Clignotants verts : le pour et le contre

Par Claude Thibodeau
Clignotants verts : le pour et le contre
À Wawick, le directeur Mathieu Grenier approuve le projet. (Photo : www.lanouvelle.net - Archives)

Bien que les conclusions d’un projet pilote mené depuis 2015 dans les MRC de Bécancour et des Collines-de-l’Outaouais apparaissent favorables, l’utilisation des clignotants verts pour les pompiers du Québec ne fait pas l’unanimité dans la région.

En principe, le clignotant vert installé sur le véhicule personnel d’un pompier devrait lui permettre d’être mieux vu et reconnu lors de ses déplacements. Les autres usagers de la route, en présence d’un clignotant vert, pourraient faire preuve de courtoisie et lui céder le passage, si possible.

Le directeur par intérim et coordonnateur du Service de sécurité incendie régional de la MRC de Bécancour, Sébastien Demers, a fait savoir que le projet pilote n’avait apporté «que des avantages au niveau du clignotant et pas d’inconvénients». Il faut savoir qu’un clignotant vert en fonction ne permet aucunement à un pompier de contrevenir aux dispositions du Code de la sécurité routière (CSR).

Pour que le déploiement se fasse, toutefois, les municipalités intéressées devront adopter un règlement en ce sens. Chaque pompier devra aussi obtenir l’autorisation de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) pour munir son véhicule d’un clignotant vert. Il semble que l’utilisation du clignotant n’aurait eu, jusqu’ici du moins, aucune incidence sur les primes d’assurance des sapeurs.

Pour permettre l’implantation du clignotant vert, une modification au CSR a été publiée le 26 août dans la Gazette officielle du Québec. Le règlement doit entrer en vigueur le 10 octobre si aucun amendement n’y est apporté.

Pas à Victo

Les clignotants verts ne feront pas leur apparition de sitôt sur le territoire de la Ville de Victoriaville. Cette option ne comblerait pas un besoin exprimé actuellement, fait savoir Charles Verville, conseiller stratégique aux communications.

«L’ajout récent de pompiers à temps plein permet de répondre adéquatement aux exigences du schéma de couverture de risques», souligne-t-il, ajoutant que, pour l’instant, les autorités allaient observer l’application de la mesure au sein d’autres municipalités. «Nous réévaluerons au besoin notre position si la situation évolue», formule-t-il.

En faveur

À Warwick, le directeur du Service de protection contre les incendies, Mathieu Grenier, voit le projet d’un bon œil, rappelant d’ailleurs qu’en 2015 la Ville avait adopté une résolution pour appuyer le projet pilote. «Je crois que ça peut permettre aux pompiers de gagner un temps précieux. Le but, c’est d’aider les services en milieu rural, d’avoir un meilleur temps de réponse», dit-il, ajoutant qu’en cas d’incendie, chaque minute compte.

Dans ce projet, la clé réside dans l’encadrement, précise-t-il. «Et aussi dans l’éducation populaire. On se doit de sensibiliser la population et de l’informer sur la façon d’agir en présence d’un clignotant vert.

Le directeur Grenier ne pense pas qu’une telle mesure favoriserait des comportements délinquants chez les pompiers. «Si je fais confiance à un pompier pour conduire un camion de plusieurs tonnes valant plus d’un million de dollars, je me dis que je peux lui faire confiance dans l’utilisation de son véhicule personnel avec un bon encadrement», plaide-t-il.

Directeur du service de sécurité incendie de la régie Incentraide, François Arel se montre aussi favorable au clignotant vert. «Quant à nous, cela pourrait s’avérer positif notamment dans le cas d’une intervention sur l’autoroute 20 en présence d’une forte congestion. Il y a des plus», expose-t-il.

À Chesterville également, le directeur David Bergeron voit «plus de bien que de négatif». «Dans notre municipalité, on utilise nos véhicules personnels. Même moi. On n’a pas de véhicule de service identifié (à l’exception des camions, évidemment). Le clignotant vert constitue une façon de nous identifier», explique-t-il.

Il ne s’inquiète pas du comportement routier des pompiers, la très grande majorité étant des personnes responsables. «Clignotant vert ou pas, cela n’empêche pas les comportements délinquants. Mais ils sont peu nombreux», souligne-t-il.

En ce qui le concerne, Toni Marcotte, directeur du service de sécurité incendie de la Régie des 3 Monts, est d’avis que le clignotant vert pourrait véritablement aider le déplacement des pompiers. Du côté de Kingsey Falls, le directeur du service d’incendie, Gilles Dionne, n’observe pas, au sein de sa troupe, un grand engouement vis-à-vis ce projet. «Je n’y vois pas une grande utilité», formule-t-il, ajoutant que le clignotant aurait peut-être pu profiter à l’officier de garde devant se déplacer en entraide vers une autre municipalité. «Mais les modalités de la SAAQ ne semblent pas aller en ce sens», signale-t-il.

À la Régie des Chutes (Daveluyville-Maddington Falls), le directeur Éric Bergeron n’est pas tant favorable, d’autant que 75% des pompiers résident à un maximum de 7 minutes de la caserne où ils doivent tous se rendre lors d’un appel d’urgence. «Le clignotant vert ne change pas grand-chose», note-t-il, ajoutant toutefois qu’on pourrait autoriser les sapeurs qui demeurent plus loin à l’utiliser. «Mais ça peut devenir une grosse soupe chaude advenant une mauvaise utilisation», soulève-t-il.

Pour sa part, Sylvain Beaumier, directeur du service d’incendie de la Régie de la Bulstrode, n’affiche pas une très grande confiance face au projet. «Des automobilistes ont déjà de la difficulté à laisser passer les camions incendie», constate-t-il, ajoutant que rien n’était encore officiel, que tout n’est pas coulé dans le béton puisque différents éléments doivent être encore analysés.

Non dans L’Érable

Il ne faut pas s’attendre, dans la MRC de L’Érable, à voir apparaître ces clignotants verts. Si le directeur du Service de la sécurité publique de Plessisville, Robert Provencher, et le directeur du Service de sécurité incendie régional de L’Érable (SSIRÉ), Éric Boucher, se disent plutôt mitigés, Christian Chartier, directeur du Service de sécurité incendie de Princeville, a une position bien campée : il n’est aucunement favorable à cette mesure qui, estime-t-il, créerait davantage de problèmes qu’autre chose. Et il n’en voit pas l’utilité. «Je ne crois pas que cela permettrait de sauver du temps. Le pompier doit respecter le Code de la sécurité routière. Et chez nous, les pompiers doivent passer par la caserne. Ils ont huit minutes pour arriver avant qu’on ne parte avec les camions», confie-t-il.

Selon lui, le clignotant vert nécessiterait encore davantage de gestion : l’évaluation des dossiers de conduite, l’achat des clignotants. «Que faire, par exemple, si un pompier possède plus d’un véhicule?», se questionne-t-il, sans compter les possibles plaintes formulées par les citoyens vis-à-vis le comportement des pompiers.

Christian Chartier déplore que le gouvernement ait pelleté ce projet dans la cour des municipalités. «Si le gouvernement le souhaite, qu’il rende la mesure obligatoire, sinon ce sera disparate. Certaines municipalités l’autoriseront, d’autres non.»

À Plessisville, le directeur Robert Provencher se questionne sur la nécessité du clignotant. «Ici, on a moins de 10 km pour se rendre à l’intervention. Le jeu en vaut-il la chandelle?», s’interroge-t-il. Il se questionne aussi sur l’efficacité de la mesure. «Les usagers de la route se tasseront-ils? Déjà que certains ne le font pas en présence d’un camion de 30 tonnes (avec gyrophares et sirène)», observe-t-il.

Les questions de la gestion, de l’achat de l’équipement et des primes d’assurance le préoccupent aussi. «Je suis mitigé. C’est simple et compliqué en même temps», fait-il valoir, précisant qu’il aurait souhaité un encadrement provincial pour que tous embarquent dans la galère.

Au moment de l’échange téléphonique, les pompiers ne lui avaient adressé aucune demande pour l’obtention du clignotant vert. Au SSIRÉ, certains pompiers aimeraient bien pouvoir l’utiliser. Mais le directeur Éric Boucher n’est pas convaincu de sa nécessité en milieu rural, où la congestion ne pose pas véritablement problème. «Il y a aussi toute la gestion que cela nécessite, les coûts, la formation nécessaire», fait-il remarquer.

Le directeur du SSIRÉ s’interroge aussi sur l’efficacité. «Le clignotant vert ne procure aucun privilège, note-t-il. Le respect du CSR s’applique. Même avec un véhicule banalisé muni de gyrophares intégrés et d’une sirène, on constate que des automobilistes ne se tassent pas.»

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Clignotants verts : précisions de la SAAQ - La Nouvelle Union et L'Avenir de l'Érable
3 mois

[…] de l’assurance automobile du Québec tient à rectifier une information dans le texte «Clignotants verts : le pour et le contre», paru dans le http://www.lanouvelle.net le 7 […]