Les fermières : les grands-mères de la récupération

Photo de Andrée-Anne Fréchette
Par Andrée-Anne Fréchette
Les fermières : les grands-mères de la récupération
Marie Goulet, présidente, Danielle Laroche, responsable des communications et du recrutement, et Denise Nolet, membre et artisane (Photo : lanouvelle.net)

Si Normand Maurice porte le titre de père de la récupération, les fermières mériteraient sans doute celui de grands-mères de la récupération, puisque ces femmes réutilisaient et transformaient le textile, entre autres, bien avant la naissance des mouvements écologistes.

On en croise certaines dans les salons de Noël tandis que d’autres gardent leurs créations pour les étrennes qui garniront le pied de leur sapin. Ce que toutes les membres des Cercles des fermières ont en commun, c’est d’avoir appris à créer de leurs propres mains et de ne point  gaspiller. Le cercle d’Arthabaska existe depuis quelque 80 ans. Réunies autour d’une table, Denise Nolet, artisane, Marie Goulet, présidente et Danielle Laroche, responsable des communications et du recrutement, retracent les motifs de leur cellule fondée le 19 juin 1939.

Le premier groupe de l’association a vu le jour en 1915 et il en essaimera des centaines d’autres rapidement, partout dans la province. «La mission consistait à permettre aux femmes de la campagne et des petites villes comme Arthabaska d’acquérir des connaissances qu’elles n’avaient pas nécessairement, de partager celles qu’elles avaient et de sortir de l’isolement», rapporte Mme Laroche. Apprendre à tisser et à coudre s’avérait quasiment vitale au début du siècle dernier. Mme  Laroche raconte avoir découvert dans les archives qu’à une certaine époque, leur cercle achetait des poulets afin que ses membres puissent élever la volaille durant la belle saison et commandait des graines pour que les femmes sèment leur jardin. Le bien-être de la famille fait encore partie des valeurs de l’organisation, même si les pratiques ont changé. Mais ce qui demeure le plus prégnant de l’ADN des Fermières est le désir de transmission du patrimoine culturel et artisanal. «La broderie, la couture, le tricot et le tissage restent des savoirs que nous nous partageons», confirme Denise Nolet.

Économie

Ces dames peuvent aussi bien fabriquer des fourretouts réutilisables à partir de sacs de plastique récupérés et tissés que détricoter des chandails passés de mode pour en faire un jeté réversible au goût du jour. «Autrefois, c’était par économie, précise Danielle Laroche. Elles réutilisaient tout ce qu’elles pouvaient. Il y avait peu de déchets.» La présidente observe que ça a toujours marqué les us et coutumes de leur association. «Aujourd’hui, les jeunes sont très ouverts à ça. Ils nous en parlent et se retrouvent conscientisés dans leurs écoles», note Mme Goulet.

Le «zéro déchet» en matière de textile, elles peuvent nous en donner des leçons. «Le public vient nous porter des draps et des boîtes contenant toute sorte de choses. On recycle tout ce que l’on peut. Il y a même des nettoyeurs pour la cuisine et des sacs d’oignons que l’on peut tricoter», exemplifie la responsable des communications. Des entreprises leur fournissent parfois des livres d’échantillons de tissus dont elles n’ont plus besoin. «On prend ces petits morceaux qu’on coud ensemble pour créer des objets.» Plusieurs fabriquent également leurs propres produits de beauté. En outre, elles conservent les cassettes d’imprimante et les téléphones cellulaires pour les remettre à Mira.

«On récupère aussi des gens, pense Mme Laroche. Des retraitées ou des personnes qui se retrouvent dans une période creuse sont à l’occasion dirigées ici grâce au bouche-à-oreille. Des connaissances qui s’ennuient, des femmes endeuillées et d’autres qui vivent une difficulté trouvent chez nous un entourage, un accueil et des amies.» Ainsi, la solidarité et le partage teintent les liens tissés par toutes ses abonnées.

Femmes engagées

Beaucoup de jeunes retraitées, dont plusieurs infirmières, intègrent le cercle d’Arthabaska. «C’est familial dans notre petit local, un peu comme dans un appartement ou une maison. C’est le type d’ambiance qu’on veut partager avec nos membres», de dire Mme Laroche.

Les fermières ne proposent pas que des activités d’arts textiles, même s’ils en constituent le pivot. Ateliers de cuisine, formations liées à l’environnement, conférences sur des sujets divers garnissent leur calendrier. Les cafés-tricots tiennent lieu de rendez-vous-causeries et les différentes demandes adressées aux fermières réussissent à mobiliser nombre de ses membres. Ainsi, le cercle d’Arthabaska confectionne présentement 500 foulards aux couleurs de la Ville de Victoriaville pour les scouts. De cette forme de bénévolat, elles en font à longueur d’année. Les poinsettias (https://bit.ly/2E00u5V), les nids d’anges pour la Fondation portraits d’étincelles, des porte-bébés pour le CLSC, entre autres, s’inscrivent à leur longue liste d’implication.

Le groupe d’Arthabaska compte actuellement 116 femmes dans ses rangs. Bon an mal an, elles recrutent une trentaine de nouvelles émules, tandis que d’autres partent pour une raison ou une autre. L’équilibre créé par ce mouvement garantit sa vitalité et lui permet de se renouveler.

Enfin, Danielle Laroche souligne que toutes leurs actions représentent le résultat des acquis du passé. «On récolte ce que nos ancêtres ont semé», conclut-elle.

Partager cet article

Poster un Commentaire

avatar
  Subscribe  
Me notifier des