«Oui, j’ai menti, j’ai volé… »

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Par Claude Thibodeau
«Oui, j’ai menti, j’ai volé… »
Me Ronald Robichaud contre-interroge la fille de l'accusé. (Photo : www.lanouvelle.net)

La tension était palpable au procès de Paul-Émile Therrien de Warwick, accusés de crimes sexuels, alors que l’une des plaignantes, la fille adoptive de l’accusé, fait face, depuis mercredi avant-midi, au contre-interrogatoire mené par l’avocat de la défense, Me Ronald Robichaud.

Alors qu’il la questionnait sur le moment où elle a parlé la première fois des sévices qu’elle aurait subis de ses parents, le témoin a éclaté : «Oui, j’ai menti, j’ai volé, mais ces problèmes ont un point de départ. Et puis maître, on ne s’en vante pas sur tous les toits, on ne dit pas hé, mon père me viole», a lancé la femme.

En début de contre-interrogatoire, la plaignante a rappelé qu’elle était d’âge primaire, qu’elle avait 10 ans lorsque les abus auraient commencé.

Me Robichaud l’a longuement interrogé sur ses comportements. Le témoin n’a pas caché des vols commis à l’école primaire et des mensonges fréquents.

L’avocat a insisté sur les vols, les mensonges et la tricherie, ce qui aurait amené ses parents, a-t-il noté, à demander à ce qu’elle soit vue au CLSC.

L’avocat de Paul-Émile Therrien a évoqué aussi le vol qu’elle a commis dans une fromagerie de Bécancour où elle travaillait. «Oui, j’ai un casier judiciaire pour un vol en 2001. J’ai assumé, j’ai été congédiée et j’ai remboursé», a-t-elle souligné.

Paul-Émile Therrien fait face à 10 chefs d’accusation, dont inceste.

Me Robichaud l’a interrogé aussi sur un vol dans une station-service de Victoriaville où elle travaillait, sur un chèque qu’elle a falsifié et qui a menait à son congédiement d’une entreprise victoriavilloise.

La plaignante est revenue également sur son année au pensionnat trifluvien. «Pour moi, a-t-elle exprimé, de ne pas vivre avec quelqu’un en boisson et qui me touche, ç’a été la plus belle année de ma vie.»

«Pourquoi avoir quitté la résidence familiale?», a voulu savoir l’avocat. «Parce que j’étais tanné de vivre ce que je vivais», a-t-elle répondu, reconnaissant avoir pu y retourner pour une courte période. «Peut-être parce que je n’avais pas d’autres endroits où aller», a-t-elle confié.

L’avocat s’est aussi interrogé sur les réponses «c’est possible» de la plaignante ou sur l’absence de souvenir. «Avez-vous une mémoire sélective?» «Non, a-t-elle répliqué. Ce que j’ai vécu, je l’ai vécu ce qui s’est passé.»

Me Robichaud a, par ailleurs, exhibé au témoin différentes lettres pour vérifier l’authenticité de l’écriture et/ou de la signature. Tantôt la plaignante confirme, parfois non en disant «je ne peux dire que c’est moi» ou encore «c’est peut-être mon écriture comme ça peut ne pas l’être».

Elle a toutefois admis l’écriture d’une lettre adressée à ses parents. Une lettre sur laquelle on retrouve notamment les mots «chers parents, pendant 16 ans, vous avez été des parents merveilleux».

La plaignante fait également mention d’une lettre où elle indique que chez elle, les gens se baignent nus. C’est pourquoi, elle n’invitait aucun ami. Et quand ils allaient en camping, c’était chez les nudistes.

Questionnée à savoir si elle possédait un maillot de bain, elle a mentionné qu’elle devait en avoir un en raison des cours de natation à l’école.

L’avocat Robichaud lui a exposé des photos où elle s’est reconnue en maillot de bain. «Mais on n’était pas chez nous», a-t-elle vivement fait savoir.

Interrogée, dans un autre ordre d’idée sur l’arme à feu, la femme a expliqué avoir appris son existence en fouillant et c’est dans un tiroir du bureau de l’accusé qu’elle a aperçu le revolver.

Autre question de Me Robichaud : «Avez-vous entrepris une action collective (poursuite civile) contre vous parents?» «Oui», a-t-elle répondu sur-le-champ.

L’émotion l’a envahie lorsqu’elle a fait savoir qu’elle avait appris récemment, durant les procédures en cours, que Paul-Émile Therrien n’était pas son père biologique, mais son père adoptif. «Pendant 37 ans, il m’a menti. J’avais toujours cru ce qu’il m’avait raconté à propos d’une histoire en Haïti», a-t-elle dit avec émotion.

Un récent test d’ADN, dont le résultat a mené à l’abandon d’un des deux chefs d’accusation d’inceste, a confirmé que l’accusé n’était pas le père biologique.

Le juge Serge Francoeur de la Cour supérieure du Québec a fait savoir à 16 h 30 qu’il ajournait le procès à jeudi matin, 9 h. Me Robichaud terminera son contre-interrogatoire après quoi le ministère public fera entendre la deuxième plaignante, la fille de l’accusé.

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Ce procès se tient au palais de justice du district judiciaire d’Arthabaska ne vous en déplaise