L’information au temps de la COVID-19 : un manque d’équilibre et de dialogue

Par Ève Ménard, Initiative de journalisme local
L’information au temps de la COVID-19 : un manque d’équilibre et de dialogue
Marie-Danielle Tremblay est au doctorat en communication et travaille aussi sur des projets en rapport avec l’information et la désinformation. (Photo : gracieuseté)

Des données compilées par une équipe de recherche de l’Université de Sherbrooke révélaient un taux d’adhésion aux théories du complot de 17% au Canada. Plusieurs experts s’entendent pour dire que jamais la désinformation, les fausses nouvelles et les théories du complot n’ont été aussi nombreuses et propagées que depuis l’arrivée de la pandémie.

Marie-Danielle Tremblay est au doctorat en communication et travaille comme assistante à la recherche avec Alexandre Contant, professeur à l’UQAM au département de communication sociale et publique, pour des projets en rapport avec l’information et la désinformation. Selon elle, il faut tout de même demeurer prudent face à de tels chiffres, précisant que ce n’est pas parce qu’une information est davantage propagée qu’automatiquement, plus de personnes y adhèrent. D’ailleurs, il faut absolument démêler la méfiance et l’adhésion aux théories du complot.

Méfiance ou adhésion?

«La personne qui adhère vraiment à une théorie du complot ne va jamais pouvoir se faire démontrer, même si on lui montre toutes les preuves que c’est faux, parce qu’elle pensera toujours qu’il y a une manipulation globale de la perception», souligne Marie-Danielle. En contraste, elle précise que d’autres s’intéresseront aux théories du complot par méfiance envers le gouvernement et des informations qu’il propage. Or, ces personnes pourraient éventuellement être convaincues qu’une théorie n’est pas vérifiée ou exacte, contrairement à la base complotiste.

Une délimitation est donc nécessaire entre «les gens adeptes de théories du complot et ceux qui sont plus méfiants dans un contexte où les informations changent de jour en jour».

L’alternative

Marie-Danielle relève aussi un besoin d’explications simples à travers cette «info-obésité» que l’on connait actuellement. Alors que l’afflux important de nouvelles et de données inonde la collectivité, une partie de celle-ci préfèrera se fier sur des explications qu’elle pourra comprendre facilement.

«Puisqu’ils sont inquiets, ils ne se sentent pas en contrôle ou considèrent qu’il y a trop d’informations contradictoires. Les gens sont donc plus propices à adhérer à des explications simples ou à projeter leur méfiance dans des histoires simples. Mais ça ne veut pas dire que ce sont des personnes qui se radicaliseront jusqu’au point de devenir des complotistes.»

Le contexte actuel joue donc un rôle clé puisqu’il rend la population plus attentive à la diffusion des informations et à la recherche de réponses, surtout que les circonstances actuelles touchent directement tout le monde. Ainsi, si le nombre de personnes qui s’intéressent à la COVID-19 est très élevé, alors les risques de tomber sur toute sorte d’information augmentent et la désinformation aussi, par le fait même, explique Marie-Danielle.

À la recherche de l’équilibre

Ces phénomènes révèlent notamment une baisse de la confiance envers les autorités. «Si les gens ne peuvent plus faire confiance aux personnes qui les informent, à la science, cela laisse vraiment le champ libre à n’importe quel type de croyance. Pour qu’une société fonctionne, il faut un certain consensus sur des faits, des vérités», mentionne la doctorante en communication. «D’un autre côté, la défiance est saine d’une certaine manière. Il ne faut pas non plus croire à tout ce que les autorités disent. C’est de trouver le bon niveau de défiance et de confiance.»

Il s’agit d’un débat très délicat et un équilibre difficile à atteindre, surtout lorsque le discours est déchiré entre deux extrêmes. «Nous avons de la difficulté à avoir des échanges d’opinion et être capables de nous parler. Nous sommes vraiment dans les oppositions.» Marie-Danielle remarque une dérive de la conversation et de l’écoute, situation tout de même inquiétante pour la suite. «Nous passons rapidement à nous crier des noms, à se traiter d’imbéciles sans prendre la peine de comprendre d’où ça vient. Tout le monde peut être enrichi par une conversation, même avec quelqu’un de défiant.»

Elle a l’impression que le dialogue est absent présentement, alors qu’on associe automatiquement les personnes défiantes à des complotistes, et ceux qui se fient aux autorités à des inconscients. «Les gens se placent rapidement dans des boîtes et il n’y a rien entre les deux, alors que tout se trouve toujours entre les deux!»

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