Les matières organiques, encore 35% de nos poubelles

Par Andrée-Anne Fréchette
Les matières organiques, encore 35% de nos poubelles
Francis Gauthier, directeur de projet en GMR, et Jade Larochelle, coordonnatrice des communications (Photo : www.lanouvelle.net)

Les matières organiques jetées dans le bac à déchets produisent du méthane, un gaz à effet de serre (GES) 21 fois plus dommageable que le gaz carbonique émis par une voiture. Heureusement, les municipalités de la MRC d’Arthabaska procèdent à la collecte de ces substances et transforment le tout en compost. Chez Gesterra, on parle de quelque 27 000 tonnes de matières recueillies annuellement. Pourtant, les citoyens pourraient faire beaucoup mieux.

L’usine de compostage de Gesterra, l’entreprise responsable de la gestion des matières résiduelles (GMR) des 22 municipalités et qui est issue d’un partenariat public-privé entre la MRC d’Arthabaska et Gaudreau Environnement, se situe à Saint-Rosaire. Elle peut recevoir jusqu’à 27 000 tonnes métriques de matières par année. «La grande majorité provient de la région. Depuis peu, nous avons quelques milliers de tonnes qui arrivent de la MRC de Drummond et de petites municipalités un peu plus au sud comme Stratford», explique Francis Gauthier, directeur de projet en GMR.

Expansion

Avec toutes ces rognures, le site fonctionne à plein régime. Des plans d’agrandissement figurent au programme de Gesterra, pour cette année ou pour 2020. «On pense doubler notre capacité», évalue M. Gauthier.

Jade Larochelle, coordonnatrice des communications, indique que si tous les citoyens devenaient de parfaits trieurs de déchets, il faudrait tôt ou tard se doter des infrastructures nécessaires. Car, comme le souligne M. Gauthier, «on sent qu’il y a vraiment un momentum au Québec et une volonté politique de réduire les déchets organiques présents dans l’enfouissement». De fait, le gouvernement a annoncé, il y a plusieurs années, le bannissement de ce type de déchets des sites d’enfouissement pour 2022.

Encore du travail à faire

Victoriaville a implanté le bac brun à la fin des années 1990. Deux décennies plus tard, le tiers des municipalités québécoises lui ont emboité le pas. Néanmoins, encore aujourd’hui, 35% de ce qui se retrouve dans la poubelle des Arthabaskiens s’avère de la matière organique.

Le dédain, les odeurs et les insectes participent à anémier l’usage du bac brun. «Pour la pelouse, les branches et les résidus de jardin, ça va bien. Quand on arrive dans la cuisine, on voit des freins. La substance devient humide, les gens ont de la difficulté à la manipuler et se pensent parfois mal équipés. Mais il suffit d’avoir un récipient et de favoriser le transfert vers l’extérieur le plus souvent possible», de dire Mme Larochelle. La récolte se fait chaque semaine pour éviter tout irritant.

Au fil des ans, les collectes de ces déchets ont grossi. «Par contre, depuis trois ans, c’est relativement stable», observe Francis Gauthier.

Produit parfait

Avec les 27 000 tonnes de résidus ramassés annuellement, Gesterra obtient approximativement 17 000 tonnes de compost. On en distribue entre 500 et 1000 tonnes aux citoyens. Le plus grand marché pour ce produit demeure l’agriculture, alors qu’on l’emploie pour enrichir les terres ou pour remettre en culture des champs laissés en jachère. «On vend aussi du compost à des entreprises qui y ajoutent de la terre pour faire du terreau», exemplifie M. Gauthier. Des municipalités en utilisent en outre pour leurs travaux d’horticulture. Enfin, en tout temps, le public peut s’en procurer en vrac à l’écocentre.

Bien que Gesterra réussisse à écouler ses stocks, la manœuvre n’est pas si facile. Les gens accordent peu de valeur au produit, même s’il affiche une cote de qualité A. «Ils sont preneurs, mais ne sont pas prêts à l’acheter. On dirait qu’ils ne réalisent pas les bienfaits du compost pour la terre et préfèrent mettre un engrais chimique, toxique et polluant, pour voir ses effets immédiats», déplore le directeur. Car le compost constitue un fertilisant naturel, mais dont les résultats se manifestent plus lentement que ceux d’un engrais commercial comme du 20-20-20, par exemple.

Gesterra tentera, dans les mois et années à venir, de mieux informer les citoyens sur les usages du compost et ses vertus, car des craintes persistent. «Pourtant, c’est un exemple de produit parfait. Ça part de la cuisine, c’est un rebut et ça devient une revalorisation directe dans un potager, qui fera pousser d’autres légumes. On parle d’économie circulaire, dans le monde des déchets, et il s’agit du processus idéal», commente Jade Larochelle.

Depuis quatre ans, la campagne «Composter, un geste naturel» s’illustre dans l’espace public, car on espère inciter de nouveaux adeptes du compostage.

Payant

Les matières organiques produisent du méthane et prennent un temps fou à se décomposer à l’enfouissement. «Quand on enfouit une pomme, contrairement à la croyance populaire, elle ne continuera pas à se décomposer comme si on l’avait lancée dans un champ. Privée d’air, elle va stagner et polluer 28 fois plus qu’un pot de plastique», image Jade Larochelle. Les GES émis par le camion de la collecte représentent peu de chose à côté du méthane émanant des sites d’enfouissement.

Pour l’environnement, le bac brun s’impose, mais pour le portefeuille aussi.  Oui, il y a le coût d’implantation de cette collecte et l’achat des bacs à considérer au départ. Une fois cette dépense consentie, on parle plutôt de véritable manne. Pour chaque tonne enfouie, les municipalités paient une taxe au gouvernement, qui redistribue cet argent à celles qui enfouissent le moins. Dans ce système de la carotte et du bâton, toutes les municipalités de la MRC d’Arthabaska performent bien. «Elles reçoivent plus d’argent qu’elles en paient», assure Francis Gauthier. «En moyenne, dans la MRC, enfouir une tonne coûte 171 $. Composter une tonne coûte environ 90 $. L’écart est d’au moins 80 $ la tonne», expose-t-il. Ainsi, le choix apparaît facile à faire.

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