Solitude accrue pour plusieurs, durant cette crise

Par Line Lacaille, psychothérapeute, travailleuse sociale
Solitude accrue pour plusieurs, durant cette crise

De tout temps et dans toutes les civilisations, la solitude a été un phénomène complexe qui a transporté l’être humain dans le paradoxe de l’ivresse de liberté et de la malédiction. Animal social, l’être humain a besoin de l’autre pour se développer, mais rêve aussi d’indépendance et de l’identité qu’il développera grâce aux fruits de la liberté.

Le concept de solitude est nébuleux, puisqu’il pose le problème de différencier la solitude recherchée de celle infligée et ressentie comme un manque, sans la confondre avec l’isolement social. Pour le propos de cette chronique, j’aborderai la solitude imposée comme un manque de lien social et relationnel. Cette solitude qui fait mal; cette solitude qui, silencieusement, fait ses ravages dans nos communautés.

Notre capacité à affronter les périodes de solitude dépend en partie de notre caractère, de nos attachements précoces et de notre capacité à développer une bonne estime de soi, comme individu séparé et individué. De bons attachements sécuritaires et affectueux (dans la petite enfance) permettent d’aider nos enfants à développer un sentiment de complétude et les aideront à traverser ces périodes de solitude. De plus, quand l’enfant grandit et qu’il peut se développer comme il le souhaite tout en maintenant un lien avec les personnes responsables de ses attachements significatifs, il développe les capacités d’adaptation nécessaires pour affronter l’isolement.

Les crises comme celle de la COVID-19 sont imprévisibles et peuvent provoquer l’isolement social de beaucoup de personnes. Nos capacités de résilience et d’adaptation sont alors sollicitées. À titre d’exemple, la distanciation sociale et la quarantaine des derniers mois ont été nécessaires pour éviter de propager le virus et ainsi aggraver les conséquences de l’épidémie. Paradoxalement, ce qui nous a protégés a pu aussi être une source supplémentaire de risque pour la santé psychologique. Nos besoins de contacts ont été entravés et ont apporté une augmentation importante du sentiment de solitude et de détresse.

Alors que la plupart d’entre nous sont dans la phase d’un déconfinement qui nous inspire l’espoir d’un été avec nos proches, pour certains, ce déconfinement sonne le glas d’une solitude prolongée. En effet, la solitude et l’isolement social sont la représentation même d’une épidémie sociale qui touche des milliers de personnes depuis plusieurs décennies et qui s’accentue depuis l’arrivée de la COVID-19.

Les conséquences de cet isolement social ou d’une solitude ressentie sont la dépression, l’anxiété, les troubles alimentaires, l’augmentation des dépendances et même des problèmes de santé physique. Plusieurs recherches ont démontré que la prévalence de la solitude ressentie était en hausse dans les grandes villes du monde et qu’elle était prédicatrice du développement précoce de multiples problèmes de santé.

Malheureusement, le sentiment de solitude s’accompagne souvent de honte et de l’impression de ne pas être à la hauteur. Dans nos sociétés, le fait d’être seul est synonyme de honte sociale. Bien que les plus démunis de nos sociétés soient les plus à risques de vivre de l’isolement social, la recherche a pu démontrer que la plupart du temps, la personnalité n’avait pas d’impact sur les causes de la solitude imposée.

La solitude est l’amalgame de plusieurs causes et peut arriver à tout le monde à un certain moment de la vie. La solitude n’est pas un échec personnel ou social, n’est pas un défaut de la personnalité ou un signe de faiblesse. La plupart du temps, elle est passagère et situationnelle.

Si vous ressentez de la solitude, n’hésitez pas à contacter les ressources communautaires qui s’adressent aux personnes seules. Il est recommandé de maintenir des activités professionnelles, mais aussi toute activité permettant de faire des choses que vous aimez. Contactez sans honte les gens pour qui vous avez de l’estime et maintenez le lien avec vos proches. Évitez de vous culpabiliser et de vous juger. Consultez au besoin.

Si vous avez un proche seul, maintenez le contact et faites-lui savoir que vous êtes toujours là. Démontrez de l’écoute envers cette personne et tentez de savoir si elle a des besoins. Informez-vous de la santé physique et psychologique de cette personne. Si elle est malade, assurez-vous qu’elle continue ses traitements. Si la personne consent à vous voir, essayez de l’inviter à faire ses courses avec vous ou à participer à des activités.

Seules la collaboration et la solidarité sauront nous prémunir d’une épidémie de solitude.

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