BAPE-amiante : de nombreuses interrogations à élucider

Tribune libre
BAPE-amiante : de nombreuses interrogations à élucider
(Photo : Archives)

Depuis 40 ans, le Bureau d’Audiences Publiques sur l’Environnement (BAPE) est mandaté par le ministre de l’Environnement pour l’éclairer de façon impartiale sur un dossier en particulier. En ce moment, le BAPE-amiante doit aussi étudier l’éventuelle valorisation des résidus miniers amiantés.

Un projet majeur, Alliance Magnésium, officiellement nommé Magnola 2, pourrait se construire cet hiver pour extraire du magnésium de ces résidus, comme a essayé de le faire Magnola il y a 20 ans, sans succès. À l’époque, le BAPE Magnola concluait que l’entreprise était trop risquée, car son procédé d’électrolyse au chlore générait des poisons hautement toxiques, dont dioxines, furannes, BPC… ainsi que 10% des GES industriels du Québec. Malgré cet avis, le gouvernement a émis un décret pour autoriser la construction de l’usine, qui a coûté 1,3 milliard au lieu des 730 millions prévus!

Les craintes se sont rapidement avérées fondées : diverses analyses ont prouvé la forte contamination par ces Polluants Organiques Persistants (POP; très volatils, de longue durée et biocumulables), par exemple dans la chair des chevreuils, tués par des chasseurs dans la région (étude réalisée par l’Université d’Ottawa).

Il est demandé au BAPE actuel de se prononcer sur la pertinence de valoriser les résidus miniers d’amiante, sauf que la Commission n’a reçu aucune information pertinente du ministère de l’Environnement sur ces risques sanitaires et environnementaux induits par la méthode d’électrolyse au chlore, alors que ces émanations atmosphériques sont considérables. Le mandat de la Commission est biaisé si elle ne peut les prendre en compte … La directive 019 signale pourtant que les émissions atmosphériques générées font partie intégrante de la définition des «résidus miniers». Aussi, le ministère de la Santé mentionne qu’aucune valorisation «ne devrait être permise à moins d’avoir l’assurance que d’autres substances (silice, dioxines, furannes, etc) ne viendront pas contaminer l’environnement».

En vertu de l’article 31.1.1 de la Loi sur la Qualité de l’Environnement et compte tenu du fait que :

 Le nouveau procédé d’Alliance Magnésium emprunte aux technologies de Magnola 1 (fermée après deux ans d’essai) et de Norks Hydro, toutes deux responsables d’une forte contamination par les organochlorés, en plus de générer beaucoup de GES

 On dispose d’une documentation scientifique étayée sur ces risques technologiques majeurs : rapport du BAPE 124 sur Magnola 1, étude par l’École Polytechnique, diverses analyses réalisées sur les écosystèmes (Institut Armand Frappier) et sur le lait des troupeaux bovins et caprins (CEAEQ).

 La situation de cette nouvelle usine de magnésium au coeur du plus gros bassin laitier au Canada (Estrie et Bois-Francs) fait craindre la possible contamination de ce secteur, en raison de la propension de ces dioxines et furannes à se bioconcentrer dans les matières grasses

 L’expérience traumatisante de Magnola 1, en plus du gaspillage de 300 millions de $ de fonds publics sans réussir à bien fonctionner, a soulevé une très forte mobilisation citoyenne (Comité de citoyens, Coalition pour un Magnola propre, Collectif de lutte aux organochlorés…).

 Alors que nous n’avons vu aucun avis public nous permettant de vous exprimer nos craintes concernant le nouveau projet d’Alliance Magnésium et que la petitesse de leur usine-pilote ne permet pas d’avoir une réelle évaluation des risques de contamination atmosphériques (surtout par les évents et les bassins de résidus), c’est pourquoi une centaine de citoyens de la région vous interpelle, M. Charrette.

Nous vous adressons, M. le ministre de l’Environnement, cette requête particulière de demander au BAPE-amiante de tenir une enquête sur la question environnementale concernant la valorisation pour extraire du magnésium par le procédé d’électrolyse au chlore; cette technologie sur les résidus miniers amiantés n’a jamais prouvé sa viabilité.

NB : plusieurs références qu’on ne peut inclure dans cette lettre ouverte vous seront transférées, M. Charrette.

Sylvie Berthaud, porte-parole de GROUVIDHAM (groupe pour préserver la vie dans la région de Ham), appuyée par une centaine de citoyens de la région.

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