Les fissures de la société

Tribune libre
Les fissures de la société
(Photo : Archives)

Le cas de la petite fille de Granby nous pose un problème de société globale. Ce qui n’appartient pas qu’aux Québécois, mais à la société mondiale dans laquelle on vit. Une société axée de plus en plus sur l’individualisme, où on fait fi du bien commun.

Cela nous montre une fissure dans «notre belle société». Il y a eu une fissure dans le barrage de Sainte-Marthe-sur-le-Lac. Mais il y en a une encore plus grande dans l’ensemble du monde… Et comme celle de Sainte-Marthe, elle est en train de craquer sérieusement.

Le cas de la petite fille de Granby a posé le problème des Centres jeunesse débordés, du manque de personnel. Cela est sûrement exact. Je connais quelques personnes travaillant dans des Centre jeunesse et je peux dire que la compétence n’est pas en cause. Mais comme une jeune femme m’a dit :

«À  la sortie de l’université, avec mon beau diplôme, élevée dans une famille heureuse, je ne savais rien de la réalité terrain des jeunes en difficulté».

Moi j’ajouterais celui du manque de familles d’accueil et de leur incompétence avouée de celles qui existent, pour les enfants reliés à des problèmes de santé mentale (parents et eux-mêmes). Je connais une fille, aujourd’hui adulte, dont la mère avait des problèmes de santé mentale, qui s’est retrouvée dans sept familles d’accueil différentes dans son enfance.

Et puis il y a nécessairement le manque, ainsi que la faiblesse des ressources en santé mentale. J’ai travaillé pendant cinq  ans comme coordonnateur d’un groupe d’Entraide. Ce qui était déjà criant entre 1994 et 1999 l’est encore plus aujourd’hui, en 2019. Il y avait une porte là, mais on ne l’a toujours pas prise.

Ça, c’est à court terme. Mais le problème fondamental n’est pas qu’au Québec. Si la crue des eaux a démontré une fissure dans le barrage de Sainte-Marthe, l’histoire de la petite fille de Granby cache une fissure encore plus grave de notre société.

Moi qui ne suis qu’une «vieille» personne engagée socialement (74 ans), je ne peux que souhaiter qu’on prenne au sérieux ce qui n’est pour l’instant que des fissures, par lesquelles l’énergie du monde s’écoule inexorablement. Mais qui risque sérieusement de craquer et de laisser passer un flux qui semblait bien endigué depuis longtemps.

Pour le moment, au-delà des solutions de rapiéçage nécessaires, je souhaite qu’il n’y ait ni gauche ni droite, ni centre, et que les communicateurs, les politiciens, les enseignants universitaires et collégiaux, les personnes engagées socialement, les syndicats commencent à voir ce qui se cache au-delà des fissures et en même temps développent une façon de voir et de faire axée sur le bien commun, comme ce fut le cas un jour. Pour nous remettre sur ce chemin en tout cas.

Henri-Paul Labonté

Victoriaville

 

 

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