Casse-tête pour les éleveurs de sangliers

Par Jasmine Rondeau, Initiative de journalisme local
Casse-tête pour les éleveurs de sangliers
Les clôtures de l’élevage de François Bélisle et Lise Chartier ne correspondent pas aux nouvelles normes en vigueur depuis 2018, mais aucune évasion n’a été rapportée par la ferme en 35 ans de possession de sangliers. Le ministère de la Faune a autorisé les producteurs à garder leurs installations telles quelles, tant que des travaux majeurs ne sont pas effectués. (Photo : La Tribune, Stephanie Vallieres)

En 35 ans de possession de sangliers, François Bélisle n’a jamais connu d’évasion dans son troupeau. Or, la nouvelle réglementation gouvernementale, qui vise à éviter ce genre d’incidents, lui donne bien des maux de tête depuis son entrée en vigueur en septembre 2018. 

Les clôtures des enclos de sangliers à la ferme Lait sangliers des bois ne sont pas à l’image des nouvelles exigences, mais ont tout de même été approuvées par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs à la manière d’un droit acquis. Or, s’il vient à effectuer des modifications majeures à ses installations, le producteur devra s’y plier et estime qu’il devra débourser près de 80 000 $ pour les respecter.

Depuis le 5 septembre 2018, tout Québécois qui possède un sanglier doit être enregistré, soit comme exploitation agricole au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, soit par le biais d’un permis émis par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs.

Pour tout individu qui détient des sangliers, les normes maintenant renforcées pour les enclos se déclinent en cinq options, qui incluent soit d’enfouir la clôture, soit de la fixer sur un sol qui ne peut pas être creusé par l’animal ou bien de la doubler. Un fil électrique à la base de la clôture est également exigé dans le cadre de certaines options. La date limite pour se conformer à ces normes, sauf pour les producteurs qui en sont exemptés, a récemment été repoussée au 31 décembre 2021, alors que l’échéance était précédemment fixée à septembre 2020. Une hauteur de 1,8 m est également requise, de même qu’une forme et un diamètre bien précis pour la broche de la clôture.

«On a fait partie des discussions pour la réglementation et j’ai toujours répété la même chose : on est des éleveurs, ce n’est pas dans notre intérêt que les animaux se sauvent. C’est notre gagne-pain», plaide M. Bélisle.

Selon lui, les évasions sont beaucoup plus susceptibles d’arriver après un achat récent et non dans un élevage comme le sien, qui possède ses propres laies et son mâle reproducteur. «Un sanglier, ça veut retourner chez lui. Même si les miens se sauvaient, je serais capable de les ramener avec une chaudière de nourriture.»

Normes dissuasives 

Frédéric Poudrette, président de l’Association des éleveurs de sangliers du Québec, ne note pas de recrudescence marquée des élevages de sangliers ces dernières années, mais affirme recevoir de nombreux questionnements de la part de potentiels intéressés. «Avec la nouvelle réglementation, il y en a beaucoup qui vont lâcher, parce que ça coûte excessivement cher. Si quelqu’un veut avoir deux sangliers chez lui parce qu’il trouve ça mignon, il va devoir débourser 150 $ par année pour le permis et il faudra que les agents de la faune viennent visiter son enclos pour l’approuver.»

Mme Chartier constate la même chose. «Aujourd’hui, on ne vend plus de bébés, mais avant, ça arrivait souvent que je reçoive des appels de la part de gens qui voulaient en acheter. Encore même ce printemps. Après leur avoir parlé des clôtures et du permis, ils laissent tomber», témoigne-t-elle.

M. Poudrette, qui possède la ferme Renaissance à Weedon, est actuellement en processus d’inspection de ses installations par des agents de la faune, afin de déterminer s’il devra effectuer des modifications ou non.

Programme d’aide 

Un programme d’aide a récemment été annoncé par le Ministère pour aider les producteurs à mettre leurs enclos à niveau. Une contribution de 70% des dépenses jusqu’à concurrence de 50 000 $ peut être accordée. Le hic, c’est que les producteurs doivent payer eux-mêmes les travaux d’abord, après avoir soumis leur projet au plus tard le 30 septembre 2020, déplore M. Bélisle. «On est à sec. On n’a pas de liquidités! partage-t-il en référence aux pertes de revenus majeures engendrées par la COVID-19. Si on ne le fait pas là, est-ce qu’on sera pénalisés plus tard?»

La Tribune

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