Huit Québécois sur dix appuient l’uniformisation du prix des cigarettes

Communiqué
Huit Québécois sur dix appuient l’uniformisation du prix des cigarettes
(Photo : Archives)

Les plus récentes données de Santé Canada poussent la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac et ses partenaires à sonner l’alarme concernant les stratagèmes de l’industrie du tabac axés sur le prix, notamment ceux qui visent à maintenir l’offre de cigarettes à bas prix de manière à contrecarrer l’impact bénéfique des taxes actuelles ainsi que de toute future hausse.

Les données de Santé Canada révèlent que le prix de gros des fabricants (taxe d’accise fédérale + prix de vente aux détaillants) des marques les plus dispendieuses dites «premium» a radicalement augmenté, comparativement à celui des marques «à rabais». Or, la valeur de la taxe d’accise fédérale est identique pour les deux. De plus, le phénomène de la segmentation des marques en fonction du prix s’est accentué de manière drastique depuis 2014 : l’écart entre le prix moyen de vente des cinq marques les moins chères (ligne bleue moins les taxes) et des cinq marques les plus chères (ligne verte moins les taxes) a augmenté de 63% en trois ans seulement (de 2014 à 2017).

«Dans le passé, toute augmentation substantielle du prix aurait normalement eu un impact marqué de réduction de la consommation de cigarettes, alors qu’aujourd’hui, c’est moins le cas. En jouant sur le prix, particulièrement sur celui des marques à rabais, l’industrie peut s’assurer que les gens les plus sensibles au prix, des populations plus vulnérables comme les jeunes et les moins nantis, continuent de se faire offrir des marques à bas prix.

«L’industrie peut ainsi atténuer le ‘choc’ des hausses de taxes et retenir des fumeurs qui autrement auraient cessé de fumer en raison de l’augmentation brusque du prix de leurs cigarettes», explique Flory Doucas, codirectrice et porte-parole de la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac.

En effet, le graphique de Santé Canada montre qu’entre 2001 et 2013, l’industrie a fixé ses prix de vente de manière à minimiser l’augmentation du prix pour les marques les moins chères, allant même jusqu’à baisser son revenu par cigarette en 2014 lorsqu’il y a eu deux hausses de la taxe tabac. Plus spécifiquement, le prix moyen unitaire des cinq marques les moins chères est passé de 13,5 ¢ en 2014 à 12,6 ¢ en 2015 (diminution de 0,9 ¢), alors que l’augmentation de la taxe fédérale en février 2014 aurait à elle seule dû provoquer une hausse du prix de 2¢ par cigarette.

«Grâce à l’absence de contrôles, les cigarettiers peuvent manipuler les prix en vue de favoriser le tabagisme, privant ainsi la population de l’effet bénéfique complet de la taxation du tabac. Puisque ce sont les communautés les moins nanties qui sont les plus sensibles au prix, l’inaction gouvernementale à l’égard des prix du tabac finit par exacerber les inégalités sociales en matière de santé», ajoute la porte-parole.

Solution urgente nécessaire

Il existe déjà des contrôles gouvernementaux sur les prix et les marges de profits pour plusieurs produits en vue de protéger le consommateur ou l’intérêt public, tels que les contrôles sur le prix du lait, des livres et des produits forestiers. «Il existe plusieurs options pour contrer les stratagèmes de l’industrie du tabac visant à miner l’impact de la taxation», précise madame Doucas, «mais la seule mesure qui empêcherait la manipulation des prix, c’est l’instauration d’un prix unique», soit un seul prix par cigarette, peu importe la marque.

Selon un sondage SOM réalisé l’an dernier, la majorité des Québécois se disent en accord avec trois mesures qui, chacune à sa manière, contribueraient à optimiser l’impact de la taxe tabac en termes de réduction de la consommation de cigarettes :

1) hausser la taxe québécoise sur le tabac pour rejoindre le niveau de l’Ontario (73% en faveur);
2) interdire les marques à rabais (62% en faveur); et
3) imposer un prix unique pour toutes les marques de cigarettes (77% en faveur).

En ce qui concerne l’uniformisation des prix des cigarettes, ce sont plus des trois quarts des Québécois (77%) qui se disent en faveur d’une telle mesure, y compris une majorité tant parmi les non-fumeurs (77%) et les anciens fumeurs (80%) que chez les fumeurs actuels (72%).

«Dans un contexte où le ministère des Finances a confirmé que la contrebande est en baisse et représente à peine 12% du marché, de telles mesures réduiraient non seulement le taux de tabagisme, mais généreront des revenus pour l’État tout en réduisant les inégalités sociales en matière de santé», conclut madame Doucas.

 

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