Richmond-Arthabaska : se joindre aux Conservateurs avec Rayes ?

Alain Rayes et ses partisans laissent entendre que sa présence à « la table de décisions » à Ottawa pourrait faire une « différence ». Lui-même multiplie jusqu’à l’indécence les éloges de son chef au point de reprendre étrangement ce qui pourrait plutôt servir de slogan à ses adversaires : qu’ « un vote pour Alain Rayes constitue un vote pour Stephen Harper ». Merci de nous prévenir ! Ne sait-il pas que loin de partager son admiration pour le régime Harper, les sondages nationaux des dernières semaines révèlent avec constance que près de 80% des électeurs québécois veulent se débarrasser du gouvernement conservateur; même à l’échelle canadienne, 3 électeurs sur 5 souhaitent mettre fin au régime Harper.

En effet, après neuf années de pouvoir, nous avons eu le spectacle d’un gouvernement dirigé d’une main de fer par le Bureau du Premier ministre et une poignée de conseillers manipulateurs. La démocratie n’a jamais autant été bafouée et les débats au Parlement réduits à leur plus simple expression (lois omnibus, prorogations de session, etc.). Les valeurs canadiennes traditionnelles de justice, d’égalité, de compassion, de protection de l’environnement sont tout à fait disparues au profit de mesures (CELI, partage du revenu familial) qui ne font que creuser l’écart entre riches et pauvres et orienter l’activité économique au seul bénéfice des grandes pétrolières, transformant le Québec en autoroute des sables bitumineux. Le gouvernement Harper nous promet de nouvelles réductions des transferts aux provinces en santé et en éducation, forçant celles-ci à des coupures de services essentiels déjà mal en point. Des réductions de services, une fiscalité encore plus avantageuse pour les riches, est-ce là une manière de venir en aide aux familles ? Que ce soit aux plans de la justice sociale et de l’environnement, les valeurs ultra-conservatrices endossées avec enthousiasme par M. Rayes justifient qu’on s’interroge : en quoi sa présence dans un éventuel (mais semble-t-il de moins en moins probable) gouvernement conservateur fera « une différence »?

M. Rayes utilise abondamment et habilement depuis longtemps les réseaux sociaux pour faire valoir son image et ses réalisations personnelles. Je suis prêt à rendre à César ce qui revient à César pour certaines contributions au plan municipal, mais ces réalisations n’ont pas été le fait d’un seul homme, elles ont été le produit de l’engagement persévérant de toute une population pour les causes communautaires et environnementales. Les valeurs qui ont animé ces milliers de citoyens ne seront-elles pas ternies si Alain Rayes devenait à Ottawa porte-parole de valeurs manifestement contraires à celles non seulement de sa communauté, mais du Québec en général?

Espérons que M. Rayes délaissera bientôt les cassettes que lui font débiter les stratèges conservateurs et nous fera part du supplément de justice sociale et d’humanité qu’apporterait sa présence dans le clan conservateur. Par exemple, sera-t-il à son tour favorable aux conditions encore plus difficiles qu’ont à vivre les chômeurs ? Au musellement des scientifiques ? Au contrôle absolu de l’information pratiqué par le régime Harper ? Aux réductions en santé et en éducation qui seront vécues par les provinces qui doivent assurer l’essentiel de la réponse à ces besoins sociaux ? À la disparition de la livraison postale ? À l’étranglement de Radio-Canada ? À la facilité accrue d’acquérir des armes d’assaut qui n’ont plus rien à voir avec le sport de la chasse ? Que pense-t-il de la perte de réputation du Canada comme pacificateur au plan international ? Comment s’y prendra-t-il pour rallier au développement durable son chef inconditionnel partisan d’une économie-tout-au-pétrole ? Quelles cibles de réduction des GES envisage-t-il pour le Canada aux pourparlers de Paris ? Comment croit-il que sa présence à une table de décisions conservatrice pourrait améliorer l’éthique absolument déplorable manifestée par ce parti ?

Des engagements personnels et sincères sur ce type de questions nous permettraient de mieux juger si les valeurs conservatrices que M. Rayes souhaite défendre à Ottawa feront « une différence » dans laquelle les citoyens de la circonscription de Richmond-Arthabaska se reconnaîtront encore…

 

 

Jean-Noël Ringuet

Victoriaville

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