«On constate de plus en plus la détresse de notre jeunesse»

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Par Claude Thibodeau
«On constate de plus en plus la détresse de notre jeunesse»
Catherine Coutel, directrice générale du Centre de prévention suicide Arthabaska-Érable (Photo : www.lanouvelle.net)

«Cela nous préoccupe : nous constatons de plus en plus, la détresse psychologique des jeunes de notre territoire», a souligné, mardi soir, la directrice générale du Centre de prévention suicide Arthabaska-Érable, Catherine Coutel.

Ainsi s’est-elle exprimé devant plus de 360 personnes, une salle comble, pour la 21e activité-bénéfice de l’organisme.

L’argent recueilli servira  à soutenir la prévention de la détresse psychologique et du suicide chez les jeunes. «Notre jeunesse vit avec une détresse de plus en plus profonde. On ne peut plus passer à côté. Au centre, nous recevons des appels d’enfants de 10, 11, 12 ans, et même de 8 ans», a indiqué Mme Coutel, heureuse de la réponse des gens d’affaires, des élus, des représentants d’organismes, de la sécurité publique, de la santé.

«Nous avons une toute petite équipe (qu’elle a d’ailleurs présentée) qui fait tout un travail. On maintient à bout de bras les services qui exigent de plus en plus de soutien. Par votre soutien, a-t-elle dit, vous contribuez à ce que nous puissions poursuivre notre travail parce qu’on ne voudrait pas en arriver à dire non à une personne qui demande de l’aide.»

L’équipe du Centre de prévention suicide Arthabaska-Érable ne chôme vraiment pas. Le nombre d’appels reçus a grimpé considérablement, passant de 2500 en 2017-2018 à 4300 pour l’année 2018-2019.

«Dans la dernière année, en collaboration avec la Sûreté du Québec et les services d’urgence, nous avons effectué 45 sauvetages, des vies sauvées in extremis», a confié Catherine Coutel.

Cela sans compter le soutien apporté à 13 enfants âgés de moins de 12 ans ou encore les rencontres avec 140 personnes endeuillées ou des proches de personnes ayant tenté de s’enlever la vie.

Les intervenants du centre relancent aussi, par des appels téléphoniques, pour maintenir les personnes en sécurité. Le nombre de ces relances a bondi de 294%, passant de 238 à 700.

«Parlez-en», lance la famille Garneau

Martin Garneau et sa famille à la présidence d’honneur (Photo www.lanouvelle.net)

Le 4 octobre 2017, un drame a frappé de plein fouet une famille heureuse, la famille de Martin Garneau, Francine Poisson, leurs enfants Valérie, Lysa, Philippe, Myria et leurs conjoints et conjointe.

Le suicide était quelque chose de peu probable dans la famille Garneau, a témoigné une des filles. «On pensait être à l’abri d’un pareil drame». Mais William Garneau, 17 ans, sans avertissement, a choisi «de terminer la route qui lui était tracée».

La détresse rongeait le jeune homme de l’intérieur. «Il savait comment faire pour que rien ne paraisse. Il a fait ce que bien des gens font, se cacher derrière une façade, ne voulant pas parler de ses émotions, ne voulant déranger personne», a raconté la jeune femme.

Les proches ont réalisé que la maladie mentale était bien réelle, mais la culpabilité s’est fait sentir. «Comment nous qui étions si proches n’avons pu voir de signes? a exprimé une autre sœur. Dans ces moments, autant de questions sans réponse qui nous hantent. Il n’y a pas de mots pour comprendre cette souffrance. Il nous est difficile de trouver des moyens pour s’en sortir.»

Heureusement, la famille a été mise en contact avec le Centre de prévention suicide Arthabaska-Érable. D’ailleurs, quand ils ont vu l’ampleur du phénomène, les Garneau, désireux de faire une différence, ont accepté la présidence d’honneur que leur proposait l’organisme. «William aurait souhaité qu’on vienne en aide aux personnes vivant la même détresse que lui», a confié sa sœur.

Le mot ampleur n’est d’ailleurs pas trop fort : au Québec, chaque jour, trois personnes mettent fin à leurs jours, 76 autres tentent de s’enlever la vie. On enregistre 1050 suicides annuellement en plus de toutes ces personnes, 200 000, qui mijotent des idées noires. Quotidiennement, au moins 30 personnes sont touchées par le suicide.

De voir la salle remplie, cela a procuré un grand bien à Martin Garneau. «Vous faites un baume dans notre vie, a-t-il souligné. Jamais je n’aurais pensé, ni ma famille, prendre la présidence d’honneur de cette cause qui peut tous nous toucher, un jour, de près ou de loin.»

Depuis un an et demi, sa famille découvre de jour en jour, «et de mieux en mieux», les services du Centre de prévention suicide Arthabaska-Érable. «Des services essentiels pour notre région et pour l’ensemble du Québec», a-t-il insisté.

Il a louangé l’équipe «extraordinaire et présente». «Sans eux, on n’en serait pas à cette étape. J’espère que William aura sensibilisé de nombreuses personnes à aller chercher des services avant qu’il ne soit trop tard.»

Salle comble, plus de 360 convives réunis au Centre des congrès de l’hôtel Le Victorin. (Photo www.lanouvelle.net)

L’homme d’affaires, propriétaire du restaurant Le Luxor, a tenu à remercier le milieu politique pour son engagement. «On a pris au sérieux et on a compris la nécessité de faire quelque chose», a-t-il noté tout en disant merci aux équipes des députés Eric Lefebvre, Alain Rayes, Sébastien Schneeberger et du maire André Bellavance. «Nous savons que nous sommes tout près de déposer un dossier au bureau de la ministre de la Santé. On approche», a-t-il fait savoir.
Cela dit, Martin Garneau a plaidé l’importance d’une réelle communication entre les gens plutôt que par les médias sociaux. «Quoi de mieux qu’un face à face avec un chum, une amie, une connaissance qui a besoin de vous voir et de parler. Soyez à l’écoute de votre entourage, soyez cette lumière qui sauvera des vies ou qui placera cette connaissance vers la bonne ressource», a-t-il fait valoir.

Lui-même, au cours des premiers mois particulièrement difficiles, a pu trouver des oreilles attentives. «Un coup de fil et le chum était là. C’est extraordinaire. C’est ça, un face à face!»

Martin Garneau se souvient du visage splendide de son fils, de son sourire, de ses accolades, de ses fous rires. «Rien ne laissait pressentir cette fin. Alors, prenez le soin, vous, parents et amis, de parler de ce sujet. On ne veut pas l’aborder, mais il est primordial de le faire pour sauver des vies. SVP, si ça ne va pas, parlez-en!»

Chaque jour, 365 jours par année, Martin Garneau et sa famille ont bien l’intention de parler de prévention du suicide. Il a profité de sa tribune d’ailleurs pour annoncer la tenue d’un spectacle-bénéfice le 2 octobre. «Nous voulons remplir le Carré 150», a-t-il conclu.

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