Santé : une molécule anti-cancer développée à l’UQTR

Par Stéphanie Paradis
Santé : une molécule anti-cancer développée à l’UQTR
Les Drs Carlos Reyes-Moreno et Gervais Bérubé, professeurs et membres du Groupe de recherche en signalisation moléculaire (GRSC) de l’UQTR (Photo : Stéphanie Paradis)

C’est par un heureux hasard que les Drs Gervais Bérubé et Carlos Reyes-Moreno, tous deux professeurs et membres du Groupe de recherche en signalisation moléculaire (GRSC) de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), ont découvert que leurs recherches respectives, une fois jumelées, pourraient avoir un impact plus qu’important dans le traitement du cancer.

C’est d’ailleurs sur le cas du cancer de la vessie que les professeurs Reyes-Moreno et Bérubé ont décidé de pencher leurs recherches.

Carlos Reyes-Moreno, professeur au département de biologie médicale, effectuait des recherches sur le rôle de l’inflammation autant pour le développement du cancer que pour son traitement.

Au même moment, Gervais Bérubé, professeur au département de chimie, biochimie et physique, venait tout juste de recevoir des données sur une molécule tout droit sortie de son laboratoire. Celle-ci avait, contre toutes attentes, des propriétés anti-inflammatoires, anti-cancéreuses et anti-métastatiques. Cette molécule appelée DAB-1 est un dérivé de l’acide para-aminobenzoïque.

Alors que le Dr Reyes-Moreno teste les molécules et les signaux cellulaires, le Dr Bérubé tente de créer des molécules plus performantes que les précédentes. «Le Dr Bérubé a le génie pour déceler les modifications qu’on peut apporter à une molécule en se basant sur des activités déjà connues d’autres molécules», souligne le Dr Reyes-Moreno.

Dans le cadre de cette recherche, leurs domaines sont ainsi interreliés. «On a deux expertises complémentaires et c’est ce qui est intéressant de notre équipe. On peut aller plus loin avec des résultats qu’on ne pourrait pas réaliser indépendamment», explique Gervais Bérubé.

Une molécule aux résultats inattendus

Afin d’avancer dans leurs recherches, les Drs Bérubé et Reyes-Moreno avaient besoin d’un modèle pour comprendre le fonctionnement de la molécule. Ce sont des collègues de l’Université de Buenos Aires en Argentine qui leur ont partagé le modèle utilisé pour le cancer de la vessie.

Le modèle a donc été implanté chez la souris. Les chercheurs ont débuté avec le modèle extrêmement invasif en pensant réduire uniquement l’inflammation pour ensuite utiliser les thérapies standards, comme la chimiothérapie et l’immunothérapie. «À notre grand étonnement, les résultats expérimentaux ont démontré que non seulement la molécule DAB-1 avait la capacité de réduire l’inflammation, mais elle a aussi réduit la croissance tumorale et la production de métastases. C’était complètement inattendu et c’est de là que vient l’intérêt pour cette molécule», précise Carlos Reyes-Moreno.

La prochaine étape pour Gervais Bérubé et Carlos Reyes-Moreno est de passer à un modèle humanisé, car rien n’indique que les cellules tumorales humanisées réagiront de la même manière que les cellules tumorales animales.

Pour ce faire, ils devront implanter des cellules tumorales humaines dans une souris sans système immunitaire afin d’éviter le rejet. Viendra par la suite un modèle plus complexe dans lequel le système immunitaire de la souris sera remplacé par le système immunitaire de l’humain.

Toutes ces étapes sont nécessaires avant de passer aux études cliniques, car plusieurs facteurs doivent être déterminés, comme le niveau de toxicité ou la dose nécessaire pour traiter l’humain.

Anti-inflammatoire et bien plus

Il faut savoir qu’un anti-inflammatoire ne peut s’attaquer seul au cancer. Les chercheurs soupçonnent que ce n’est pas seulement une activité anti-inflammatoire qui découle de cette molécule, mais également un mécanisme anti-cancer et un mécanisme anti-métastatique qui restent encore à élucider.

«Toutefois, si cette molécule a le potentiel de réduire efficacement l’inflammation sans pourtant donner le même résultat chez l’humain que chez la souris, on pourra toujours utiliser la molécule en complément à d’autres types de thérapie déjà existants. Par exemple, en réduisant l’inflammation, on réduira la résistance à la chimiothérapie ainsi qu’à l’immunothérapie», indique le Dr Reyes-Moreno.

Cette molécule pleine de potentiel pourrait également être utile dans le traitement de maladies qui ont un facteur inflammatoire très important, telles que l’artériosclérose, le diabète ou l’arthrite rhumatoïde.

Le cancer de la vessie, un cas particulier

Près de 75% des patients qui reçoivent un diagnostic de cancer de la vessie souffrent d’un cancer superficiel qui se traite aisément avec les thérapies standards. Toutefois, le problème avec le cancer de la vessie est qu’il a également un pourcentage de récidive très élevé.

Il a en la propension à être métastatique et résistant à la chimiothérapie ainsi qu’à l’immunothérapie. Les patients atteints de ce cancer doivent être suivis pendant de nombreuses années. Le cancer de la vessie est ainsi un des cancers les plus coûteux en moyenne par patient.

C’est d’ailleurs un grand avantage de la molécule DAB-1 : elle coûte peu cher à synthétiser et comme elle est simple, des chimistes jeunes de carrière peuvent s’y attaquer. Également, la molécule a que très peu d’activités cytotoxiques.

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