La réalité virtuelle pour mieux comprendre l’intimidation

Par Andrée-Anne Fréchette
La réalité virtuelle pour mieux comprendre l’intimidation
(Photo : www.lanouvelle.net)

Le Carrefour jeunesse-emploi (CJE) Arthabaska a présenté un outil de sensibilisation avant-gardiste, une vidéo immersive en 360 degrés pouvant être visionnée à l’aide d’un casque de réalité virtuelle. Intitulée «Toi, tu ferais quoi?», elle permettra aux adolescents de «vivre» les émotions ressenties par les différents témoins d’une scène d’intimidation.

Mélanie Roy, du Mouvement Desjardins, Luc Dastous, directeur général CJE Arthabaska, Audrey Michel, du CJE Arthabaska, Normand Roy, de LoriCorps, et Catherine Faucher, du CJE Arthabaska (Photo www.lanouvelle.net)

La question de l’intimidation taraudait les effectifs du CJE Arthabaska depuis quelques années, mais on cherchait un projet novateur. «La réalité virtuelle, on s’en sert pour des jeux, mais je me suis dit que ça pourrait devenir un outil de sensibilisation», a commencé Luc Dastous, directeur général du CJE Arthabaska. Or, le défi technique s’avérait de taille et peu de matériel éducatif du genre existait en Amérique du Nord. Il a fallu s’allier plusieurs organisations, dont des universités et le gouvernement, pour produire une oeuvre de qualité.

Le soutien financier du programme «Ensemble contre l’intimidation» du gouvernement du Québec (40 000 $) et celui du Fonds de 100 millions de Desjardins (68 000 $) a aidé l’équipe à plonger vers l’avenir. Normand Roy, professeur à la faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal, s’intéresse à la réalité virtuelle et aux technologies éducatives. Il collabore avec LoriCorps de l’Université du Québec à Trois-Rivières afin de réfléchir sur l’utilisation de ces nouvelles technologies pour intervenir auprès des gens. Lui et ses troupes ont été amenés à travailler au scénario de la vidéo. «Il y a peu de ce type de projet présentement, pour s’y pencher et voir l’impact que ça peut avoir. La recherche nous dit qu’il y a un fort potentiel», a-t-il affirmé, en reconnaissant les applications existantes en psychologie. En éducation, peu de cas ont été assujettis à l’étude. La plus grande accessibilité des casques et les initiatives comme celle-ci favorisent l’analyse plus poussée des vertus de cette immersion.

Pour le vivre

«Nous avons choisi d’aborder l’angle du témoin. Les usagers du casque de réalité virtuelle se retrouvent dans une situation d’intimidation à l’école. Ils y assistent sans pouvoir intervenir», explique Catherine Faucher, du CJE Arthabaska, au sujet du premier segment créé. Par la suite, ils revoient la même scène, avec des pauses au cours desquelles on entend les pensées des différents personnages. La victime, l’intimidateur et les autres témoins livrent leurs motivations et émotions. Enfin, un atelier permet à tous les participants de partager sur leurs impressions et, ultimement, d’envisager les bons comportements à adopter. «On vit un malaise quand on est témoin d’intimidation. On aimerait intervenir, sans savoir quoi faire, alors on discute de solutions. Le but est de faire des jeunes des agents de changement dans leur milieu», a exposé Mme Faucher.

Le tournage a eu lieu à l’école secondaire Le tandem. Un «casting» a été organisé à Montréal pour dénicher les acteurs. Une équipe de dek hockey de la région y figure. Une centaine d’adolescents ont vécu l’expérience et la réponse s’avère très positive jusqu’à présent. L’utilisation de la réalité virtuelle suscite la curiosité. «Ils nous disent qu’ils se sentent plus concernés qu’en regardant une vidéo traditionnelle sur un écran», rapporte-t-elle.

On envisage un déploiement dans les écoles secondaires du Centre-du-Québec dès l’automne. «Si on peut l’exporter à travers les 110 carrefours du Québec, s’il y a de l’intérêt, on va leur offrir. Ce projet a un beau potentiel pour toute la province», a laissé entendre le directeur général, Luc Dastous. «Toi, tu ferais quoi?» s’adresse aux jeunes de 12 à 17 ans. L’ensemble de l’atelier dure un peu plus d’une heure. M. Dastous indique que d’autres problématiques pourraient faire l’objet de créations similaires.

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