La castration à froid des animaux de ferme : des avis partagés

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Par Andrée-Anne Fréchette
La castration à froid des animaux de ferme : des avis partagés
(Photo : Archives)

En lançant la campagne ANIMAL, la Société pour la prévention de la cruauté envers les animaux (SPCA) de Montréal désire sensibiliser la population à la castration à froid des animaux de ferme. Toutefois, les acteurs du milieu se montrent rassurants à ce sujet.

La castration des veaux, agneaux et porcelets sans anesthésique ou analgésique constitue le point de mire de cette campagne. «Notre loi provinciale en matière de bien-être animal écarte de son champ d’application les activités agricoles pourvu que celles-ci soient pratiquées selon les règles généralement reconnues. Or, ces règles ne sont pas définies dans la loi», peut-on lire sur le site Web de la SPCA.

Le visuel de la campagne met en valeur la pince burdizzo utilisée pour installer un élastique autour du scrotum de l’animal afin de couper la circulation sanguine et ultimement provoquer la castration.

Mélissa Lapointe, responsable des relations médias au ministère de  l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), précise que la Loi sur le bien-être et la sécurité de l’animal concerne tous les animaux domestiques, même ceux de la ferme. Les activités d’agriculture sont effectivement exemptées de certaines dispositions législatives si elles respectent les règles reconnues. Quelles sont-elles? Il s’agit des divers codes de pratiques élaborées par le Conseil national pour les soins aux animaux d’élevage.

Mme Lapointe rappelle que la nouvelle politique bioalimentaire 2018-2025 a pour mission, entre autres, de «soutenir la mise en œuvre des pratiques recommandées pour la santé et le bien-être des animaux».

Les mentalités ont changé

Pour Marie-Josée Roy, directrice de la Société protectrice des animaux d’Arthabaska (SPAA), les organismes existent aussi pour sensibiliser les gens, mais il ne faut pas s’emballer. «Peut-être que les pratiques ne sont pas parfaites, mais elles ne cessent de s’améliorer. Il  faut voir les deux côtés de la médaille. Plusieurs vétérinaires interviennent dans les cas de castration. Ils demeurent les professionnels de la question», relativise-t-elle.

Le vétérinaire Gilles Nault, de l’Hôpital vétérinaire des Bois-Francs, croit que, dans le cas de l’élevage bovin, la castration constitue une intervention indolore. «Installer l’élastique prend quelques secondes. Le veau reste stoïque. Il peut aller téter sa mère. On ne constate pas d’affolement ou de signe de douleur», témoigne-t-il. En outre, puisque la procédure a lieu quelques jours après la naissance, la petitesse des testicules contribue à minimiser les impacts sur le bien-être de l’animal.

Le docteur Nault explique que le programme Lait canadien de qualité (LCQ) exige la tenue d’un registre pour faire état des transports, interventions médicales et prises de médicaments. Toutes les données recueillies sont transmises aux inspecteurs formés dans le cadre du programme Proaction, mis sur pied il y a six ans, pour démontrer l’engagement des producteurs à offrir des aliments de haute qualité, produits de manière responsable et durable.

«Le bien-être animal est une tendance mondiale et les producteurs en parlent lors de chacune de nos visites», constate-t-il. Il note aussi que certaines façons de faire, comme celle de l’écornage, ont bien changé depuis 25 ans. L’anesthésie locale et la prise d’anti-inflammatoire évoquent ce qui se fait en dentisterie, compare-t-il.

Analgésique homologué depuis 2016

Du côté de l’Union des producteurs agricoles (UPA) du Centre-du-Québec, on rappelle l’existence des codes de bonnes pratiques pour les soins et la manipulation des animaux d’élevage. France Trudel, conseillère à l’UPA, soutient qu’il faudrait mettre les mots «à froid» entre guillemets puisque l’administration d’analgésique fait désormais partie de l’opération.

«D’abord, il y a des raisons qui justifient la castration. Chez le porc, on le fait à cause de l’impact sur le goût et l’odeur de la viande. Pour le veau d’élevage, il s’agit d’obtenir un bouvillon dont la viande pourra être consommée lorsqu’il sera âgé entre 18 et 22 mois. S’il n’est pas castré, on a plutôt affaire à un taureau qui servira à la reproduction», explique Mme Trudel. Du côté de l’agneau, elle affirme que la castration n’a lieu que dans des cas bien particuliers.

Dans l’industrie porcine, l’émasculation se fait très tôt, au scalpel, par l’éleveur lui-même, alors que les testicules atteignent la grosseur «du bout d’un petit doigt».

L’utilisation quasi systématique d’analgésique ne remonte qu’à 2016, année où un tel produit a été homologué. Sans cette reconnaissance, les producteurs ne pouvaient en faire usage sans le concours d’un vétérinaire.

«Ce qui est triste avec cette campagne, c’est qu’aucun producteur ne se lève le matin avec l’idée de faire souffrir les animaux. Toutes les opérations réalisées répondent aux besoins du marché», de dire Mme Trudel. Enfin, elle conclut en affirmant que les pratiques établies restent bien souvent supérieures à ce qu’exige la loi et que les codes évoluent au rythme des découvertes scientifiques.

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Croyez-vous qu’un éleveur est à même de couper sans douleur les testicules des animaux qu’ils élèvent?