La Volte-Face : il faudra gérer l’après-confinement

Par Manon Toupin
La Volte-Face : il faudra gérer l’après-confinement
Julie Croteau, directrice générale de la Volte-Face (Photo : Archives)

Paradoxalement, la Volte-Face, ressource communautaire d’aide et d’hébergement pour femmes et enfants victimes de violence, n’est pas remplie pleine capacité. C’est après la période de confinement décrétée par le gouvernement du Québec que l’achalandage sera probablement en forte hausse.  

C’est donc l’après-confinement que la directrice générale de l’endroit, Julie Croteau, est à préparer. D’entrée de jeu, elle n’a pas manqué de souligner qu’en cette période, les femmes sont plus vulnérables que jamais face à la violence conjugale. «Celles qui se retrouvent en confinement, avec un conjoint violent, ont moins de façons de se protéger», a-t-elle expliqué.

En effet, plusieurs d’entre elles disent marcher sur des œufs, achetant la paix alors qu’elles sont en présence, 24 heures par jour, de leur conjoint. Même chose pour les enfants qui sont aussi à la maison, n’ayant plus accès à un réseau scolaire qui pouvait leur apporter un soutien.

Cela est également sans compter les nouveaux cas de violence qui surgiront dans des familles, stressées par une perte d’emploi ou encore une situation de vie inhabituelle qui apporte son lot d’inconnu.

Si certaines femmes se retrouvant dans une telle situation n’hésiteront pas à appeler pour obtenir de l’aide, d’autres seront plus craintives, ne trouvant pas le moment où elles seront seules pour le faire. C’est lorsque la situation reviendra à la normale que le nombre de femmes, en quête des services d’hébergement ou autres qu’offre la Volte-Face, sera à la hausse.

Actuellement, le nombre de personnes hébergées dans la ressource a grandement diminué, et ce, pour différentes raisons. Certaines femmes étaient rendues à ce stade de leur processus alors que d’autres, lorsque les mesures de confinement ont été mises en place, ont choisi de partir parce qu’elles trouvaient difficile de rester en communauté dans ces circonstances.

«Nous avions un taux d’occupation de 160% au 12 mars, ce qui représente 16 personnes (7 femmes et 9 enfants)», explique Julie.  C’est à ce moment que les mesures ont été mises en place par le gouvernement et montré à l’équipe en place les défis que représentait, dès lors, l’approvisionnement pour tout ce monde. Mais au fil des jours, l’occupation a diminué ce qui laisse du temps pour organiser la suite. «Nous avons encore des appels, mais les filets de sécurité pour les femmes, les mesures alternatives, sont moins évidents», confie la directrice générale. Les intervenantes sont disponibles pour des interventions téléphoniques pour aider le plus possible la clientèle déjà fragilisée. «Il faut leur dire que même en confinement, la violence n’est pas acceptable. Et que même si elles sont atteintes de la COVID-19, elles peuvent venir à la Volte-Face. Nous avons mis en place un protocole», rassure-t-elle.

Comme ailleurs, le personnel est réduit de 20%, certaines personnes ayant des conditions qui les empêchent de travailler en cette période d’épidémie. «Heureusement, dans notre personnel sur appel, il y en a qui sont en milieu scolaire, donc disponibles», note Julie en précisant que la pénurie de personnel se faisait déjà sentir avant le début de la crise, surtout pour les quarts de nuit. «En ce sens, nous sommes semblables aux CLSHD», dit-elle encore.

Julie invite également les proches ou les employeurs à communiquer avec la ressource s’ils suspectent de la violence conjugale. «Nous allons trouver un moyen, voir avec eux comment les référer», souligne-t-elle. Chose certaine, il faut demeurer aux aguets et parfois le simple fait de rester dans le décor, comme l’indique Julie, que ce soit par un coup de téléphone ou une visite virtuelle, peut freiner la violence.

Préparer l’après

Tout cela fait en sorte qu’il faut trouver des moyens pour assurer la suite des événements, lorsque les femmes et les enfants trouveront le moyen de venir à la maison d’hébergement. «Mais c’est sûr qu’avec les mesures, nous ne pourrons plus avoir un taux d’occupation de 160%», estime-t-elle.

Elle s’attend à un fort achalandage qu’elle prépare. Parce qu’après, il faudra mettre en place des nouvelles façons de faire. «Nous ne refuserons personne, mais pour celles qui devront être isolées, surtout pour celles qui ont des enfants (difficile de confiner mère et enfants dans une seule chambre sans salle de bain privée), nous sommes à faire des ententes avec d’autres maisons et même à chercher des hébergements alternatifs tout en assurant leur sécurité», contextualise-t-elle.

Pour la Volte-Face, donc, la vague est à venir. «Il faut être créatives. Tous les scénarios sont envisagés», dit-elle. Afin de se préparer à cette suite des choses, des sommes ont été annoncées par le fédéral et l’organisme a déjà reçu de petits montants du provincial. Heureusement d’ailleurs puisque les activités de financement de la Volte-Face ne seront pas nombreuses cette année et amèneront un manque à gagner dans le budget. Déjà le tirage annuel a été annulé et Rock la Cauze, dont la Volte-Face était la cause retenue pour 2020 (pour recevoir un don selon l’argent amassé), est reporté en 2021.

Ligne d’écoute 24h/7h : 819 795-3444, www.lavolteface.org

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