Le 34e FIMAV s’est ouvert sur des notes et des clins d’œil au passé

Par heleneruel
Le 34e FIMAV s’est ouvert sur des notes et des clins d’œil au passé
Michel Levasseur et Raôul Duguay portant au revers de son veston un vieux macaron arborant la devise Paix, bonté et beauté. (Photo : www.lanouvelle.net)

Il en a coulé de l’eau sous les ponts depuis que le premier Festival de musique actuelle, pas encore international, prenait place, entre autres à l’ancien garage Saint-Pierre et à la salle Domrémy. C’était en 1983. Et dans sa serviette de cuir, œuvre de Denis Rochefort, le concepteur du Festival, Michel Levasseur, pouvait transporter des disques de vinyle et du «cash» pour payer les musiciens.

En lançant le 34e Festival international de musique actuelle de Victoriaville (FIMAV) jeudi soir, c’est un peu ce passage du temps que chacun, à sa manière, a souligné… tout en restant actuel.

Le cocktail d’ouverture a été marqué par la présence de Raôul Duguay, toujours prêt à lancer son sonore et vibrant Allôôôô.

Il était heureux de se retrouver à Victoriaville pour ce premier concert au Carré 150 rendant hommage à Walter Boudreau avec qui, il y a près de 50 ans, il a fondé L’Infonie. Les deux s’étaient rencontrés à l’Exposition universelle de Montréal en 1967.

Raôul Duguay a rappelé cette époque où on «baignait dans les vapeurs de la liberté» et avec cette ferveur de créer un autre monde, une autre musique. L’Infonie est unique au monde, a-t-il poursuivi, amalgamant tous les genres musicaux de l’époque, le jazz, le pop, le rock’n’roll, la musique électronique, contemporaine et classique.

Cinquante ans plus tard, le compositeur de la Bitt à Tibi s’est réjoui que des jeunes musiciens du 333 ToutArt Bel, dirigés par Philippe Hode-Keyser, reprennent cette longue pièce «Paix», la plus importante du répertoire de L’Infonie, évidemment composée par Walter Boudreau. Un pont jeté entre les générations. «Ces jeunes sont notre héritage», qui donnent une suite dans la culture.

Raoûl Duguay a parlé de Boudreau comme d’un magistral saxophoniste, soutenant qu’il était l’un des plus grands compositeurs de la planète, un architecte des sonorités.

En deuxième partie du concert d’ouverture, Walter Boudreau a pris la baguette pour diriger les membres de la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ) afin de livrer sa composition «Solaris (Incantations VIII-IXh)».

Duguay s’attendait à ce que ses «molécules flottent de plaisir», les deux parties du concert montrant toutes les dimensions du génie de Boudreau, de sa jeunesse à sa maturité, lui qui est maintenant âgé de 71 ans.

Sans y connaître une note en musique et encore moins en musique actuelle, on peut dire en effet que les deux pièces du compositeur aux espadrilles rouges suggèrent des univers fort différents, l’atmosphère paraissant plus sombre et plus grave aujourd’hui… contrastant avec celle de l’époque des «vapeurs» des années 1970.

Mais dans les deux cas, au doigt et à l’œil comme le directeur Philippe Hode-Keyser ou à la baguette comme Walter Boudreau, les musiciens et musiciennes épatent par la maîtrise de leur instrument, par les sons qu’ils parviennent parfois en extirper.

34 ans de résistance

Juste avant de s’installer dans la grande salle des Frères-Lemaire, le public a pu, par les allocutions présentées, prendre la mesure et la portée du FIMAV.

Le député Alain Rayes a rendu hommage au «chêne» qu’est le directeur artistique Michel Levasseur, ayant résisté aux vents et aux intempéries de l’adversité à maintenir à Victoriaville le plus important festival de musique actuelle en Amérique du Nord. Cela est dû à son caractère et à l’énergie de son équipe, a-t-il ajouté.

Une «équipe d’alchimistes», a dit, pour sa part, Réjean Perron du Conseil des arts et des lettres, évoquant la centaine d’artistes invités à se produire à travers une grille audacieuse, eux qui ouvrent une «fenêtre sur un univers d’OVNIS».

Le FIMAV fait rayonner Victoriaville et sa région, a dit le conseiller municipal Michaël Provencher. Au-delà de l’art et de la musique, le FIMAV est aussi écoresponsable, a-t-il ajouté rappelant qu’il vient de décrocher la plus haute distinction Monarque.

Commissaire aux installations sonores et arts visuels, Érick D’Orion y est allé d’une anecdote pour dire que le FIMAV avait favorisé la rencontre, il y a quatre ans, au Motel Hélène, des artistes Frédérique Laliberté et Philippe Lauzier… maintenant mariés depuis deux ans.

Leur installation sonore, intitulée «Sept objets» sera présentée au-delà du FIMAV, jusqu’au 9 juin au centre d’exposition Jacques et Michel Auger du Carré 150. La directrice, Dominique Laquerre en a fait l’annonce.

Elle a aussi évoqué le passage du temps, elle qui a contribué à presque toutes les éditions du FIMAV. Ce festival, devenu printanier, est devenu un rite, une séance de «dépoussiérage».

La présidente des Productions Plateforme, Odrée St-Hilaire-Cantin, a remercié plusieurs partenaires et le public du FIMAV en disant qu’il était «acteur de résistance à la facilité».

 

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