À la tête du terminus pendant plus de 40 ans

Par Claude Thibodeau
À la tête du terminus pendant plus de 40 ans
Tout a été vendu récemment. (Photo : www.lanouvelle.net)

Il a été, pendant une quarantaine d’années, une figure connue pour tous ces passagers voyageant dans les autobus transitant par Victoriaville. Melvin Reynolds a été longtemps propriétaire du terminus. Récemment, il a conclu une transaction concernant le bâtiment qui l’a abrité pendant 10 ans sur la rue Notre-Dame Est.

L’ancien terminus a été officiellement vendu le 16 juillet. Tout comme la maison adjacente qui a logé jusqu’à sept chambreurs. Deux y demeurent encore et devront avoir quitté pour le 16 août. «Je n’ai aucune idée du projet que réaliseront les nouveaux propriétaires dans cette zone commerciale», assure Melvin Reynold en entrevue dans sa résidence tout à proximité.

La transaction a été rapidement conclue, en une semaine à peine. La compagnie Gestion TBV s’en est portée acquéreur, une compagnie formée par les propriétaires d’Armatures Bois-Francs, Éric Bernier et François Vallières. Joint au téléphone, Éric Bernier a fait savoir au www.lanouvelle.net qu’il préciserait d’ici une semaine ou deux la teneur du projet envisagé sur la rue Notre-Dame Est.

Du bonheur

«Je me suis bien amusé», commente Melvin Reynolds en portant un regard sur toutes les années passées à la tête du terminus de Victoriaville.

Si le terminus a fait son apparition vers 1946, Melvin Reynold en a été le cinquième propriétaire, note-t-il, après messieurs Béland, Bergeron, Taschereau et Boisvert. «Ils ont fait chacun 10 ans», signale-t-il.

Melvin Reynolds a acheté en 1977 le terminus situé alors sur la rue Carignan, après avoir travaillé pendant 13 ans comme contremaître à la défunte Rubin. «On était 1200 employés. Cinq ans plus tard, l’entreprise fermait. J’avais pris une bonne décision», note-t-il.

Au fil des ans, le terminus a changé d’adresse. Après l’avoir opéré pendant 22 ans sur la rue Carignan, le terminus a ensuite eu pignon sur rue au Carrefour des Bois-Francs pendant 9 ans, avant de s’installer sur la rue Notre-Dame Est pour une dizaine d’années, de 2009 à 2019. Melvin Reynolds a apprécié toutes ces années passées au terminus. «J’ai bien aimé le contact avec le public», exprime l’homme à la parole facile et au rire communicatif.

«L’atmosphère était bonne aussi avec les compagnies», évoque-t-il, du moins jusqu’à ce qu’il y ait changement de mains. Il se rappelle notamment le temps des quatre compagnies qui opéraient à ses débuts : Autobus Drummondville, Voyageur, Autobus Bois-Francs et Autocar Victo qui avaient chacune leur trajet, leur liaison. Melvin Reynolds garde aussi en mémoire le combat mené, à un certain moment, aux côtés du maire de l’époque, Alain Rayes, et du préfet Lionel Fréchette pour conserver le service qu’on voulait fermer à Victoriaville au détriment de Drummondville où un terminus flambant neuf avait été construit. «Je me suis battu. Je trouvais que Victoriaville se devait d’avoir son terminus.»

Les temps ont bien changé. Bien des terminus ont disparu aujourd’hui. «De véritables terminus avec salle d’attente, il n’en reste que 11 au Québec», indique Jocelyne Roy, la conjointe de M. Reynolds. Par ailleurs, le développement des technologies a amené certaines embûches pour l’exploitant du terminus, notamment le fax. Des entreprises, délaissant l’autobus, ont opté pour le fax pour acheminer des contrats et des soumissions.

«À l’époque, l’Imprimerie d’Arthabaska expédiait ses épreuves par autobus. Tout cela, ça amenait de l’eau au moulin», précise Mme Roy. L’arrivée de l’Internet également n’a pas été sans conséquence pour le propriétaire du terminus de Victoriaville. «Ce qui nous a beaucoup nui, ce sont les billets en ligne. La compagnie nous a coupé les commissions. Et malgré tout, il nous fallait continuer à donner le service au client, à l’héberger et à l’informer», relate Melvin Reynolds.

Fini aussi les commissions sur les correspondances, «les interlignes», comme il le dit. Un truc qui, cependant, a toujours bien fonctionné : l’expédition de colis. «Qu’on les reçoive ou qu’on les envoie, nous touchions toujours notre commission. Ça allait toujours bien à la fin. On était encore dedans, on était dans les prix. Et pour la vitesse de livraison, c’est nous qui étions les plus rapides», affirme-t-il.

Certains irritants ont aussi agacé Melvin Reynolds et Jocelyne Roy vers la fin, comme l’obligation, en vendant les billets, de noter le nom des clients, leur courriel et numéro de téléphone. Certains clients n’appréciaient pas tellement. «Avec les courriels, la compagnie faisait la promotion des billets en ligne. C’est comme s’ils nous demandaient de nous tirer dans le pied», fait remarquer Jocelyne Roy. «C’est un peu tout ça qui, à la fin, a tué le plaisir de travailler», renchérit M. Reynolds.

Des anecdotes

Ils en auraient long à raconter au sujet de toutes ces décennies. Quand on les interroge sur certains faits particuliers ou certaines anecdotes, l’explosion d’une bombe sous le véhicule d’un motard vient en tête de liste. C’était en mars 1985, rue Carignan. Des motards occupaient des espaces au sous-sol du terminus. Un appel des policiers en pleine nuit a brusquement réveillé Melvin Reynolds qui a cru, l’espace de quelques secondes, que tout avait été détruit. Or, la déflagration n’a fait voler en éclats que des vitres.

L’homme et la femme se souviennent aussi d’une autre alerte à la bombe. Tôt le matin, Jocelyne Roy a constaté qu’un objet avait été lancé sous une voiture. «Je suis allée voir. C’était un sac brun ou une boîte. La police a été appelée, un périmètre a été érigé. Le terminus et le Provigo avaient été évacués. Un robot a fait exploser le colis suspect. Il s’agissait de fusées de signalisation», dit-elle.

Pendant l’opération, Melvin Reynolds continuait à préparer des billets d’autobus près du chemin de fer (la piste cyclable actuelle). Jocelyne Roy ne pourra oublier non plus son stressant passage à la cour pour témoigner au procès du meurtrier d’un chauffeur de taxi. «Je lui avais vendu un billet pour Rimouski, je crois. Il avait payé avec trois billets de 20 $, des billets «repassés», sans pli, comme le faisait le chauffeur de taxi. Ça m’avait frappé. Les policiers les avaient saisis pour prélever les empreintes. Le suspect avait été cueilli par les policiers à sa descente d’autobus», raconte-t-elle.

Ils pourraient continuer ainsi à évoquer de nombreux souvenirs. «On en a eu de l’action au cours des années», résume Jocelyne Roy. Melvin Reynolds admet que ça lui manque. «J’aurais continué un bout de temps. Mais avec certaines affaires plates, c’est moins fâchant de lâcher.  Oui, ça me manque le contact avec le public, et elle (Jocelyne) aussi», conclut-il.

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