Biométhanisation : des producteurs au cœur d’un modèle au grand potentiel

Biométhanisation : des producteurs au cœur d’un modèle au grand potentiel
On les a invités à l'avant, ces producteurs au coeur du projet. (Photo : www.lanouvelle.net)

Lancement en grande pompe, lundi à Warwick, de la toute première coopérative agricole au Québec dédiée à la production d’énergie renouvelable, un projet de 12 millions de dollars.

De nombreux invités pour cette importante annonce (Photo www.lanouvelle.net)

Onze producteurs de la région font partie de cette coopérative appelée Coop Agri-Énergie Warwick. Elle sera la première au Québec à transformer le lisier et le fumier des producteurs, combinés à des résidus organiques d’entreprises de la région, en biométhane ou gaz naturel renouvelable (GNR). «C’est un projet innovant, car, pour la première fois dans un projet de biométhanisation au Québec, on place les producteurs agricoles au centre du modèle, du projet dont les retombées seront vraiment intéressantes pour l’agriculture», a exprimé Josée Chicoine, codirectrice générale de la Coop Agri-Énergie Warwick et directrice au développement agroalimentaire de Coop Carbone qui a développé le projet.

On procédera à la construction d’un complexe de biométhanisation sur la route Kirouac à Warwick. «Les producteurs alimenteront un biodigesteur régional avec leurs lisiers et leurs fumiers. Ces matières seront jumelées à des matières organiques provenant d’entreprises industrielles et agroalimentaires environnantes pour produire un biogaz qui, lui, sera purifié pour en arriver à un GNR qu’on injectera dans la ligne de distribution de gaz naturel d’Énergir qui passe à quelques mètres de là. Cela se traduira par des revenus pour la coopérative, revenus qu’on redistribuera équitablement aux producteurs. Ceux-ci obtiendront aussi la totalité des matières digérées, le digestat,  qu’ils pourront épandre sur leurs terres comme fertilisants», a expliqué Mme Chicoine.

La construction projetée sur la route Kirouac. (Photo www.lanouvelle.net)

Les lisiers et fumiers des producteurs représenteront quelque 25 000 tonnes annuellement auxquels s’ajoutera une quantité similaire de matières organiques des autres entreprises. On retournera aux agriculteurs environ 45 000 tonnes de fertilisants.

La construction du centre de biométhanisation doit débuter au printemps, quelque part en mars 2020, pour s’achever à l’été en vue d’une mise en opération à l’automne 2020.

Le complexe warwickois, qui permettra la création de trois ou quatre emplois permanents et à temps partiel, produira annuellement 2,3 millions de mètres cubes de GNR, soit l’équivalent d’alimenter 1000 résidences en énergie. Cela mènera, affirme-t-on, à une réduction des gaz à effet de serre (GES) de 6500 tonnes par année. «C’est comme si on retirait des routes 1500 véhicules», a précisé Josée Chicoine.

La compagnie Énergir, a-t-elle ajouté, achètera, à un bon coût permettant la rentabilité du projet, la totalité de la production de GNR pour une durée de 20 ans et l’injectera dans son réseau de distribution gazier.

Ce modèle d’affaires qu’on implante à Warwick fera vraisemblablement des petits ailleurs au Québec. «On veut le répéter ailleurs. Justement, nous avons des discussions avec trois autres régions», a confié Mme Chicoine.

Pour réaliser ce projet, le gouvernement du Québec a consenti une aide de trois millions de dollars, tandis que le gouvernement fédéral a alloué une contribution remboursable de 1,7 million de dollars.

Le président de la Coop Agri-Énergie Warwick, Urs Studhalter (Photo www.lanouvelle.net)

Le modèle, pour le président de la Coop Agri-Énergie Warwick, Urs Studhalter, a été conçu en réfléchissant aux besoins de l’agriculture en permettant de produire des matières fertilisantes de qualité. «C’est un projet important pour nous, mais aussi pour le Québec et pour plusieurs régions. Il permettra notamment à de nombreux agriculteurs de diversifier et d’augmenter leurs revenus. Misant sur la synergie locale, le projet permettra également de rassembler les producteurs avec les représentants des villes et des entreprises de la région et ainsi de tisser de nouveaux liens d’affaires en plus de réduire les GES», a-t-il fait savoir, tout en précisant que le projet «démontre qu’il est possible pour l’agriculture de participer de façon active à la transition énergétique».

De nombreux invités

Trois ministres, trois députés, des élus et, bien sûr, les producteurs eux-mêmes ont assisté à cette importante annonce dans une salle de l’aréna Jean-Charles-Perreault de Warwick.

On a laissé au député du comté Drummond-Bois-Francs, Sébastien Schneeberger, lui-même issu du milieu agricole, le soin de s’adresser d’abord à l’auditoire. «C’est un beau projet, a-t-il noté. L’agriculture me tient à cœur. On travaille beaucoup à s’améliorer pour l’environnement, car les producteurs sont les premiers touchés par les changements climatiques. On a le souci de l’environnement.»

Le député du comté Drummond-Bois-Francs, Sébastien Schneeberger (Photo www.lanouvelle.net)

Ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien a dit «n’avoir jamais vu un aussi beau projet qui sera très bénéfique pour les régions et pour l’environnement». «Nous sommes à l’heure où on doit regrouper nos forces pour accélérer la transition énergétique. Ce projet se traduira par des résultats tangibles et concrets pour la réduction de notre empreinte carbone. Voilà un projet concret qui fait l’unanimité dans la région, qui fait juste des gagnants», a-t-il commenté.

«Un projet extraordinaire aux grands bénéfices pour l’environnement», a renchéri le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation et ministre responsable du Centre-du-Québec, André Lamontagne. «Le potentiel de répéter le projet ailleurs est énorme. Et que ça vienne de Warwick, c’est tout à votre honneur», a-t-il précisé, tout en rappelant que l’agriculture constituait un secteur vital, un moteur économique extraordinaire pour les régions et pour l’occupation du territoire.

Pour sa part, le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoît Charette, a fait remarquer que l’agriculture était fortement touchée par les changements climatiques. «Cela nécessite qu’on doive s’adapter et adopter des solutions innovantes. Ce projet-ci, je n’y vois que du positif, une situation gagnante pour tous. Il s’inscrit en ligne directe avec ce qu’on souhaite proposer, un modèle d’affaires avec les producteurs au cœur du projet», a-t-il indiqué.

Pour le maire de Warwick, Diego Scalzo, il s’agit d’un jour de grande fierté. «Une fierté de voir  se mobiliser des gens d’ici, des gens novateurs dotés d’un esprit entrepreneurial reconnu. Merci aux agriculteurs d’ici d’avoir embarqué dans cette initiative inspirante, dans ce projet à caractère industriel et agricole à la fois, un projet d’économie circulaire et de transition écologique, bravo. Merci d’avoir cru au potentiel infini de notre communauté. C’est ce qui s’appelle croître en beauté», a-t-il exprimé.

Diego Scalzo, maire de Warwick (Photo www.lanouvelle.net)

De retour de Madrid où il a pris part à la COP25, Jean Nolet, le président-directeur général de la Coop Carbone, a dit retirer de cette conférence sur l’environnement que «la lutte aux changements climatiques va se faire au niveau local».

De son côté, le vice-président principal d’Énergir, Éric Lachance, soutient que ce projet «vient montrer comment le Québec peut réussir sa transition énergétique et développer des solutions complémentaires». «C’est important, car, pour atteindre les cibles québécoises de réduction des GES, ça prend un ensemble de solutions, la bonne énergie pour le bon usage au bon moment», a-t-il observé.

Partager cet article

1
Poster un Commentaire

avatar
1 Comment threads
0 Thread replies
0 Followers
 
Most reacted comment
Hottest comment thread
1 Comment authors
René Provencher Recent comment authors
  Subscribe  
plus récents plus anciens plus de votes
Me notifier des
René Provencher
Invité
René Provencher

Je veux féliciter tous ceux qui ont participer au projet. Bravo et soyez fier de vous lancer dans une entreprise bien de chez nous.