«La solidarité humaine n’a pas de frontière»

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Par Claude Thibodeau
«La solidarité humaine n’a pas de frontière»
Richard Leroux remerciant la communauté de Doulou lors de la cérémonie d’accueil. (Photo : David Gosselin)

La solidarité et l’empathie font partie de lui, comme si elles étaient inscrites dans son ADN. Richard Leroux, ex-enseignant au Cégep de Victoriaville, revient, avec quatre autres personnes, d’un séjour au Burkina Faso, pays qui fait les manchettes ces temps-ci.

Le Victoriavillois s’y rend depuis maintenant 10 ans, depuis 2008. Tout a commencé alors qu’il était prof et membre du Club Nord-Sud. Mais depuis décembre 2012, la mission que mène Richard Leroux se fait au sein d’un comité de l’organisme Solidarité Nord-Sud des Bois-Francs.

«Quand nous avons démarré notre groupe, explique-t-il, une association appelée Sonf Taaba, qui signifie solidarité, a pris son envol au Burkina Faso, un organisme qui partage les mêmes objectifs que nous. En décidant d’aller là-bas, notre volonté consistait à participer au développement social et économique de Doulou, un village de brousse au centre du pays à une centaine de kilomètres environ de la capitale, Ouagadougou.»

Chaque année, toujours à la même période (fin décembre, période propice pour les congés des participants), Richard Leroux séjourne pendant deux semaines dans ce pays d’Afrique de l’Ouest. Le groupe se renouvelle presque chaque fois.

Le groupe de coopérants volontaires de la région de Victoriaville (Photo David Gosselin)

Cette année, quatre nouveaux participants, tous de la région de Victoriaville, l’ont accompagné du 28 décembre au 13 janvier. David Gosselin, David Diessongo, d’origine africaine, Marie-Joëlle Turmel-Brunelle et Marie-Ève Lambert ont pris part à cette aventure. «Pour moi, c’était la première fois qu’il n’y avait que de nouveaux visages. Des gens formidables, note-t-il. Dès leur arrivée, ils ont été rapidement fonctionnels, ils ont embarqué dans la culture africaine, ils se sont liés d’amitié avec les gens qui sont très accueillants. Ils sont très contents de nous voir.»

Les projets

Tous les ans, quand il met les pieds dans ce pays, Richard Leroux et l’association dressent le bilan de ce qui s’est fait durant l’année, évaluent les résultats et planifient pour l’année à venir.

Parce qu’au fil des ans, le Victoriavillois et les participants qui mettent la main à la pâte ont contribué à diverses réalisations, comme la mise sur pied d’un orphelinat (le village de 6000 habitants comptait 300 orphelins), d’une clinique visuelle (ils apportent des lunettes) et un système de microcrédit pour femmes afin qu’elles puissent démarrer des activités génératrices de revenus pour leurs familles, des familles nombreuses regroupant en moyenne six enfants dans ce pays où existe la polygamie. «C’est un choc culturel quand tu arrives là-bas», reconnaît Richard Leroux.

Et il y a aussi cet important projet, celui du comité agricole lancé en 2014. «On constatait que le village avait peine à produire, ne couvrant que le tiers des besoins alimentaires de sa population, un gros problème! On s’est mis à essayer de trouver des moyens de retenir l’eau, d’améliorer la production. C’est devenu l’un des plus gros projets.  Il est vraiment essentiel, si les gens ne sont pas capables de se nourrir… »

Avec les années, on constate des progrès, mais le processus est plutôt lent. «Nous souhaitons innover, expérimenter de nouvelles techniques. Une avenue qui pourrait être possible, l’agroforesterie. Jumeler l’agriculture et les plantations d’arbres puisque les arbres font, non seulement, de l’ombre réduisant ainsi l’assèchement et les racines, elles, emmagasinent l’eau, font de la rétention», explique Richard Leroux.

Initiation à l’utilisation du lentimètre apporté par Song Taaba (Photo David Gosselin)

Le groupe souhaite aussi que le centre agricole devienne un lieu générateur de revenus, que des activités génératrices de revenus soient mises de l’avant pour le centre, mais aussi pour les agriculteurs et les familles. «Notre but, c’est qu’ils deviennent autonomes financièrement», souligne l’enseignant retraité.

Dans son action, Richard Leroux se réjouit de constater que les efforts déployés portent fruit. «C’est très valorisant, commente-t-il. On voit qu’il y a des résultats, comme un entrepôt bâti pour les récoltes, le système de microcrédit rendu à 20 000 $ alors qu’on a commencé avec 5000 $. Et c’est motivant de voir que l’association sur place veut plus que nous. Les gens veulent s’en sortir et travailler.»

Un coopérant dans l’âme

Il ne s’agit pas ici d’aide humanitaire, comme le fait, par exemple, Médecins sans frontières ou la Croix-Rouge avec des interventions ponctuelles lors d’une crise ou d’une catastrophe. «Nous, on appelle cela de la coopération internationale. Nous sommes des coopérants volontaires et bénévoles. Notre action s’inscrit dans une continuité avec le souhait que les gens se prennent en main», fait valoir Richard Leroux.

Et l’homme ne souscrit pas à cette idéologie d’aider d’abord les gens d’ici avant ceux d’ailleurs. «On le fait, beaucoup le font aussi. Mais la solidarité humaine n’a pas de frontière et elle n’a surtout pas de distance, exprime-t-il. Je travaille, oui, dans ma communauté, mais j’ai aussi une préoccupation plus large. C’est ce qu’ils m’ont appris le plus, c’est cette conscience d’une solidarité internationale, planétaire.»

De plus, Richard Leroux le reconnaît. L’action qu’il mène depuis des années l’a transformé. Et le transforme chaque fois. «L’humain que nous sommes revient de là transformé. L’an passé, je leur ai dit, le Richard Leroux que je suis aujourd’hui, c’est un peu la personne que vous avez bâtie depuis 2008. Ce ne sont pas des expériences qui nous laissent indifférents, qui nous laissent sans trace. C’est trop intense.»

Richard Leroux va continuer son travail. Pour combien de temps encore? Difficile à dire. Ce n’est pas une mince tâche, parce que les deux semaines passées en sol africain nécessitent une préparation et un travail durant toute l’année. «Nous voulons démarrer un atelier de vélo en partenariat avec Cyclo Nord-Sud. Il faut cependant déposer le projet à une fondation sous peu», précise Richard qui y travaille actuellement.

Les Québécois et les Burkinabés travaillant au développement de la communauté de Doulou . (Photo David Gosselin)

Et quand ce sera fait, il compte s’attaquer à un projet, à une demande d’aide au Programme québécois de développement international (PQDI). «On pourrait aller chercher 250 000 $ sur trois ans, c’est plus que l’aide monétaire qu’on apporte depuis les débuts», signale-t-il. Mais les démarches exigent beaucoup de temps.

Richard Leroux n’évalue pas son engagement une année à la fois. «Je ne me pose pas la question. Ça coule de source, observe-t-il. Des fois, je me dis, si j’avais su… On ne peut plus arrêter, sinon cela s’arrêtera pour eux (au Burkina Faso) parce qu’ils n’ont pas encore atteint l’autonomie.»

Quand même, avec la participation possible du PQDI, le Victoriavillois se donne un horizon de cinq ans quant à l’atteinte de l’autonomie. «Je ne veux pas dire qu’on va cesser, mais on pourrait diminuer et être moins dans l’urgence, comme on l’est actuellement. Le jour où l’autonomie financière du fonctionnement sera assumée, il nous restera que le développement», conclut-il.

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