, celui qu’on va sacrifier si l’un des membres du couple doit demeurer à la maison. «Logiquement, on va conserver le plus gros salaire et c’est la femme qui sera contrainte à rester au foyer», confie Marie-Claude Goudreault.

Pour illustrer ce qui est comme «inscrit dans l’imaginaire collectif», c’est encore la femme qu’on contactera en premier si, par exemple, l’enfant est malade à l’école. «Ça démontre un réflexe socialisé, à tel point, d’emblée, dans la tête, collectivement, c’est la mère qui prend soin de l’enfant. Mais ce n’est pas nécessairement le cas dans la réalité. Ça tend à changer tranquillement», fait remarquer Mia Guillemette.

Plaidoyer pour une relance socioéconomique

Ce n’est pas tant un retour à la normale que souhaitent Mia Guillemette, Marie-Claude Goudreault et toutes les militantes et militants, parce que la normale avant la pandémie n’était pas juste, pas égalitaire.

«La société a besoin de faire des choix, affirme Marie-Claude. Dans ces choix, je souhaite qu’on fasse une belle reconnaissance du travail de ces personnes qui se battent au front pour qu’on en sorte de cette pandémie et à qui on exige de grands sacrifices.»

Une relance plus juste passe aussi, selon les deux agentes de développement, par l’inclusion de la diversité et de l’égalité des genres dans les postes décisionnels des entreprises, par le renforcement du système des services de garde pendant la pandémie et à long terme, mais aussi par un encouragement de l’éducation des femmes. «Principalement vers des carrières scientifiques et en informatique, sans oublier l’encouragement de l’entrepreneuriat féminin et la considération des horaires de travail flexibles», indique Marie-Claude Goudreault.

«La flexibilité, par exemple, ça vaut autant pour les hommes que pour les femmes, poursuit Mia Guillemette. Un papa doit pouvoir aussi en profiter. On le voit avec les congés parentaux. On peut être fier de mettre de l’avant des choses pour les pères qui ont le droit de pouvoir s’impliquer dans la famille. Pourtant, il y a encore un jugement rattaché à ça», soulève-t-elle.

L’idée, en fait, clament-elles, c’est de créer un système dans lequel on considère la part des deux, un système qui cesse de genrer les rôles. «De part et d’autre, on a intérêt à mettre cela de l’avant. Dans le féminisme, assure Mia, certains pensent à tort qu’on se bat que pour nous. Non, on se bat pour une société plus équitable et inclusive. C’est de déconstruire ces rapports genrés.»

À venir dans la prochaine année

(Gracieuseté)

Le comité régional La Déferlante ne chômera pas tout au cours de l’année en soulignant différentes journées thématiques en leur accolant une des revendications formulées pour la Marche mondiale des femmes 2020.

Des revendications touchant la valorisation du travail des femmes, la violence faite aux femmes, la justice climatique et les questions des femmes immigrantes et autochtones.

Ainsi, le comité sera de la partie pour les Journées d’action contre les violences faites aux femmes du 25 novembre au 6 décembre et pour la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale le 21 mars.

En matière de justice climatique, l’action se fera le 24 avril, pas si éloignée du Jour de la Terre (22 avril), dans le cadre du 24 h d’action de solidarité féministe.

Et quelque part au début d’octobre 2021, la situation des femmes autochtones sera mise à l’avant-plan.

Mia Guillemette et Marie-Claude Goudreault terminent en invitant la population à s’intéresser à ces questions d’inégalité, à s’informer sur les revendications. Il suffit de consulter le site  www.cqmmf.org.