Concert sur la banquise : une première mondiale pour Hélène Lemay

Concert sur la banquise : une première mondiale pour Hélène Lemay
Sur la banquise : Bernard Voyer, l'explorateur, Jimmy Lahaie, guitariste, André Moisan, clarinettiste, le commandant du bateau, Christophe Colaris et Hélène Lemay, tromboniste. (Photo : gracieuseté)

 

Lorsqu’elle avait 12 ans et qu’elle a commencé à jouer du trombone, à Warwick, Hélène Lemay ne se doutait pas que son instrument la mènerait jusqu’à l’Antarctique, où elle a eu la chance d’offrir une performance musicale sur une banquise en mouvement, il y a quelques jours.

@R:Il s’agit d’une première mondiale pour elle et deux autres musiciens qui l’accompagnaient, soit le clarinettiste de l’Orchestre symphonique de Montréal André Moisan et Jimmy Lahaie, guitariste et compositeur de renom. L’organiste bien connu, Jean-Willy Kunz, était aussi du voyage, mais n’a pu jouer sur la banquise pour des raisons techniques, on l’aura compris.

«Je suis encore sur un nuage. Nous avons vu et vécu tellement de belles choses», a-t-elle dit, quelques jours après son retour de cette croisière en Antarctique qui a eu lieu du 5 au 15 janvier. Il faut dire qu’Hélène Lemay travaille sur le projet depuis deux ans maintenant. C’est grâce au croisiériste Ponant et l’organisateur d’événement Caméléo que les musiciens ont pu faire cette prestation hors du commun.

Initialement, le quatuor avait comme mission de présenter le spectacle multimédia «Exploration sonore», en compagnie de l’explorateur Bernard Voyer qui était aussi du voyage, à bord du bateau L’Autral. Mais les musiciens en ont offert bien davantage, trop heureux de vivre ce périple avec les passagers, l’équipe de 13 scientifiques et les membres d’équipage. «Jouer sur la banquise, ce n’était pas prévu. Le capitaine nous a offert de le faire à quelques minutes d’avis. C’était pour moi un rêve, mais je ne pensais jamais qu’il se réaliserait», a-t-elle raconté, encore ébranlée de ce qu’elle a vécu.

Pour ce faire, il fallait respecter plusieurs règles de l’IAATO (International Association of Antarctica Tour of Operators), dont le choix d’une banquise solide et stable. La sécurité des musiciens et des spectateurs qui sont venus en zodiac en groupe de 10 était assurée par l’équipe de scientifiques. «Il fallait également une banquise où il n’y avait aucune vie animale», précise Hélène.

Une fois toutes les conditions remplies, les musiciens ont été amenés sur les lieux. Et dès qu’ils se sont mis à jouer, des manchots Adélie sont apparus, curieux de voir ce qui se passait et, surtout, d’où venait cette musique qu’ils n’avaient pas l’habitude d’entendre. «Ils s’approchaient et repartaient. Ils ont pu entendre du Mozart, du blues, du jazz et ont particulièrement apprécié «When The Saints Go Marching In»», a relaté Hélène. Un moment fort de l’expédition, fascinant pour tous.

Le trio n’avait pas eu le temps de préparer un répertoire pour l’occasion, mais est parvenu à offrir une dizaine de pièces différentes, de styles variés, pour plaire à tous. «Les manchots se sont même approchés en dansant d’une manière particulièrement cocasse. On aurait même cru qu’ils applaudissaient», a-t-elle remarqué. Les scientifiques ont confirmé que leur comportement face à la musique était pour le moins surprenant.

Les musiciens sont finalement demeurés sur la banquise deux heures à jouer devant un public humain et animal. «Il faisait entre -5 et -10 puisque c’est l’été là-bas. Moi j’ai pu jouer avec mes gants, mais les deux autres ne pouvaient pas. Mais à force de jouer, on s’est réchauffé», se souvient-elle.

Les instruments, non habitués d’être exposés à de telles températures, ont quand même bien répondu à la demande. «La clarinette d’André était en plexiglas et la guitare a bien tenu le coup», a-t-elle souligné.

Un voyage au bout du monde

La croisière en Antarctique lui a permis de découvrir des paysages à couper le souffle, dans un environnement peu fréquenté par l’humain, accessible trois mois par année et où il fait clair 23.5 heures par jour.

Pour y participer, des papiers du médecin ont été nécessaires puisque le bateau se retrouve à quatre jours de voyage de la civilisation. Hélène a eu cette chance, grâce à la musique. «Je suis fière de parcourir le monde et me démarquer avec mon trombone», apprécie-t-elle.

On a déjà vu des groupes jouer sur le continent Antarctique, comme Metallica par exemple ou un pianiste, sur un glacier, mais dans l’Arctique. La prestation d’Hélène Lemay, d’André Moisan et de Jimmy Lahaie, sur une banquise en mouvement, est donc une première mondiale, établie par des musiciens québécois. D’ailleurs, ils attendent avec fébrilité une homologation pour le «Livre des extrêmes» ainsi que pour l’inscription de cet exploit dans le livre des records «Guinness».

«Nous avons reçu de bons commentaires, dont ceux du commandant qui a eu beaucoup de plaisir. Il a même fait en sorte que nous allions encore plus loin dans le continent. Même Jean Lemire, dans son expédition, n’est pas allé aussi loin», apprécie Hélène. Elle se souviendra longtemps de ce voyage, de l’immensité, du silence.

Une tournée à l’autre pôle

À peine revenue au Québec, Hélène Lemay se prépare déjà à repartir, pour l’autre pôle cette fois. En effet, une tournée d’une dizaine de jours la mènera jusqu’à Whitehorse (Yukon) et Yellowknife (Territoires du Nord-Ouest), en passant par Winnipeg (Manitoba) et Edmonton (Alberta).

Auparavant, elle aura été de passage à Warwick pour le spectacle de La Verdine, qu’elle organise à l’église de l’endroit, le 9 février, dans le cadre de sa Série culturelle.

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René Provencher
René Provencher
1 année

Bravo voilà un exploit inusité